François Fillon, le premier ministre en charge des petites corvées, passe ce week-end en Nouvelle-Calédonie après avoir été, vendredi, au Japon où il a avoué à l’oreille des banquiers nippons ce qu’il nous cache depuis si longtemps, à savoir que la France était bel et bien entrée en « rigueur ».
A Nouméa, le temps fort de la visite du premier ministre a été l’installation du drapeau du FLNKS à coté du drapeau français, sur le toit du Haut Commissariat.

La chose est, en elle-même, tout à fait scandaleuse. En principe et jusqu’à preuve du contraire (peut-être à l’occasion du référendum qui n’aura pas lieu avant 2014), la Nouvelle-Calédonie est une terre française où seul le drapeau tricolore peut flotter sur les bâtiments officiels. D’autre part, le drapeau en question, appelé désormais le « drapeau kanak », est, en réalité, le drapeau d’un parti politique, le FNKS, dessiné en son temps par Jean-Marie Tjibaou.

Voilà qui prouve –mais on s’en doutait- que Paris est non seulement prêt à accorder son indépendance à ce territoire lointain mais qu’en plus la Métropole a bien l’intention de remettre le pouvoir au FLNKS sans tenir compte du choix des habitants. Il est vrai que toutes les élections ont toujours démontré, jusqu’à présent, que la majorité des Néo-Calédoniens refusait l’indépendance.

Cela dit, la Polynésie (encore française) a, elle aussi, son drapeau et, mieux encore, toutes nos régions métropolitaines arborent maintenant un drapeau régional. Mais le problème n’est pas là.

En fait, plus de vingt-cinq ans après les « incidents » qui avaient fait brusquement découvrir aux Français ce « caillou » de l’autre bout du monde (et qui les avaient passionnés), l’opinion française se désintéresse totalement du sort de la Nouvelle-Calédonie, des Kanaks, des Caldoches et du nickel.

La repentance a fait des dégâts inattendus. On nous a trop reproché d’avoir eu des colonies. Du coup, aujourd’hui, non seulement nous nous demandons si les milliards d’aide que nous avons déversés sans compter sur ces anciennes colonies, au cours du dernier demi siècle, au nom des liens anciens, n’ont pas été de l’argent purement et simplement jeté par les fenêtres mais aussi pourquoi nous conservons encore quelques confettis d’empire.

Saint Pierre et Miquelon, les Antilles, la Guyane, la Réunion, Mayotte, la Polynésie, la Calédonie, Wallis et Futuna… A quoi çà sert ? Et çà coûte combien ?

Il y a bien longtemps que la Grande-Bretagne s’est libérée des Bahamas, de la Barbade, de la Jamaïque, des Salomon, de Trinité et Tobago et des rares vestiges de son empire de jadis que la décolonisation avait oubliés. Pourquoi diable n’en avons-nous pas fait autant ?
On nous parle du désir d’indépendance de certains de nos « outre-marins » mais personne n’ose évoquer le désir évident de bien des Français de Métropole d’être libérés, eux, de ces boulets lointains.

En voyant, ce matin, les deux drapeaux flotter dans le ciel de Nouméa, un indépendantiste s’est écrié, avec l’espoir d’être entendu par Fillon : « Il y en a un de trop ». C’est sûrement vrai. Le tout est de savoir lequel des deux est de trop…

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