Le pouvoir perd complètement les pédales.
Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, affirme que « la vérité est rétablie » sous prétexte que l’ancienne comptable de Liliane Bettencourt se serait, en partie, rétractée.

On se souvient qu’elle avait déclaré que Nicolas Sarkozy venait souvent déjeuner chez les Bettencourt et repartait avec des enveloppes bourrées de billets de banque et qu’Eric Woerth avait reçu 150.000 € pour financer la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007.
D’après des fuites organisées par le procureur Philippe Courroye, ami de Sarkozy et qui mène l’enquête, la pauvre Claire Thibout aurait fini par reconnaître qu’elle n’avait pas vu de ses yeux Sarkozy et ses enveloppes et qu’elle ne savait pas à qui étaient destinés les 150.000 € qu’elle avait remis à Patrice de Maistre, gestionnaire de la fortune des Bettencourt, même si celui-ci lui avait bien déclaré que c’était pour Eric Woerth.

Or, l’avocat de Claire Thibout vient de déclarer que sa cliente ne s’était pas du tout rétractée alors pourtant qu’elle subit actuellement d’énormes pressions, ce qu’on veut bien croire. Et, pire, « Marianne » révèle aujourd’hui que ce ne sont pas 150.000 € mais 380.000 € qui ont été sortis, en liquide, des compte des Bettencourt au cours des cinq mois qui ont précédé les élections présidentielles, ce qui ferait beaucoup en frais de bouche et de coiffeur.

Contrairement donc à ce que claironne Guéant, la vérité n’est pas rétablie, elle commence seulement à apparaître très clairement.
On attend donc avec impatience le rapport de l’Inspection Générale des Finances qui devrait confirmer que Liliane Bettencourt n’a pas eu à subir de contrôle fiscal depuis plus de quinze ans (alors que toutes les grosses fortunes sont contrôlées tous les trois ans) et surtout nous donner des précisions sur l’utilisation des sommes conséquentes sorties en liquide des comptes de Liliane Bettencourt à la veille des présidentielles.

Ces deux points permettraient de savoir si Liliane Bettencourt (qui reconnaît avoir des comptes à l’étranger) a bel et bien été protégée par le ministre du Budget et surtout si elle a, ou non, financé illégalement la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. On doute cependant que ce rapport de l’IGF soit très précis.
En attendant, les gardes du corps de Sarkozy, Bertrand, Lefebvre, Morano et autres, continuent à tirer à vue sur la presse et en particulier sur Médiapart, le site qui a sorti l’affaire. Tout y passe : « méthodes fascistes », « mœurs trotskistes », « caniveau », etc.

Et voilà qu’une élue de l’UMP, a trouvé mieux. Muriel Marland-Militello est députée de la deuxième circonscription des Alpes-Maritimes et grande amie d’Estrosi mais elle est surtout la femme de Philippe Marland, ancien préfet justement des Alpes-Maritimes ( !), ancien membre du cabinet d’Edouard Balladur à Matignon et ancien directeur de cabinet de Michèle Alliot-Marie à la Défense.

Et qu’a-t-elle trouvé pour venir au secours d’un régime en perdition ? Une proposition de loi précisant les fonctions interdites aux épouses des ministres ? Non. Un texte permettant de contrôler les relations entre les pouvoirs de l’argent et le pouvoir politique ? Non. Elle a trouvé mieux, beaucoup mieux.
Elle va déposer une proposition de résolution sur… la liberté de la presse ! Pour, dit-elle « préciser l’équilibre entre liberté de la presse, droit d’informer, droit au respect de la vie privée et respect des informations couvertes pour des secrets professionnels » (sic !).

On croit rêver ! Comment une députée UMP ose-t-elle s’en prendre à la liberté de la presse en pleine tempête médiatique autour du trésorier de l’UMP, ancien ministre du Budget et actuel ministre clé du gouvernement, tempête qui maintenant éclabousse à l’évidence le chef de l’Etat lui-même ?
Ce qui est grave dans cette histoire, ce n’est pas le zèle absurde de cette députée inconnue, c’est que personne à l’UMP ne lui ait dit de se taire et de remettre sa proposition de résolution dans son sac de plage.

Cela laisserait entendre que le parti du président entend « rééquilibrer » la liberté de la presse –pourtant déjà bien malmenée- pour mener en toute impunité la campagne des présidentielles.

Faites taire les journalistes ! Que nous puissions continuer tranquillement nos petites combines.

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