Un ami (« bien placé ») qui a la gentillesse de lire ce blog s’étonne de ma naïveté.

Hier, je m’étais indigné de la tribune signée par Simone Veil et Michel Rocard et parue dans « Le Monde ». Je ne comprenais pas que ces deux personnalités (de jadis) à l’intégrité incontestée puissent prendre la défense d’Eric Woerth et accuser ceux qui demandent la démission de ce ministre à l’éthique pour le moins incertaine de « desservir la démocratie » et de vouloir « définitivement démonétiser une parole politique déjà suffisamment dévalorisée, décriée, diminuée ».

A mes yeux, c’était Woerth lui-même qui desservait la démocratie et démonétisait la parole politique.
Je n’avais trouvé qu’une seule explication à cette stupéfiante plaidoirie en faveur d’un personnage qui a brusquement révélé aux Français les mœurs de notre faune politique actuelle : la fatigue, voire le grand âge.

D’après cet ami, je n’avais évidemment rien compris alors que pourtant cela « crevait les yeux ». Non, Simone Veil et Michel Rocard n’avaient pas, soudain, été frappés par la grâce de l’indulgence, de la bienveillance à l’égard des « pêcheurs ». C’était beaucoup plus prosaïque. Ils avaient, une nouvelle fois, été chargés d’une mission par le président de la République en personne : sauver le soldat Woerth.
« Allo, Simone, allo, Michel, c’est Nicolas. Voilà, il faut sauver Eric. Sinon, tout risque de sauter. Je sais que je peux compter sur vous. On vous a tout préparé. Vous n’avez qu’à signer ».

Nicolas Sarkozy se serait rendu compte que les indignations de Fillon, Bertrand, Copé et compagnie n’avaient pas eu plus de succès que les siennes pour faire croire que Woerth était un honnête homme et qu’il fallait donc innover et taper plus fort en faisant intervenir les rares références morales dont il peut encore disposer.

Mon ami qui est un fin exégète a analysé à la loupe le texte de la tribune. Selon lui, jamais Simone Veil, toute académicienne qu’elle soit, ni Michel Rocard n’auraient évoqué le risque d’« apporter du grain à moudre à la broyeuse populiste ». La « broyeuse populiste », c’est, paraît-il, « du Guaino pur jus ».

L’hypothèse est, bien sûr, séduisante. On imagine sans peine l’ affolement à l’Elysée devant les tombereaux d’accusations qui se déversent sur certains membres du gouvernement, la réunion du cabinet noir et Guaino trouvant, une fois de plus, l’idée inattendue, sortant de sa poche le texte qu’il a déjà rédigé et ajoutant : « Les deux vieux, j’en fais mon affaire ».

On peut se demander pourquoi l’ancienne présidente du parlement européen et l’ancien premier ministre ont accepté de signer ce texte. Mais la vraie question est de savoir s’ils ont, l’une et l’autre, encore la moindre influence sur l’opinion. Ce n’est pas sûr.

Mots-clefs : , , , ,