A-t-on déjà vu des gangsters braquer une banque, se faire surprendre par la police en plein flagrant délit, remettre leur butin et laissés partir libres par les policiers ? C’est, toutes proportions gardées, ce que nous venons de voir avec l’affaire Bettencourt-Woerth-Sarkozy.

Le scandale a éclaté quand on a appris que Florence Woerth avait été embauchée par Liliane Bettencourt pour gérer sa fortune (ce qui lassait supposer que le ministre du Budget acceptait de se faire complice d’éventuelles malversations commises dans la gestion de la plus grosse fortune de France), puis quand on a réalisé qu’Eric Woerth cumulait, depuis très longtemps, les fonctions de trésorier de l’UMP et de ministre du Budget (ce qui permettait d’imaginer les pressions que pouvait faire le ministre pour obtenir, de manière illégale, des fonds pour son parti), puis quand un témoin a déclaré qu’on voyait Sarkozy chez les Bettencourt et qu’il en repartait avec des enveloppes bourrées de billets de banque (ce qui, évidemment, laissait entendre qu’il y avait eu un financement pour le moins illégal de sa campagne).

En principe, dans un pays « normal », il n’en aurait pas fallu plus pour que le ministre soit viré du gouvernement et que le président se retrouve obligé de s’expliquer devant une Haute Cour de Justice.

Mais nous sommes un pays… méditerranéen. Florence Woerth a simplement démissionné de ses fonctions de gestionnaire de Liliane Bettencourt, Eric Woerth a simplement démissionné de ses fonctions de trésorier de l’UMP, quatre fonctionnaires ont simplement affirmé n’avoir trouvé aucune trace d’une quelconque intervention du ministre en faveur de la milliardaire, et le président de la République s’est tout bonnement indigné, devant une caméra, des accusations qu’on osait porter contre lui. Rideau. fini, affaire classée, il n’y a jamais rien eu, circulez, y a plus rien à voir, y a jamais rien eu, tout çà n’a été qu’une odieuse conspiration lancée par les journalistes trotskistes aux méthodes fascistes, des gens méchants.

Florence Woerth va s’occuper de son écurie de course et participer au conseil d’administration d’Hermès avant, sans doute, de se retrouver quelques activités encore plus lucratives, Eric Woerth va poursuivre sa brillante carrière politique et peaufiner sa réforme des retraites, les quatre fonctionnaires du rapport vont, peut-être, avoir un peu d’avancement et le président de la République va partir en vacances dans la résidence de grand luxe de sa femme.

Il y a eu une époque où nos hommes politiques s’autoamnistiaient. Maintenant c’est encore mieux. Pris la main dans le sac, ils abandonnent le sac et s’en vont les mains dans les poches en sifflotant l’air de la calomnie. Finalement, on a été très injuste avec Christian Blanc en le virant sous prétexte qu’il faisait payer ses cigares par la République. On aurait du lui demander simplement d’arrêter de fumer.

Or, qu’on le veuille ou non, il y a eu fautes. Si Patrice de Maistre a embauché Florence Woerth, à la demande de son mari et après la nomination de celui-ci comme ministre du Budget, c’est évidemment parce qu’il espérait pouvoir en tirer quelques facilités, si Woerth a cumulé les fonctions de trésorier et celles de ministre du Budget c’est évidemment parce que cela lui facilitait grandement ses collectes de fonds, si Nicolas Sarkozy allait chez les Bettencourt ce n’était, sans doute, pas seulement pour prendre le thé.

L’opinion à laquelle on raconte que la justice va poursuivre ses enquêtes va-t-elle pardonner, oublier, passer à autre chose, en se contentant des démissions (qui étaient aussi des aveux) de Florence Woerth de Clymène et d’Eric Woerth de la trésorerie de l’UMP et en croyant Sarkozy sur parole ? Le mépris dans lequel les Français tiennent désormais leur classe politique va-t-il être suffisant pour classer l’affaire sans suite ?

On va le voir avec les prochains sondages. Il parait qu’une première enquête d’opinion fait monter la cote de notoriété d’Eric Woerth ! Mais c’est vrai qu’on a beaucoup parlé de lui ces derniers temps.

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