Pris dans la tourmente, Eric Woerth se prend, en même temps, les pieds dans le tapis et devient incohérent.
Il nous annonce à la fois que sa femme n’est en rien responsable des magouilles organisées par les gestionnaires de la fortune de Liliane Bettencourt pour faire de l’évasion fiscale et qu’elle démissionne de ses fonctions de gestionnaire de la dite fortune.

Ca ne tient évidemment pas debout. Ou elle est totalement innocente et elle n’a pas à démissionner ou elle est coupable et elle doit quitter son poste et son mari, lui, doit immédiatement quitter le gouvernement.
Seulement voilà, personne ne peut croire, un seul instant, en l’innocence de Florence Woerth. L’opinion publique va d’ailleurs, dès qu’on en aura fini avec la coupe du monde de football, la juger doublement coupable.

D’abord, comment imaginer qu’une gestionnaire, à moins qu’on ait affaire à une idiote absolue, ne soit pas au courant des dossiers « sensibles » d’un client dont elle gère les revenus ? Tout le monde savait parfaitement qu’une bonne partie de la fortune Bettencourt était en Suisse et dans quelques paradis fiscaux. Au cœur du dispositif, Florence Woerth aurait été la seule à l’ignorer. Incroyable.

Ensuite et pire, elle ne se serait jamais demandé pourquoi les conseillers de Liliane Bettencourt avaient fait appel à elle… dès le lendemain de la nomination de son mari comme ministre du Budget. Pensait-elle vraiment que ses seules compétences personnelles aient pu brusquement dicter leur choix ?
Il est évident qu’en embauchant la propre femme du nouveau ministre du Budget, les conseillers de Liliane Bettencourt entendaient s’offrir (pour pas cher) la meilleure des protections -si ce n’est des complicités- pour continuer, en toute impunité, leurs opérations internationales de transfert de fonds.

On ne saura jamais avec précision quel a été le rôle exact de Florence Woerth dans le système d’évasion fiscal de Liliane Bettencourt. La plus grosse fortune de France n’avait d’ailleurs sans doute pas besoin de Florence Woerth pour imaginer de nouvelles filières. Mais quoi qu’il en soit, il est scandaleux que l’épouse d’un ministre du Budget, chargé de pourchasser l’évasion fiscale et qui, chevalier blanc, prétend qu’il serait sans pitié sur ce sujet, ait accepté de devenir la salariée d’une milliardaire dont on sait que la fortune se balade à travers la planète.

Florence Woerth ignorait, peut-être, tout des dossiers dont elle avait la charge, Florence Woerth ne parlait, peut-être, jamais, le soir venu, à son mari de ce qu’elle faisait dans la journée, Eric Woerth n’est, peut-être, jamais intervenu en faveur de Liliane Bettencourt, Liliane Bettencourt avait, parfaitement, le droit de financer les campagnes électorales de Eric Woerth (et de Valérie Pécresse), Eric Woerth avait, peut-être, le droit de faire accorder à la Fondation Bettencourt des locaux appartenant à la Monnaie de Paris, mais tout cela pue le mélange des genres, la combine, la corruption, la prévarication.

Comment, maintenant que tout cela se sait, Eric Woerth va-t-il pouvoir faire face aux syndicats, à l’opposition et à l’opinion publique pour présenter sa réforme des retraites ? En annonçant la démission de sa femme il a reconnu que sa présence aux cotés de Liliane Bettencourt était inacceptable. Mais cette démission n’innocente en rien ni sa femme ni lui-même. Et Florence Woerth a bien tort de vouloir poursuivre en justice Eva Joly et Arnaud Montebourg. Elle ne peut qu’y prendre de mauvais coups.

On se souvient d’un président de la République qui avait du démissionner parce que son gendre vendait des Légions d’Honneur. Il se serait écrié : « Quel malheur d’avoir un gendre ! ». Woerth peut s’écrier aujourd’hui : « Quel malheur d’avoir une femme ! »

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