« Nuls », « Pourris par le fric », « Une honte pour la France », « Démission ! », « Ils méprisent les Français », « Ils ont déshonoré le drapeau », « Il faut tous les virer ». Ce matin, en lisant la presse, on ne savait pas si les éditorialistes évoquaient l’équipe de France de Football ou le gouvernement de la République.

On apprenait, en effet, en même temps, que Domenech n’avait pas voulu serrer la main de l’entraîneur sud-africain à l’issue de la rencontre, que Sarkozy avait apporté son « soutien total » à Eric Woerth pourtant incontestablement coupable (pour le moins) de « mélange des genres » en ayant fait embaucher sa femme par Mme Bettencourt alors qu’il venait d’être nommé ministre du budget, qu’Anelka avait bel et bien injurier Domenech dans les vestiaires, que Alain Joyandet secrétaire d’Etat à la coopération (qui s’était déjà illustré avec un voyage en jet privé à 116.500 €) renonçait au permis de construire illégal qu’il avait obtenu pour agrandir sa villa des environs de Saint-Tropez, que Thierry Henry allait rencontrer le président de la République pour « vider son sac », que Christian Blanc secrétaire d’Etat chargé du Grand Paris considérait que les bizarreries de ses déclarations fiscales et les 12.000 € de cigares qu’il avait fait payer par la République n’étaient que des « négligences » (sans même préciser qu’il s’agissait de « négligences coupables »), que le président de la Fédération de Football n’avait pas du tout l’intention de démissionner, et que Jeannette Bougrab, la nouvelle présidente de la Haute autorité de lutte contre les discriminations, avait fait passer son salaire mensuel de 6.900 € à 14.000 €. Cela faisait beaucoup pour la matinée !

Tout cela s’ajoutant naturellement à la mission bidon (mais bien payée) de Christine Boutin, à la main de Thierry Henry, aux appartements d’Estrosi et de Fadela Amara, aux affaires de proxénétisme de Ribéry, aux cumuls retraite-salaire de Michèle Alliot-Marie et Roselyne Bachelot, à l’hôtel sud-africain de Rama Yade et à l’affaire autrement plus grave des sous-marins pakistanais…

On apprenait aussi que Nicolas Sarkozy allait présider, à l’Elysée, une « réunion d’urgence » pour… tirer les conclusions de ce Mondial où nos joueurs n’ont, en effet et c’est le moins qu’on puisse dire, pas été à la hauteur de nos espérances. On peut se demander si c’est bien au chef de l’Etat de s’occuper, après la bataille, la défaite en l’occurrence, de la composition, de la gestion et du moral de nos équipes sportives.

On peut d’ailleurs, aussi, se demander si Raymond Domenech, l’autre homme « le plus détesté de France » avec Sarkozy, ne va pas réunir, de son coté, quelques uns de ses amis pour tirer le bilan de ces trois premières années du quinquennat et voir ce qu’on pourrait faire pour tenter d’arrêter la déferlante de scandales qui s’abat depuis des semaines sur le régime.

Autrefois, on disait dans nos campagnes : « Chacun fait son travail et les cochons seront bien gardés ». Visiblement, aujourd’hui, les cochons ne sont plus gardés et sont au bord de l’insurrection. Nos joueurs ont fait la grève de l’entraînement pour protester contre le renvoi d’Anelka et, plus encore, contre leur entraîneur ; nos salariés font la grève, demain, pour protester contre le projet de réforme des retraites et, plus encore, contre un président et une politique qu’ils ne supportent plus.

Nous avons déjà écrit ici même qu’il était absurde de comparer les déboires et les états d’âme de onze types tapant dans un ballon rond et les malheurs de la France avec sa crise économique, sa crise sociale et sa crise de confiance. Nos footballeurs auraient-ils gagné la coupe du monde que cela n’aurait rien changé à l’état de déliquescence dans lequel le pays et les Français se trouvent aujourd’hui. D’ailleurs, quand tout allait bien en France, du temps du général de Gaulle, nos joueurs avaient été battus lors du Mondial de Stockholm, en demi-finale par le Brésil alors que Fontaine avait tout de même marqué 13 buts pendant la compétition. Et on ne peut pas dire que la victoire de Zidane et de ses coéquipiers, en 1998, ait sauvé la France.

Ne faisons pas comme Woerth, ne mélangeons pas les genres. Et disons simplement que voilà de bien fâcheuses coïncidences qui révèlent un état d’esprit général et une ambiance pourrie.

Roselyne Bachelot, la reine des « boulettes », nous a dit, hier, que les joueurs de football devaient être « un exemple pour les jeunes ». On aurait envie de lui demander si nos plus grands dirigeants ne devraient pas être, eux aussi, « exemplaires ».
Sarkozy a, parait-il, des projets pour « moraliser » à la fois le monde du football et notre vie politique. Il veut organiser des Etats généraux du football ! Pourquoi pas un Grenelle du ballon rond ?

Il veut aussi faire rédiger des textes pour obliger les ministres à devenir « exemplaires ». On imagine déjà ce nouveau code déontologique à l’usage de nos gouvernants. Article premier : il est interdit à un ministre de piquer dans la caisse, article deux : il est interdit à un ministre de caser son fils dans un établissement public, article trois : il est interdit à un ministre de fréquenter des milliardaires…

Question : Nicolas Sarkozy est-il le mieux placé pour parler encore aujourd’hui de la « République irréprochable » (qu’il nous avait promise pendant sa campagne) et exiger que tout le personnel politique soit « exemplaire » ? Il a été trop souvent, depuis le début de son mandat, l’exemple même de ce qu’il ne fallait pas faire si l’on voulait être « exemplaire ».

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