En recevant à l’Elysée, pour le déjeuner, 350 députés UMP (Bravo, les économies sur les frais de bouche !), Sarkozy leur a annoncé un remaniement gouvernemental. Il a même précisé, selon un témoin, qu’il tirerait « sévèrement les conséquences du comportement des ministres ». Bravo.

Cela fait des semaines que tout le monde dit et répète que la situation n’est plus tenable. Non seulement le chef de l’Etat est, selon tous les sondages, rejeté par plus de deux tiers des Français, mais maintenant ce sont ses ministres qui, les uns après les autres, défraient la chronique avec, chaque jour, un nouveau scandale qui éclate et qui, naturellement, éclabousse toute la sarkozie.

Hier, nous étions tous d’accord, ici même, pour déclarer qu’une purge s’imposait au plus vite pour débarrasser le régime de tous ces personnages qui confondent allègrement argent public et argent privé, qui se gobergent sans pudeur aux frais de la République, qui ont des relations pour le moins compromettantes, qui usent et abusent de privilèges d’une autre époque et qu’on soupçonne, voire qu’on accuse des pires turpitudes et des pires malversations.

Ségolène Royal est peut-être allée un peu fort en parlant d’un « régime de corruption » et les mitterrandistes de la grande époque ne sont pas les mieux placés pour jouer les moralistes indignés, pour peu qu’on se souvienne de l’affaire Urba, du Crédit Lyonnais, des délits d’initiés, des écoutes téléphoniques, des Irlandais de Vincennes, du million de Bérégovoy, du Rainbow warrior, de la mort de Grossouvre ou même de la vie privée et compliquée de Mitterrand. Mais il est vrai que le sarkozisme d’aujourd’hui offre une image détestable.

Un grand coup de balai et un nouveau gouvernement s’imposent donc. Il y a urgence. Les Français l’exigent et on voit mal Sarkozy mener sa campagne pour 2012 (qui a déjà commencé) entouré de Woerth, Blanc, Estrosi, Fadela Amara, Bachelot, Joyandet et Rama Yade. Un concert de casseroles !

Seulement voilà, Sarkozy n’est pas pressé. Ce remaniement, a-t-il précisé, aura lieu en… octobre prochain. Pourquoi ? On ne comprend pas. Il y a le feu dans la baraque et il est évident que chaque jour, vacances ou pas, on va continuer à nous sortir des affaires, des scandales car il y en a, paraît-il, encore plein les tiroirs et même des placards entiers.

On peut d’ailleurs se demander qui sont ces informateurs qui soudain « balancent » à tours de bras. En fait, on assiste là à un grand classique de notre vie politique. Ce sont les rats qui quittent précipitamment le navire. Sentant que le rafiot fait eau de toutes parts, ils sautent à la mer en donnant quelques coups de pied de l’âne pour se dédouaner et se faire accepter à bord d’autres embarcations à l’avenir plus prometteur.

Le remaniement en octobre était déjà prévu, annoncé et inévitable. Pourquoi, vu les circonstances, Sarkozy ne le fait-il pas dès maintenant ? A l’Elysée, on répond qu’il faut en terminer avec la réforme des retraites et qu’il est impossible que Woerth ne conduise pas à son terme cette réforme qui sera, dit-on toujours à l’Elysée, « la grande œuvre » du quinquennat. Mais on oublie, d’abord, que cette réforme avait été confiée à Xavier Darcos et que Sarkozy ne s’est pas gêné pour le déboulonner sèchement au lendemain de la catastrophe des régionales et, ensuite, que ce malheureux Woerth est maintenant mort politiquement. Il ne pourra plus jamais mener des discussions avec les syndicalistes ni persuader l’opinion que quoi que ce soit.

Certains disent que Sarkozy cherchent des « volontaires » et qu’on ne se bouscule pas en ce moment pour monter dans sa galère. Même Juppé ne serait plus très chaud. Et Borloo non plus.

En fait, il semble bien que Sarkozy s’imagine qu’avec l’été, les choses vont se calmer, s’oublier. Il a tort. Il n’a pas entendu les trompes sonner l’hallali. Il est aux abois et ne s’en rend pas compte.

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