Archives par moisjuin 2010



Tous les virer! Oui, mais lesquels?

« Nuls », « Pourris par le fric », « Une honte pour la France », « Démission ! », « Ils méprisent les Français », « Ils ont déshonoré le drapeau », « Il faut tous les virer ». Ce matin, en lisant la presse, on ne savait pas si les éditorialistes évoquaient l’équipe de France de Football ou le gouvernement de la République.

On apprenait, en effet, en même temps, que Domenech n’avait pas voulu serrer la main de l’entraîneur sud-africain à l’issue de la rencontre, que Sarkozy avait apporté son « soutien total » à Eric Woerth pourtant incontestablement coupable (pour le moins) de « mélange des genres » en ayant fait embaucher sa femme par Mme Bettencourt alors qu’il venait d’être nommé ministre du budget, qu’Anelka avait bel et bien injurier Domenech dans les vestiaires, que Alain Joyandet secrétaire d’Etat à la coopération (qui s’était déjà illustré avec un voyage en jet privé à 116.500 €) renonçait au permis de construire illégal qu’il avait obtenu pour agrandir sa villa des environs de Saint-Tropez, que Thierry Henry allait rencontrer le président de la République pour « vider son sac », que Christian Blanc secrétaire d’Etat chargé du Grand Paris considérait que les bizarreries de ses déclarations fiscales et les 12.000 € de cigares qu’il avait fait payer par la République n’étaient que des « négligences » (sans même préciser qu’il s’agissait de « négligences coupables »), que le président de la Fédération de Football n’avait pas du tout l’intention de démissionner, et que Jeannette Bougrab, la nouvelle présidente de la Haute autorité de lutte contre les discriminations, avait fait passer son salaire mensuel de 6.900 € à 14.000 €. Cela faisait beaucoup pour la matinée !

Tout cela s’ajoutant naturellement à la mission bidon (mais bien payée) de Christine Boutin, à la main de Thierry Henry, aux appartements d’Estrosi et de Fadela Amara, aux affaires de proxénétisme de Ribéry, aux cumuls retraite-salaire de Michèle Alliot-Marie et Roselyne Bachelot, à l’hôtel sud-africain de Rama Yade et à l’affaire autrement plus grave des sous-marins pakistanais…

On apprenait aussi que Nicolas Sarkozy allait présider, à l’Elysée, une « réunion d’urgence » pour… tirer les conclusions de ce Mondial où nos joueurs n’ont, en effet et c’est le moins qu’on puisse dire, pas été à la hauteur de nos espérances. On peut se demander si c’est bien au chef de l’Etat de s’occuper, après la bataille, la défaite en l’occurrence, de la composition, de la gestion et du moral de nos équipes sportives.

On peut d’ailleurs, aussi, se demander si Raymond Domenech, l’autre homme « le plus détesté de France » avec Sarkozy, ne va pas réunir, de son coté, quelques uns de ses amis pour tirer le bilan de ces trois premières années du quinquennat et voir ce qu’on pourrait faire pour tenter d’arrêter la déferlante de scandales qui s’abat depuis des semaines sur le régime.

Autrefois, on disait dans nos campagnes : « Chacun fait son travail et les cochons seront bien gardés ». Visiblement, aujourd’hui, les cochons ne sont plus gardés et sont au bord de l’insurrection. Nos joueurs ont fait la grève de l’entraînement pour protester contre le renvoi d’Anelka et, plus encore, contre leur entraîneur ; nos salariés font la grève, demain, pour protester contre le projet de réforme des retraites et, plus encore, contre un président et une politique qu’ils ne supportent plus.

Nous avons déjà écrit ici même qu’il était absurde de comparer les déboires et les états d’âme de onze types tapant dans un ballon rond et les malheurs de la France avec sa crise économique, sa crise sociale et sa crise de confiance. Nos footballeurs auraient-ils gagné la coupe du monde que cela n’aurait rien changé à l’état de déliquescence dans lequel le pays et les Français se trouvent aujourd’hui. D’ailleurs, quand tout allait bien en France, du temps du général de Gaulle, nos joueurs avaient été battus lors du Mondial de Stockholm, en demi-finale par le Brésil alors que Fontaine avait tout de même marqué 13 buts pendant la compétition. Et on ne peut pas dire que la victoire de Zidane et de ses coéquipiers, en 1998, ait sauvé la France.

Ne faisons pas comme Woerth, ne mélangeons pas les genres. Et disons simplement que voilà de bien fâcheuses coïncidences qui révèlent un état d’esprit général et une ambiance pourrie.

Roselyne Bachelot, la reine des « boulettes », nous a dit, hier, que les joueurs de football devaient être « un exemple pour les jeunes ». On aurait envie de lui demander si nos plus grands dirigeants ne devraient pas être, eux aussi, « exemplaires ».
Sarkozy a, parait-il, des projets pour « moraliser » à la fois le monde du football et notre vie politique. Il veut organiser des Etats généraux du football ! Pourquoi pas un Grenelle du ballon rond ?

Il veut aussi faire rédiger des textes pour obliger les ministres à devenir « exemplaires ». On imagine déjà ce nouveau code déontologique à l’usage de nos gouvernants. Article premier : il est interdit à un ministre de piquer dans la caisse, article deux : il est interdit à un ministre de caser son fils dans un établissement public, article trois : il est interdit à un ministre de fréquenter des milliardaires…

Question : Nicolas Sarkozy est-il le mieux placé pour parler encore aujourd’hui de la « République irréprochable » (qu’il nous avait promise pendant sa campagne) et exiger que tout le personnel politique soit « exemplaire » ? Il a été trop souvent, depuis le début de son mandat, l’exemple même de ce qu’il ne fallait pas faire si l’on voulait être « exemplaire ».

24 juin 2010 Commentaires fermés

Woerth: Quel malheur d’avoir une femme!

Pris dans la tourmente, Eric Woerth se prend, en même temps, les pieds dans le tapis et devient incohérent.
Il nous annonce à la fois que sa femme n’est en rien responsable des magouilles organisées par les gestionnaires de la fortune de Liliane Bettencourt pour faire de l’évasion fiscale et qu’elle démissionne de ses fonctions de gestionnaire de la dite fortune.

Ca ne tient évidemment pas debout. Ou elle est totalement innocente et elle n’a pas à démissionner ou elle est coupable et elle doit quitter son poste et son mari, lui, doit immédiatement quitter le gouvernement.
Seulement voilà, personne ne peut croire, un seul instant, en l’innocence de Florence Woerth. L’opinion publique va d’ailleurs, dès qu’on en aura fini avec la coupe du monde de football, la juger doublement coupable.

D’abord, comment imaginer qu’une gestionnaire, à moins qu’on ait affaire à une idiote absolue, ne soit pas au courant des dossiers « sensibles » d’un client dont elle gère les revenus ? Tout le monde savait parfaitement qu’une bonne partie de la fortune Bettencourt était en Suisse et dans quelques paradis fiscaux. Au cœur du dispositif, Florence Woerth aurait été la seule à l’ignorer. Incroyable.

Ensuite et pire, elle ne se serait jamais demandé pourquoi les conseillers de Liliane Bettencourt avaient fait appel à elle… dès le lendemain de la nomination de son mari comme ministre du Budget. Pensait-elle vraiment que ses seules compétences personnelles aient pu brusquement dicter leur choix ?
Il est évident qu’en embauchant la propre femme du nouveau ministre du Budget, les conseillers de Liliane Bettencourt entendaient s’offrir (pour pas cher) la meilleure des protections -si ce n’est des complicités- pour continuer, en toute impunité, leurs opérations internationales de transfert de fonds.

On ne saura jamais avec précision quel a été le rôle exact de Florence Woerth dans le système d’évasion fiscal de Liliane Bettencourt. La plus grosse fortune de France n’avait d’ailleurs sans doute pas besoin de Florence Woerth pour imaginer de nouvelles filières. Mais quoi qu’il en soit, il est scandaleux que l’épouse d’un ministre du Budget, chargé de pourchasser l’évasion fiscale et qui, chevalier blanc, prétend qu’il serait sans pitié sur ce sujet, ait accepté de devenir la salariée d’une milliardaire dont on sait que la fortune se balade à travers la planète.

Florence Woerth ignorait, peut-être, tout des dossiers dont elle avait la charge, Florence Woerth ne parlait, peut-être, jamais, le soir venu, à son mari de ce qu’elle faisait dans la journée, Eric Woerth n’est, peut-être, jamais intervenu en faveur de Liliane Bettencourt, Liliane Bettencourt avait, parfaitement, le droit de financer les campagnes électorales de Eric Woerth (et de Valérie Pécresse), Eric Woerth avait, peut-être, le droit de faire accorder à la Fondation Bettencourt des locaux appartenant à la Monnaie de Paris, mais tout cela pue le mélange des genres, la combine, la corruption, la prévarication.

Comment, maintenant que tout cela se sait, Eric Woerth va-t-il pouvoir faire face aux syndicats, à l’opposition et à l’opinion publique pour présenter sa réforme des retraites ? En annonçant la démission de sa femme il a reconnu que sa présence aux cotés de Liliane Bettencourt était inacceptable. Mais cette démission n’innocente en rien ni sa femme ni lui-même. Et Florence Woerth a bien tort de vouloir poursuivre en justice Eva Joly et Arnaud Montebourg. Elle ne peut qu’y prendre de mauvais coups.

On se souvient d’un président de la République qui avait du démissionner parce que son gendre vendait des Légions d’Honneur. Il se serait écrié : « Quel malheur d’avoir un gendre ! ». Woerth peut s’écrier aujourd’hui : « Quel malheur d’avoir une femme ! »

22 juin 2010 Commentaires fermés

Non, ces footballeurs ne sont pas « la France »

Assez ! Assez ! Cela fait huit jours qu’on nous bassine avec ces histoires de football et les malheurs de l’équipe de France en Afrique du sud. Rien ne nous a été épargné. Ils ont été nuls pour leur premier match, ils se sont fait battre minablement par les Mexicains, ils ont des états d’âme, ils détestent leur entraîneur, ils ne se supportent plus entre eux, ils s’injurient dans les vestiaires, ils font la grève par solidarité avec celui qui a été viré…

Toutes nos chaînes de télévision ont consacré des heures de direct à tous leurs faits et gestes, à la moindre des crises de nerf du capitaine, à la moindre grimace du moindre soignant, aux dits et aux non-dits du sélectionneur ; toute la presse écrite a fait ses « unes » sur cette « descente aux enfers », cet « affront », ce « ridicule », cette « honte pour la France ».

Et maintenant ce sont les responsables politiques, les philosophes, les sociologues qui s’en mêlent. A les en croire, le pays serait « déshonoré », les Français seraient « la risée du monde entier », la France serait « grotesque à travers toute la planète ». Mieux, cette décomposition de notre équipe serait le reflet exact de la situation du pays. Plus de cohésion nationale, plus de gouvernance, plus de volonté de gagner ni d’espoir en l’avenir. Bref, la déconfiture totale. Ces onze types qui tapent dans un ballon rond seraient à l’image des soixante–cinq millions de Français qui sombrent dans le marasme, la crise, le désespoir et le chômage.

Tout cela est parfaitement ridicule. Ces onze types ne sont que des footballeurs c’est-à-dire pas grand-chose, simplement des sportifs de haut niveau devenus, grâce à la télévision, des pantins du show business, à la gloire aussi éphémère que faisandée.

Certes, quand nos équipes gagnent, nous sommes contents. Les épreuves sportives sont, sans doute, les dernières circonstances qui permettent à notre fierté nationale de s’exprimer. Le patriotisme a, là, le droit de se manifester sans craindre de se faire taxer de xénophobie. Mais n’exagérons rien.

En 1998, la victoire de l’équipe de France au Mondial n’a pas été, contrairement à ce qu’on nous a raconté, la victoire de la France de Chirac et de Jospin mais celle de Zidane et de ses copains. On nous a affirmé que c’était le triomphe de « la France black, blanc, beur ». Et des centaines de milliers de Français l’ont fêtée sur les Champs-Elysées. C’était sympathique à voir mais c’était évidemment une imposture. Le racisme (dans tous les sens) n’avait pas baissé d’un poil et l’intégration de nos immigrés et de leurs enfants n’avait pas fait le moindre progrès. Les « blacks » et les « beurs » ont continué à végéter dans leurs ghettos de misère et à avoir « la haine » pour les quelques blancs qu’ils apercevaient sous leurs casques de CRS.

Si l’on peut fêter pendant quelques heures -et surtout sans se faire la moindre illusion- la victoire d’une équipe de France, il serait totalement absurde de se désespérer en cas de défaite, même cuisante.

L’équipe de France de football n’est pas « la France » et ses malheurs n’ont rien à voir avec les nôtres. Ces vingt-trois joueurs, multimillionnaires, incultes, enfants gâtés d’un système de fric, de pub, de télé, qui sont tous des évadés fiscaux travaillant à l’étranger ne représentent en rien ni la France ni les Français. Leurs petits ennuis d’ego n’a rien à voir avec les drames auxquels sont confrontés nos compatriotes. Il ne faudrait pas l’oublier.

Il est amusant de comparer Sarkozy et Domenech -même incompétence, même goût du pouvoir, mêmes échecs en cascade-, la Fédération Français de Football et ceux qui nous gouvernent -même suffisance, même ignorance des réalités-, les joueurs et les puissants du pays –même goût de l’argent, même mépris pour les autres- mais il est ridicule d’aller plus loin.

Peut-être peut-on s’en prendre simplement à Roselyne Bachelot, notre ministre de la Santé et de Sports. Elle a géré la Fédération Française de Football aussi mal que la grippe A H1N1. Et, aujourd’hui, elle a osé reprocher à nos footballeurs leur manque de solidarité entre eux. Aucun d’entre eux ne lui a fait remarquer qu’elle avait viré sa coéquipière Rama Yade aussi sèchement qu’on avait viré Anelka…

21 juin 2010 Commentaires fermés

Anelka a évincé Villepin

En politique, il faut avoir du talent et de la chance. Dominique de Villepin a du talent mais il n’a pas eu de chance.

Hier, pour son entrée en 1ère division, il a été évincé par Nicolas Anelka. Cela faisait des semaines qu’avec ses quelques amis l’ancien premier ministre préparait sur arrivée sur le terrain des présidentielles de 2012 et il a suffi qu’un joueur susceptible injurie un sélectionneur incompétent dans les vestiaires d’un stade sud-africain pour qu’il soit ignoré par tous. Il avait choisi sa date, le 19 juin, et c’était une bonne idée pour lancer un appel à la France, mais il n’avait pas imaginé que, le 18 au soir, un footballeur coléreux pourrait lui ravir la vedette. C’est Anelka qui a fait l’ouverture de tous les journaux télévisés et la « une » de toute la presse. Certains verront sans doute là la main de Sarkozy mais rien ne permet de l’affirmer…

Une chose est sûre, Villepin va devoir recommencer son entrée en scène. C’est dommage car il n’a pas été mauvais, hier.
On peut lui reprocher trois choses : le choix du nom de son mouvement, son refus d’annoncer officiellement sa candidature et la cible qu’il a privilégiée pour ses débuts.

« République solidaire » n’est pas un nom « porteur ». Cela fait trente ans que les Polonais ont lancé le mot de « solidarité » et, depuis, on rebat les oreilles des Français avec cette utopie… à chaque augmentation d’impôts. On ne provoque pas un sursaut national avec des bonnes œuvres auxquelles plus personne ne croit.

Villepin n’a pas voulu annoncer clairement qu’il se présenterait en 2012. Cette pudeur relève évidemment de l’hypocrisie. Car quand il déclare : « J’ai besoin de vous pour changer le cours de choses, pour engager le sursaut de la France (…) pour offrir une alternative (…) je m’engage parce que les Français ont besoin d’une autre voie », il est évident que cela signifie qu’il sera, qu’il est déjà candidat. Pourquoi ne l’avoir pas reconnu, porclamé ?

Enfin, Villepin a semblé s’adresser essentiellement aux jeunes des quartiers défavorisés et aux agriculteurs. Certes, ce sont là deux populations particulièrement malmenées par la crise (et par Sarkozy), mais elles pèsent peu dans un scrutin et, même s’il a multiplié ses visites de terrain dans les quartiers de non-droit et dans les zones rurales les plus pauvres, il est difficile de croire que Villepin soit vraiment l’homme des loubards et des paysans. Il aurait mieux fait de s’adresser, d’abord, aux classes moyennes.

Ces réserves mises à part, son discours « fondateur » avait tout pour séduire son auditoire, c’est-à-dire ses futurs électeurs. Il s’est contenté d’éreinter Sarkozy et la politique menée depuis 2007, « une occasion perdue ». Il sait parfaitement que l’essentiel de sa « clientèle » lui viendra des « déçus du sarkozisme » et qu’ils sont assez nombreux pour lui garantir, s’il tient la distance, un joli score au premier tour des présidentielles.
Il sait aussi que, bien souvent, les Français votent moins « pour » un candidat par adhésion que « contre » un autre candidat par rejet. Giscard a été élu, en 1974, parce que les Français ne voulaient pas de Chaban, Mitterrand a été élu, en 1981, parce qu’ils ne supportaient plus Giscard, Chirac a été élu, en 1995, parce que Balladur leur était devenu insupportable.

En offrant ce qu’il appelle « une alternative » à ceux qu’il appelle « les orphelins de la République » (en fait les orphelins du centre et de la droite), Villepin joue, en principe, sur du velours. Il lui suffit de faire le bilan des trois premières années du quinquennat et de taper là où çà fait mal.
Et là, tout est bon. Personne ne peut nier qu’il a raison quand il déclare « Nous sommes confrontés à un déni de réalité entre ce que vivent les Français et ce que disent nos dirigeants », des dirigeants qui refusent les mots « rigueur », « austérité » et qui affirment que les impôts n’augmenteront pas, même si l’on demandera « un effort supplémentaire à certains ».

Il a raison quand il s’en prend à l’absurde et scandaleux débat sur l’identité nationale et qu’il fustige « la logique du bouc émissaire », quand il parle du « recul de l’égalité des chances, des libertés et de la dignité », quand il dénonce « la fuite en avant sécuritaire avec le Karcher qui tient lieu de politique », quand il reproche à Sarkozy de « laisser mourir nos soldats en Afghanistan », quand il l’accuse d’avoir « porté atteinte à l’indépendance de la France avec le retour dans le commandement intégré de l’OTAN », quand il souligne « le repli d’un Etat affaibli et méprisé », quand qu’il veut une « rigueur juste et partagée » et qu’il souhaite « un président au dessus de la mêlée, avec des ministres qui ne seraient plus aux ordres des conseillers élyséens », même s’il oublie là qu’il fut longtemps un conseiller élyséen qui n’hésitait pas à donner des ordres à tous les ministres.

Jamais, sans doute, Martine Aubry n’a été aussi cruelle. Certes, on pourra reprocher à Villepin de n’avoir pas présenté de véritable programme et de s’être contenté de « flinguer » à vue Sarkozy. Mais aujourd’hui, l’expérience aidant, les Français ne croient plus aux programmes qu’on leur fait miroiter, ils ne les lisent même plus car ils savent que les plus belles promesses seront toujours oubliées, voire trahies. Ils veulent une personnalité, un homme d’Etat qui a de l’envergure et qui saura faire face à toutes les crises qui jailliront au cours de son mandat, un « homme providentiel » qui sera capable de redresser la France. C’est toujours, plus ou moins inconsciemment, la fameuse nostalgie de de Gaulle, l’homme du 18 juin mais aussi de 1958.

La chance de Villepin aujourd’hui c’est d’être, d’une manière presque caricaturale, le contraire de Sarkozy. L’un est petit, effroyablement vulgaire, inculte, s’agite dans tous les sens, se hausse du col. L’autre est grand, distingué, poète à ses heures perdues, d’un calme olympien. Sarkozy a toujours rêvé de « faire président », sans y parvenir. Villepin le fait déjà.

Naturellement, Villepin n’a pas de troupes derrière lui pour le moment, pas d’argent pour financer sa campagne et se traîne tout de même derrière lui la dissolution de 1997, le CPE et une morgue, certes élégante, mais qui passe mal auprès de certains.
Les Sarkozistes vont, sans doute, ressortir l’affaire Clearstream. Ils auront tort car les Villepinistes ressortiront, alors, l’affaire des sous-marins pakistanais, voire l’affaire Woerth-Bettencourt et tous les scandales, grands ou petits, qui cernent aujourd’hui le clan au pouvoir.

Tout va se jouer à la rentrée. Il est difficile aujourd’hui d’imaginer où en sera Sarkozy avec la réforme des retraites et en face d’une mobilisation des syndicats. Villepin aura-t-il réussi, au cours de l’été, à devenir crédible ? Martine Aubry se sera-t-elle imposée comme « la » candidate évidente de la gauche ?

Pour l’instant, une chose est sûre. Avec 10% d’opinions favorables, Villepin pourrait très bien jouer les Chirac de 1981, c’est-à-dire faire perdre le candidat officiel de la droite déjà rejeté par son électorat. La suite des événements a prouvé qu’en « témoignant » ainsi en 81, Chirac a fini par l’emporter quatorze ans plus tard.

20 juin 2010 | Comments (3)

Et, en plus, il est analphabète!

La vidéo a fait le tour du monde et partout on en a fait des gorges chaudes. Même dans la prestigieuse université d’Harvard où le grand spécialiste de la politique français, Arthur Goldhammer, a mis les images et le son sur son site internet.
C’est épouvantable. Pire que la défaite devant le Mexique, pire que les injures d’Anelka, pire que l’affaire Woerth-Bettancourt (qui ne fait que commencer).
Cà s’est passé à Londres, pendant la commémoration du 70ème anniversaire de l’appel du 18 juin. Sarkozy prononce un discours devant la foule de toutes les personnalités britanniques et françaises. Le discours n’est pas mal. Ca sent son Guaino. « En juin 40, c’est la civilisation européenne qui a failli périr à jamais (…) Sans le 18 juin 40, il n’y aurait pu eu la France Libre, sans le 18 juin 40, la France n’aurait pas été parmi les vainqueurs le jour de la capitulation allemande, sans le 18 juin, la France n’aurait pas été lavée du déshonneur de la collaboration ». Sarkozy lit gentiment son texte.
Mais, soudain, il croit le connaître assez pour lever les yeux et regarder la foule. Et, là, c’est la catastrophe. « Quelles qu’aient pu être, avant la guerre leurs opinions, ils se batturent tous pour la même idée de la liberté, de la civilisation ». Et oui. Sarkozy a bien dit qu’ils se « batturent ». On peut écouter et réécouter l’enregistrement, il n’y a aucun doute.
Se batturent du verbe se battoir.
On dira qu’il était fatigué, qu’il n’a jamais été un littéraire, on dira ce qu’on voudra mais il n’est pas admissible qu’un président de la République française fasse de telles fautes de français.
Il nous avait habitués à ses fautes de goût, à ses fautes politiques mais maltraiter ainsi la langue française est encore pire.
En tentant, hier à Londres, de récupérer le gaullisme, Sarkozy injuriait déjà l’Histoire. Il en a profité pour injurier le français.
Cet analphabète va-t-il vouloir se représentir et sera-t-il réélé ? Autrefois, au certificat d’études primaires, ce genre de barbarismes était éliminatoire.

19 juin 2010 | Comments (2)

Tous pourris? Woerth comme les autres?

On va finir par se demander s’ils ne sont pas « tous pourris », selon la fameuse expression du poujadisme le plus détestable.

Cette fois, c’est le nom d’Eric Woerth qui jaillit à la « une » de l’actualité.
Celui-là, il faut reconnaître qu’on ne s’y attendait pas. Avec sa tête de garçon bien élevé et son plus beau sourire pour nous annoncer les pires catastrophes, on lui aurait –presque- donné le Bon Dieu sans confession. On aurait, peut-être, eu tort.

Depuis des mois, on le voyait jouer « les chevaliers blancs ». Au Budget, il avait traqué sans pitié (mais sans guère de résultats) les évadés fiscaux et les niches fiscales en tout genre. Maintenant qu’il est ministre du Travail, il joue, pour la réforme des retraites, les réalistes intraitables. Il est prêt à toutes les discussions avec les partenaires sociaux mais il refuse toute négociation sur les points clés de sa réforme.

Bref, certains (à commencer par lui-même) le voyaient déjà succéder, cet automne, à Fillon et devenir le premier ministre de la fin du quinquennat et surtout de la campagne des présidentielles. Et puis patatras !

Il apparaît brutalement (et indirectement) dans l’affaire assez incroyable qui oppose Liliane Bettencourt à sa fille Françoise Meyers-Bettencourt. On sait que la vieille dame, 87 ans, héritière de l’Oréal et plus grosse fortune de France, a donné des sommes considérables à un photographe un peu sulfureux, François-Marie Banier. La fille reproche donc au photographe d’avoir abuser de la faiblesse de sa mère. Mais la mère qui ne veut pas être considérée comme gâteuse et qui entend disposer de sa fortune comme elle le veut, s’est lancée dans une procédure judiciaire contre sa fille. Ambiance-ambiance dans la famille !

Pour prouver que sa mère n’avait plus toute sa lucidité, la fille a fait enregistrer les conversations de sa mère par un valet de chambre. Un peu inélégant, certes, mais… il y a beaucoup, beaucoup d’argent en jeu. Ces enregistrements ont été remis à la police par l’avocat de la fille. Naturellement, pour que l’affaire ne soit pas étouffée, il y a eu des fuites.

Or, parmi ces conversations « volées », il y en a plusieurs, entre Patrick de Maistre, gestionnaire de la fortune Bettencourt, et Mme Bettencourt elle-même, qui évoquent longuement… Eric Woerth et son épouse.
Florence Woerth était, elle aussi, chargée de la gestion de la fortune Bettencourt. Patrick de Maistre déclare froidement à Mme Bettencourt : « Avec l’affaire, on ne peut plus avoir sa femme. Je vais aller le dire à Eric et puis on lui donnera de l’argent et puis voilà ».

On comprend aussi, dans ces conversations que c’est grâce au ministre du Budget que la Fondation Bettencourt a pu obtenir des locaux appartenant à la Monnaie de Paris (qui dépend du ministère du Budget), que Mme Bettencourt a été particulièrement généreuse avec Eric Woerth (et Valérie Pécresse) lors des dernières élections, bref, que le ministre est « un ami proche » auquel on peut demander bien des choses (une grande partie de la fortune Bettencourt se trouve en Suisse).

Eric Woerth dément, bien sûr, tout en bloc. Il n’a pas touché un sou à l’occasion du « licenciement » de sa femme, il n’a, bien sûr, jamais rendu le moindre service à Mme Bettencourt, il ne sait pas si Mme Bettencourt a financé sa campagne mais elle en avait, en tous les cas, parfaitement le droit, comme tous les citoyens.
Et le ministre du Travail annonce qu’il portera plainte pour diffamation contre tous ceux qui oseraient propager de telles rumeurs.

On veut bien croire, avec une certaine naïveté, que, mis à part les locaux de la Monnaie de Paris (il est vrai que c’était pour une bonne œuvre), Eric Woerth n’a jamais rendu le moindre service à Mme Bettencourt. Mais ce que notre ministre ne semble pas comprendre c’est qu’il est totalement intolérable que la propre femme du ministre du Budget ait été la salariée de la plus grosse fortune de France, chargée, en plus, de la gestion de cette fortune.

A qui l’ancien ministre du Budget pourra-t-il faire croire que son épouse n’a pas tout fait pour gérer au mieux la fortune de Mme Bettencourt ?
Quand on est un responsable politique, on ne fréquente pas les milliardaires. Imagine-t-on un chef de l’Etat copain d’un Bouygues, d’un Bolloré, d’un Lagardère ? Non, bien sûr.

18 juin 2010 Commentaires fermés

Sarkozy joue son avenir sur les retraites

Nicolas Sarkozy joue son avenir sur la réforme des retraites et il le sait. Toutes les autres promesses de 2007 ont été oubliées, voire trahies et sont, en tous les cas, passées à la trappe : le « travailler plus pour gagner plus », la sécurité, la réforme de la fiscalité, celle de l’école, celle de la justice, celle des collectivités locales, etc.

La fameuse « rupture » qui devait nous faire entrer dans un monde nouveau s’est soldée par une augmentation considérable du chômage, de nos déficits, de notre dette, un appauvrissement des classes moyennes, une précarisation accrue des défavorisés et la poursuite inexorable du déclin de la France. Ce quinquennat restera comme la pire des présidences de la Vème République. Les Français en sont venus à regretter et Mitterrand et Chirac.

Certes, il y a eu la crise. Mais un président sortant qui se représente ne peut pas se contenter d’affirmer que, si son bilan est effroyable, ce n’est vraiment pas de sa faute. Les Français ne supportent plus le fameux « responsable mais pas coupable ». Et d’autant plus que Sarkozy a toujours voulu se mettre seul en avant, sur le devant de la scène, tout faire lui-même, en marginalisant et parfois même en ridiculisant son premier ministre et tous les membres du gouvernement. Seul responsable depuis 2007, il est, aujourd’hui, seul coupable de tous nos malheurs.

Cette réforme des retraites est donc l’ultime chance pour lui de se « racheter » aux yeux des électeurs de 2012. Il pourra toujours dire qu’on en parlait depuis vingt ans et qu’il a été le premier à avoir le courage de s’y atteler vraiment.

Mais cette réforme des retraites (et quelle qu’elle soit) est forcément amère et ce n’est, évidemment, pas le sujet le plus facile pour faire de la démagogie en période préélectorale. On comprend qu’Eric Woerth qui, lui, rêve d’entrer à Matignon en septembre prochain marche sur des œufs.
On comprend surtout que le projet d’aujourd’hui vise moins à pérenniser un système de retraites « à la française » qu’à ménager les électeurs potentiels de Sarkozy.

Pour engager une réforme plausible des retraites (que tout le monde reconnaît indispensable), il fallait s’attaquer, peut-être, à l’âge légal de la retraite, sûrement, au nombre d’années de cotisation nécessaires pour avoir une retraite à plein taux, sûrement aussi, à un élément nouveau mais bien réel, « la pénibilité » et, évidemment, à une injustice flagrante, la disparité entre le public et le privé.

Il fallait aussi, bien sûr, pour assurer le financement de ce système, avoir recours à une augmentation des prélèvements obligatoires.
Or, quand on analyse le projet Woerth, on s’aperçoit que le recul de l’âge légal et l’augmentation des années de cotisation sont relativement indolores. 62 ans pour l’âge légal et 41,5 ans, dans un premier temps, pour le nombre d’années de cotisation. Pourquoi ne pas avoir choisi 65 ans et 43 ans de cotisation, comme dans la plupart des pays européens ?

Et, en même temps, on voit que l’augmentation des impôts pour les entreprises et les hauts revenus est plus que modérée, 1% en moyenne.
Mais on s’aperçoit aussi, pour ce qui est de la « pénibilité » et de la disparité entre public et privé, que c’est la reculade totale. En effet, pour pouvoir bénéficier de la « pénibilité », c’est-à-dire d’une retraite à 60 ans, le retraité devra présenter un dossier médical lui reconnaissant au moins 20% d’invalidité. En clair, on ne reconnaîtra de carrières « pénibles » qu’aux seuls handicapés. C’est une conception pour le moins restrictive de la « pénibilité ».

Quant aux fonctionnaires s’ils vont avoir, petit à petit, à cotiser autant que les salariés du privé (ce qui est la moindre des choses), ils continueront, comme par le passé, à voir leur retraite calculée sur leurs six derniers mois d’activité alors que la retraite des salariés du privé sera toujours calculée sur leurs vingt-cinq meilleures années. Le scandale perdure donc.

Visiblement, pour 2012, Sarkozy entend faire plaisir au Medef, ménager autant que faire se peut les classes moyennes et ne pas se mettre trop à dos les fonctionnaires. Mais il fait une croix sur les classes populaires. Cette stratégie sera-t-elle suffisante pour remporter la présidentielle ?
La gauche et les syndicats vont, bien sûr, se servir de cette réforme pour essayer de mobiliser les foules, le PS afin de préparer 2012, la CGT, FO, la CFDT avec l’espoir de faire revivre le syndicalisme français.

Mais la gauche n’est guère plausible dans ses propositions sur l’avenir des retraites –« faire payer les riches » n’est plus un slogan à la mode- et, sans les fonctionnaires, les syndicats ne représentent plus rien.

Cela dit, le compte n’y est pas. Ni, bien sûr, pour assurer un système de retraites équilibré à l’horizon 2020 ou 2030, ni pour s’assurer une majorité au soir du second tour des présidentielles.

17 juin 2010 Commentaires fermés

Les cigares de Christian Blanc

Tous les jours on en apprend de belles sur ceux qui nous gouvernent et le mercredi est un jour particulièrement faste avec la parution du « Canard enchaîné »
Cette semaine, il nous révèle que Christian Blanc, le sous-ministre chargé d’imaginer ce que pourrait être le Grand Paris, s’est fait payer par l’Etat pour 12.000 € de… cigares, au cours des dix derniers mois. On veut croire qu’il s’agit de Havanes du meilleur cru.

C’est nouveau. On avait déjà eu celui qui s’offrait, aux frais de la République, des voyages dans des jets privés, celui qui voulait emménager dans un appartement (privé) de 600 m2, celui qui avait rempli sa cave de bouteilles d’un prix astronomique, celui qui se faisait payer les couches-culottes de ses enfants par son département, celle qui avait casé son rejeton dans un placard doré, ceux qui cumulaient sans pudeur salaires, retraites et émoluments divers, celle qui avait fait réserver une chambre dans un palace de luxe en Afrique du sud après avoir reproché aux footballeurs d’avoir fait la même chose (en moins cher), etc. Mais jusqu’à présent personne ne s’était encore fait payer ses cigares par l’Etat.

Christian Blanc vient de faire savoir qu’il a remboursé de sa poche 3.500 €, le 10 juin dernier (jour où il a appris, par une indiscrétion, que le Canard enquêtait sur ses cigares). Restent encore 8.500 € partis en fumée.

Blanc fait partie de ces « personnalités d’ouverture » chères à Nicolas Sarkozy. Rocardien de la première heure, il s’était fait connaître en Nouvelle-Calédonie aux cotés d’Edgard Pisani, de sinistre mémoire, puis comme président de la RATP et ensuite d’Air France. Elu des Yvelines (sous l’étiquette du Nouveau Centre), il était entré sur la pointe des pieds au gouvernement où il a fait preuve, jusqu’à présent, d’une discrétion à toute épreuve.

Mais il a commis une erreur : il a viré un peu sèchement un de ses collaborateurs. Comment pouvait-il ignorer que les membres des cabinets ministériels virés par leur ministre deviennent, ipso facto, des collaborateurs du « Canard enchaîné » ?

Le plus drôle c’est qu’au lieu de nous raconter qu’il s’agissait d’une erreur, d’un malentendu ou d’une distraction, Blanc a fait savoir qu’il diligentait une enquête pour apprendre qui était à l’origine de cette fuite.

16 juin 2010 | Comment (1)

Angela Merkel, la mère fouettarde

Elle est bien loin l’époque où Nicolas Sarkozy prétendait diriger l’Europe et imposer ses vues à nos 26 partenaires de l’Union. Il s’est fait gronder et il est bien vite, les oreilles basses, rentré dans le rang. Mme Merkel n’aime pas les élèves désobéissants et encore moins arrogants.

La rencontre d’hier à Berlin avait quelque chose de pitoyable. Sarkozy avait été puni. Il n’avait pas eu droit au dîner de la semaine dernière. On voyait qu’il avait compris la leçon. Il a passé son temps à répéter que l’Allemagne et la France, que Berlin et Paris, qu’Angela Merkel et lui étaient entièrement d’accord sur tout, parlaient d’une seule et même voix, présenteraient à l’Europe et au G20 les mêmes propositions.

Les désaccords étaient nombreux. Il n’y en a plus. Sarkozy, petit garçon, s’est rallié, pieds et mains liés, à toutes les idées de la chancelière de fer.
La grande idée de Sarkozy était de créer une gouvernance économique de la zone euro. Merkel n’en voulait pas. Du coup, la gouvernance économique se fera à 27. Autant dire qu’elle ne se fera pas. Merkel a gagné.

Ils se sont mis d’accord pour proposer au G20 l’instauration d’une taxe sur les transactions financières et d’une taxe bancaire. Comme les Etats-unis, la Grande-Bretagne, le Canada, le Japon, le Brésil et quelques autres poids lourds de la planète ont déjà fait savoir qu’ils s’opposeraient totalement à ces deux taxes, là encore c’était sans risque. Merkel a gagné.

Ce qui est plus curieux c’est que Sarkozy a accepté sans broncher l’idée d’Angela Merkel de châtier sans pitié tous les pays européens qui ne respecteraient pas à la lettre les règles de bonne gestion. Elle veut –et maintenant ils veulent tous les deux- suspendre, voire supprimer le droit de vote au Conseil européen des pays « laxistes ».

En bonne institutrice à l’allemande, la chancelière veut « mettre au coin » les gouvernements qui laisseraient filer leurs déficits et ne marcheraient pas au pas de l’oie vers un rétablissement des équilibres budgétaires. Elle semble confondre allègrement l’Union européenne avec une petite classe.
Sarkozy qui s’est peut-être senti un peu visé par les menaces allemandes aurait tout de même du lui faire comprendre qu’un pays qui perdrait son droit de vote au Conseil européen se considérerait, ipso facto, comme exclu de l’Union et qu’en tous les cas il ne se sentirait plus tenu par les décisions prises par le Conseil européen.

Avec cette volonté de mettre sur la touche les pays laxistes, la chancelière allemande révèle, une fois de plus, le fond de sa pensée. Elle ne veut plus que l’Allemagne ait à financer et refinancer les « pays club med’ », pour elle l’expression « solidarité européenne » n’a aucun sens et elle rêve, de moins en mois secrètement, à une Europe « sérieuse » dont seraient exclus tous les fantaisistes qui n’ont pas voulu s’astreindre à la rigueur dès qu’elle commençait à s’imposer.

Sarkozy qui avait peur de se faire encore taper sur les doigts lui a donné raison sans se rendre compte qu’en s’alignant docilement et sans pudeur sur l’intransigeance de la chancelière il allait droit dans le mur.

Jamais les 25 autres n’accepteront de se soumettre à la schlague de Berlin. Merkel le sait parfaitement mais elle veut aller au clash. Sarkozy ne semble pas l’avoir compris.

15 juin 2010 Commentaires fermés

1,70 mètre, pas plus!

« La République des Pyrénées », le grand quotidien de Pau et des Pyrénées-atlantiques qui appartient au groupe « Sud-Ouest » n’a pas la réputation d’être un journal satyrique ni même de pratiquer une opposition viscérale au gouvernement. Or, il publie une information à la fois rigolote et stupéfiante.

Le 22 juin prochain, le président de la République en personne doit inaugurer, en grandes pompes, la nouvelle usine de Turboméca de Bordes, dans les Pyrénées-atlantiques. Tout le monde s’y prépare, l’entreprise, la bourgade, les élus locaux, le ban et l’arrière-ban du département. Il faut que la fête soit réussie. Le ruban, la fanfare, les discours, le bain de foule. On n’inaugure pas tellement de nouvelles usines en ce moment.

Ce qui est rigolo (et stupéfiant) c’est que, d’après « La République des Pyrénées », l’Elysée aurait, par l’intermédiaire de la préfecture, demandé à la direction de Turboméca qu’aucun des ouvriers de l’usine présents lors de l’inauguration… ne dépasse 1,70 mètre. Une jeune femme, cadre de Turboméca mais mesurant 1,85 m., aurait déjà été priée de ne pas assister à la cérémonie. Nicolas Sarkozy ne veut plus être toisé de haut par les gens auxquels il doit serrer la main.

L’organisation des déplacements du chef de l’Etat devient donc de plus en plus difficile. On se souvient que le préfet de la Manche avait sauté parce que Sarkozy avait, à Saint-Lô, entendu des cris hostiles jaillir de la foule, qu’à Reims, les forces de l’ordre avaient fait évacuer, par précaution, tout le centre ville, qu’à Laon, pour assister au grand meeting populaire, il fallait montrer sa carte de militant de l’UMP. S’il faut maintenant avoir moins d’1,70 mètre pour avoir le droit d’acclamer le président de la République, les foules vont diminuer à vue d’œil.

La taille moyenne des Français est, aujourd’hui, d’1,76 mètre. Si l’on s’en tient aux chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé, Sarkozy ne devrait donc plus pouvoir aller prendre de bains de foule que chez les Mongols (1,65 m.), les Aïnous japonais (1,58 m.), les Esquimaux (1,57 m.), les Lapons (1,53 m.) et surtout les Pygmées (1,32 m.) aux yeux desquels il apparaîtrait, évidemment, comme un grand homme.

La préfecture des Pyrénées-atlantiques et la direction de Turboméca viennent de démentir l’information de « La République des Pyrénées ». Il n’y aurait eu aucune demande « formelle » de l’Elysée.

On verra bien, le 22 juin, si tout le personnel de Turboméca est atteint de nanisme ou pas.

15 juin 2010 | Comments (2)