Assez ! Assez ! Cela fait huit jours qu’on nous bassine avec ces histoires de football et les malheurs de l’équipe de France en Afrique du sud. Rien ne nous a été épargné. Ils ont été nuls pour leur premier match, ils se sont fait battre minablement par les Mexicains, ils ont des états d’âme, ils détestent leur entraîneur, ils ne se supportent plus entre eux, ils s’injurient dans les vestiaires, ils font la grève par solidarité avec celui qui a été viré…

Toutes nos chaînes de télévision ont consacré des heures de direct à tous leurs faits et gestes, à la moindre des crises de nerf du capitaine, à la moindre grimace du moindre soignant, aux dits et aux non-dits du sélectionneur ; toute la presse écrite a fait ses « unes » sur cette « descente aux enfers », cet « affront », ce « ridicule », cette « honte pour la France ».

Et maintenant ce sont les responsables politiques, les philosophes, les sociologues qui s’en mêlent. A les en croire, le pays serait « déshonoré », les Français seraient « la risée du monde entier », la France serait « grotesque à travers toute la planète ». Mieux, cette décomposition de notre équipe serait le reflet exact de la situation du pays. Plus de cohésion nationale, plus de gouvernance, plus de volonté de gagner ni d’espoir en l’avenir. Bref, la déconfiture totale. Ces onze types qui tapent dans un ballon rond seraient à l’image des soixante–cinq millions de Français qui sombrent dans le marasme, la crise, le désespoir et le chômage.

Tout cela est parfaitement ridicule. Ces onze types ne sont que des footballeurs c’est-à-dire pas grand-chose, simplement des sportifs de haut niveau devenus, grâce à la télévision, des pantins du show business, à la gloire aussi éphémère que faisandée.

Certes, quand nos équipes gagnent, nous sommes contents. Les épreuves sportives sont, sans doute, les dernières circonstances qui permettent à notre fierté nationale de s’exprimer. Le patriotisme a, là, le droit de se manifester sans craindre de se faire taxer de xénophobie. Mais n’exagérons rien.

En 1998, la victoire de l’équipe de France au Mondial n’a pas été, contrairement à ce qu’on nous a raconté, la victoire de la France de Chirac et de Jospin mais celle de Zidane et de ses copains. On nous a affirmé que c’était le triomphe de « la France black, blanc, beur ». Et des centaines de milliers de Français l’ont fêtée sur les Champs-Elysées. C’était sympathique à voir mais c’était évidemment une imposture. Le racisme (dans tous les sens) n’avait pas baissé d’un poil et l’intégration de nos immigrés et de leurs enfants n’avait pas fait le moindre progrès. Les « blacks » et les « beurs » ont continué à végéter dans leurs ghettos de misère et à avoir « la haine » pour les quelques blancs qu’ils apercevaient sous leurs casques de CRS.

Si l’on peut fêter pendant quelques heures -et surtout sans se faire la moindre illusion- la victoire d’une équipe de France, il serait totalement absurde de se désespérer en cas de défaite, même cuisante.

L’équipe de France de football n’est pas « la France » et ses malheurs n’ont rien à voir avec les nôtres. Ces vingt-trois joueurs, multimillionnaires, incultes, enfants gâtés d’un système de fric, de pub, de télé, qui sont tous des évadés fiscaux travaillant à l’étranger ne représentent en rien ni la France ni les Français. Leurs petits ennuis d’ego n’a rien à voir avec les drames auxquels sont confrontés nos compatriotes. Il ne faudrait pas l’oublier.

Il est amusant de comparer Sarkozy et Domenech -même incompétence, même goût du pouvoir, mêmes échecs en cascade-, la Fédération Français de Football et ceux qui nous gouvernent -même suffisance, même ignorance des réalités-, les joueurs et les puissants du pays –même goût de l’argent, même mépris pour les autres- mais il est ridicule d’aller plus loin.

Peut-être peut-on s’en prendre simplement à Roselyne Bachelot, notre ministre de la Santé et de Sports. Elle a géré la Fédération Française de Football aussi mal que la grippe A H1N1. Et, aujourd’hui, elle a osé reprocher à nos footballeurs leur manque de solidarité entre eux. Aucun d’entre eux ne lui a fait remarquer qu’elle avait viré sa coéquipière Rama Yade aussi sèchement qu’on avait viré Anelka…

Mots-clefs : ,