François Fillon qui a l’air d’un garçon sérieux cherche partout à faire des économies. On ne lui donnera pas tort. Il veut geler les dépenses de fonctionnement de l’Etat, continue à supprimer un poste de fonctionnaire sur deux départs à la retraite, s’apprête à raboter, voire à supprimer les niches fiscales. On l’imagine, la nuit, plongé dans de grands livres de comptes et, un crayon à la main, refaisant des additions et mettant en marge des points d’exclamation ou d’interrogation. Car il va de surprise en surprise en découvrant la gabegie de cet Etat qu’il a lui-même déclaré « en faillite ».

Sa dernière découverte est, en effet, stupéfiante. Le parc automobile des ministères compte… 75.000 voitures. Auxquelles il faut ajouter 17.000 voitures pour les entreprises d’Etat. Et ce ne sont pas de vieilles 2 CV retapées. Mais, bien souvent, de luxueuses limousines, type Vel Satis, C6 ou 607, et, dans ces cas-là, il faut calculer, en plus des frais d’achat, d’essence et d’assurance, le salaire d’un chauffeur.

La « voiture de fonction » fait, depuis des décennies, partie des « avantages acquis » de nos hauts (et moins hauts) fonctionnaires. Comme la taille de leur bureau. Le sous-directeur d’une sous-direction d’un sous-ministère ne prend pas le métro. Il a « sa » voiture ce qui lui permet de perdre des heures, chaque jour, dans les embouteillages et, mieux encore, d’emmener « bobonne et les gosses » tous les week-ends à Deauville ou ailleurs.

Il y a quelques années, le directeur général des télécommunications avait décidé que tous ses cadres supérieurs devaient se limiter à avoir une 104 et il avait été le premier à donner l’exemple. Il s’était fait haïr par tout son personnel et avait fini par sauter.

Si l’on comprend parfaitement qu’un ministre, qu’un directeur de cabinet ou que le patron d’une entreprise publique ait besoin d’une voiture, il est totalement intolérable que l’Etat mette 92.000 véhicules à la disposition de ses salariés.

Fillon est prudent dans ses audaces. Il ne met pas ses fonctionnaires à pied. Il leur demande, avec insistance, de choisir désormais des modèles plus modestes. Une C5 au lieu d’une C6, une 407 au lieu d’une 607. Ce n’est pas encore le régime sec.

Il se souvient, peut-être, qu’en 2004 un des ses prédécesseurs, Jean-Pierre Raffarin, avait déjà émis un tel vœu pieux trouvant ce gigantesque parc automobile de l’Etat trop coûteux. Depuis, ce parc automobile… a augmenté de plus de 8.000 véhicules.

Il serait temps que les princes de la République changent de carrosses. Fillon pourrait aussi s’occuper du « petit personnel ». On vient d’apprendre que la République, décidemment bonne fille, offrait à Fadela Amara, (chargée des quartiers défavorisés) une cuisinière et un valet de chambre pour l’appartement de fonction qu’elle n’occupe pas et prête à des amis de passage.

On dira qu’il ne s’agit-là que de « gouttes d’eau » dans l’océan de nos déficits. Mais à force de gouttes d’eau nous nous sommes noyés.

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