A l’approche du soixante-dixième anniversaire de l’appel du 18 juin, le Journal du Dimanche a demandé à l’IFOP de sonder les Français sur le gaullisme. La question posée était simple : « Le gaullisme est-il aujourd’hui périmé ? ». C’est ce qu’on appelle, au choix, « une tarte à la crème » ou « un marronnier ».

Les réponses sont cependant intéressantes. 45% des Français « estiment que le gaullisme ne veut plus dire grand-chose » et 28% qu’il est « dépassé ». En clair, le gaullisme serait donc « périmé » pour 73% des Français. Mais on peut toute de même noter que 40% des électeurs de droite et 19% des électeurs de gauche « estiment que le gaullisme est toujours d’actualité ».

Naturellement, et comme toujours, il faudrait s’entendre sur une définition exacte du gaullisme. Cela fait maintenant plus d’un demi siècle que les meilleurs exégètes de notre histoire politique s’entredéchirent sur ce thème.
On peut cependant imaginer que, pour les sondés en question, le gaullisme c’est, d’abord et avant tout, avoir « une certaine idée de la France » et vouloir sa « grandeur ».

Or, si on s’en tient à cela, il faut bien reconnaître que le gaullisme est diablement « périmé ». Quelle « idée » peut-on, en effet, se faire d’un pays qui n’a plus de frontière (c’est l’Europe), plus de monnaie (c’est l’euro), plus de pouvoir législatif (les textes de Bruxelles l’emportent sur les nôtres), plus de justice (la Cour européenne l’emporte sur nos tribunaux) et où le gouvernement en est réduit à organiser une vaste enquête nationale pour savoir ce que c’est que d’« être français » ?

Quand à la notion de « grandeur », elle a, elle aussi, pris un sérieux coup de vieux. Peut-on évoquer la grandeur d’un pays qui a 1.500 milliards de dettes, plus de 10% de chômeurs, 8 millions d’habitants qui vivent sous la ligne de pauvreté et dont le président qui trottine derrière la chancelière allemande fait rigoler toute la planète quand il évoque une gouvernance économique mondiale en faisant comprendre qu’il serait éventuellement prêt à en assumer la charge.

Cela dit, les « déclinistes » de tout poil qui ont bien souvent raison dans leurs observations oublient trop souvent dans quel état de Gaulle a trouvé le pays quand il est revenu aux affaires en 1958.
La France de la fin de la IVème République était dans une situation bien pire encore que celle d’aujourd’hui. Certes, il n’y avait pas de chômage, pas d’insécurité, pas de problème d’immigration, mais la France était (déjà) en faillite -Paris devait aller « taper » les Etats-Unis pour finir ses fins de mois et payer ses fonctionnaires-, la vie politique offrait un spectacle pitoyable avec ses crises gouvernementales à répétition et ses combinaisons de partis et, surtout, le pays était enlisé dans une guerre d’Algérie sans fin. Personne n’aurait alors eu l’idée de parler de « la grandeur de la France ».
Le fabuleux sursaut –on pourrait même parler de résurrection- de la France en 58 a prouvé que la volonté politique pouvait être plus forte que les pires réalités. Oui, mais… c’était de Gaulle.

Au fond, on pourrait se demander si la meilleure définition du gaullisme ce ne serait pas simplement… l’arrivée au pouvoir d’un homme providentiel qui, par son seul verbe, serait capable de mobiliser les foules en les guidant sur un chemin ambitieux mais forcément sinueux où utopie et pragmatisme, planification et libéralisme, réformes profondes et conservatisme s’entrecroiseraient, au gré des circonstances.

Personne n’a jamais su où situer de Gaulle sur notre échiquier politique. A gauche, quand il décolonisait et tentait de lancer la participation, à droite, quand il imposait l’élection du chef de l’Etat au suffrage universel et avançait à coups de référendums-plébiscites ?
En fait, le gaullisme est toujours d’actualité car nous rêvons toujours de l’arrivée d’un homme providentiel. A chaque élection présidentielle, une majorité de Français y a cru. Mais jusqu’à présent, la providence a été décevante.

Le 19 juin, avec donc 24 heures de retard, Dominique de Villepin, en lançant son nouveau parti, va tenter d’apparaître en homme providentiel. Mais n’est pas de Gaulle qui veut.

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