Chaque jour apporte désormais son lot d’informations nouvelles sur « l’affaire de Karachi », c’est-à-dire des détails supplémentaires sur les circonstances de la vente par la France, en 1994, de sous-marins au Pakistan.
Est-il besoin de préciser qu’il s’agit d’un dossier particulièrement explosif puisque certaines accusent Edouard Balladur d’avoir financé, en partie, sa campagne présidentielle de 1995 avec des rétro-commissions que ses amis auraient touchées à cette occasion. Et que, bien sûr, c’est moins Balladur qu’on vise aujourd’hui que celui qui était alors son ministre du Budget et son directeur de campagne et qui n’était autre que Nicolas Sarkozy.

Or, çà commence à « sentir le roussi » pour Sarkozy.
On ne sait toujours pas si l’attentat qui, en 2002, à Karachi, a causé la mort de onze Français, salariés de nos constructions navales, a été la conséquence directe de l’arrêt, en 1996, du versement par Paris de commissions que la France s’était engagée à verser à des Pakistanais, civils et militaires, ayant joué un rôle important dans ce marché.
Mais l’enquête sur cet attentat a déjà permis de découvrir que Paris avait, en 1994, au moment de la signature du contrat, créé une société offshore, « Heine », pour faire transiter discrètement l’argent de ces commissions. Certes, ces pots de vin versés à des intermédiaires pakistanais étaient parfaitement légaux. Mais la société « Heine » a-t-elle, aussi, permis de faire transiter des rétrocommissions vers des personnalités françaises ayant joué un rôle dans les transactions ? Tout est là.

Le problème aujourd’hui est moins de savoir pourquoi nos onze compatriotes ont été assassinés, il n’est pas de savoir s’il y a eu des dessous de table versés à des Pakistanais (plus personne n’en doute) que de savoir s’il y a bel et bien eu des rétrocommisions et, si oui, à qui elles sont allées.
La police luxembourgeoise vient de faire savoir que c’est Nicolas Sarkozy en personne qui, en 1994, a « directement supervisé la constitution de la société Heine ».

Certes, cela ne veut pas (encore) dire qu’il y ait eu des rétrocommissions et encore moins qu’elles aient pu bénéficier à Balladur pour sa campagne. Mais cela prouve que Balladur qui jure ses grands dieux qu’il ignore tout du dossier et que Sarkozy qui parle de « fable » à ce propos ont menti, tous les deux. Ils étaient, évidemment, l’un et l’autre, au courant de la création de cette société « Heine » par laquelle transitaient tous les dessous de table.

Plus grave, la police luxembourgeoise vient de révéler qu’elle avait saisi des lettres des deux dirigeants de « Heine », Jean-Marie Boivin et Yves Schmidt, adressées à Nicolas Sarkozy et à Jacques Chirac (qui, en 1996, avait fait interrompre le versement des commissions) et dans lesquelles ces deux personnages se plaignaient de l’interruption des versements mais, surtout, menaçaient de « rendre publics les noms de hautes personnalités françaises mêlées à l’affaire ».

Il est évidemment difficile de croire sur parole des intermédiaires plus ou moins douteux qui se livrent à ce qu’il faut bien appeler du « chantage ». Mais ces deux individus étaient, indiscutablement, au cœur de l’opération, connaissaient personnellement Sarkozy qui les avait nommés à la tête de la société écran et savaient parfaitement à qui était destinées et les commissions et les éventuelles rétrocommissions.
Qu’ils aient évoqué de « hautes personnalités françaises mêlées à l’affaire » tendrait à prouver qu’il y a bien eu des rétrocommissions. Or ces rétrocommissions ne pouvaient avoir été accordées qu’à des personnalités ayant participé à la réalisation du contrat, c’est-à-dire à des responsables alors aux affaires.

Dans ce cas-là, comment imaginer que Sarkozy qui était au centre du dispositif ne l’ait pas su ? Pire, comment ne pas soupçonner Sarkozy d’avoir fait bénéficier Balladur de ces rétrocommissions pour sa campagne ?
Dans les jours et les semaines qui viennent, on va, sans aucun doute, avoir encore davantage de précisions sur cette affaire. Mais l’opinion publique est déjà convaincue que la mort de nos onze compatriotes est, bel et bien, liée à cette affaire de commission, qu’il y a, bel et bien, eu des rétrocommissions et qu’elles ont, sans guère de doute, servi à financer la campagne de Balladur. Tout cela peut être dévastateur pour une candidature de Sarkozy.

Cette affaire va-t-elle prendre de l’ampleur d’ici aux élections présidentielles de 2012 ? Il y a eu des affaires du même genre et même beaucoup moins graves qui ont brisé des candidats (la feuille d’impôts de Chaban, les diamants de Giscard), d’autres qui ont fait « pschitt » pour reprendre l’expression de Chirac (comme, justement, les déclarations « posthumes » de Méry sur le financement du RPR).

Le tout est de savoir quelle est l’officine qui distille savamment les informations.

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