Brice Hortefeux est évidemment, avec Eric Besson, l’un de nos ministres les moins sympathiques. Certains diront que la fonction de « premier flic de France » n’est guère valorisante. C’est faux. Trois de nos présidents de la République -Mitterrand, Chirac et Sarkozy- ont occupé le grand bureau de la place Beauvau, ce qui prouve que la « tache » n’est pas indélébile. On peut même dire, pour ce qui est de Sarkozy, que c’est en étant ministre de l’Intérieur qu’il s’est fait connaître et qu’il a conquis sa clientèle.

Mais Hortefeux est « un gros mauvais ». La délinquance ne fait qu’augmenter depuis qu’il est ministre de l’Intérieur et nous avons même droit, maintenant, toutes les semaines, à un ou deux braquages de banque, de bijouterie ou de fourgon blindé. Sarkozy qui est pourtant son ami de trente ans le lui a d’ailleurs dit en face en lui déclarant « J’ai sans doute tué le métier ».

Pire, Hortefeux a déshonoré la France en osant renvoyer à Kaboul, dans un charter, des clandestins afghans. C’est une chose que ceux qui croient que la France est encore le pays des Droits de l’homme et une terre d’asile ne lui pardonneront jamais.
Ajoutons, enfin, que si notre Code pénal prévoyait un « délit de sale gueule », notre ministre de l’Intérieur pourrait être traîné devant les tribunaux. Mais ce n’est pas pour ce délit-là qu’il a été condamné par la 17ème chambre du Tribunal correctionnel de Paris.

Hortefeux vient d’écoper de 750 € d’amende (et de 2.000 € à verser au MRAP) pour « injures publiques à caractère racial ». Du coup, le PS (sauf Ségolène Royal) demande, exige même sa démission. Du coup, Fillon et toute l’UMP accourent à son secours et multiplient les déclarations d’estime et d’amitié pour le condamné.

Tout cela est parfaitement ridicule. Hortefeux (qui a fait appel) ne va, bien sûr, pas démissionner et le PS le sait parfaitement et Fillon et ses copains n’auraient pas dû commenter ce qui est tout de même une décision de justice.
Mais c’est surtout notre Justice, avec un J majuscule, qui, ici, se couvre de ridicule.

Les faits sont connus. Lors des universités d’été de l’UMP à Seignosse, en septembre dernier, une militante présente un militant arabe à Hortefeux. Et le ministre de déclarer bêtement : « Il en faut toujours un. Quand il y en a un, çà va. C’est quand il y en a beaucoup que çà pose problème ».
La plaisanterie est évidemment idiote, minable et de mauvais goût. Même s’il est vrai que, quand il y a beaucoup d’Arabes, çà pose des problèmes, ce que personne ne peut nier, tout en le regrettant.

Hortefeux ne savait pas qu’il était filmé (par la Chaîne parlementaire) et que ces quelques secondes d’images et de son feraient immédiatement le tour de l’Internet. Mais, tant pis pour lui, les personnalités politiques doivent savoir qu’elles sont désormais, en permanence, sous l’œil (et l’oreille) de caméras indiscrètes.

Maladroitement, devant le tollé que l’incident provoquait, Hortefeux a tenté de faire croire qu’il avait fait allusion aux… Auvergnats et non pas aux Arabes. Il est vrai que, très curieusement, en France, aujourd’hui, on peut attaquer plus facilement les Auvergnats que les Arabes.
Le MRAP s’est naturellement saisi de l’affaire et a traîné le ministre devant les tribunaux. Et c’est là que l’histoire devient ridicule, inadmissible, intolérable.
Le petit dérapage d’Hortefeux méritait, sans doute, qu’il présente des excuses (ce qu’il a fait), qu’il perde quatre à cinq points dans les sondages, que l’opposition en fasse, pendant quelques jours, des gorges chaudes, voire que Fillon fasse une petite mise au point à l’Assemblé.

Mais cette plaisanterie de garçon de bain ne méritait sûrement pas que la Justice du pays se saisisse, « au nom du peuple français » de l’affaire.
La Justice, c’est sérieux. Nos magistrats, dans leurs grandes toges, ont une tâche essentielle pour notre société. Ils doivent poursuivre et condamner les délinquants et les criminels qui ont attaqué les biens et les personnes. Ils n’ont pas à perdre du temps et à outrepasser leur fonction en jugeant une phrase, aussi déplacée soit-elle, volée par une caméra. Ils n’ont pas à apprécier l’humour d’une réflexion.

On semble d’ailleurs avoir oublié que quatre présidents de la République ont dit bien pire ; Giscard a parlé d’« invasion » à propos de l’immigration, Mitterrand a affirmé qu’il y avait « un seuil de tolérance » au-delà duquel on ne tolérait plus les immigrés et il le fixait à 10% (idée qu’a, en vérité, reprise Hortefeux)), Chirac a parlé de « l’odeur et du bruit », sans oublier Sarkozy qui a brandi « le karcher » pour « nettoyer la racaille » ce qui visait, évidemment, une bonne partie de nos jeunes immigrés maghrébins qui l’ont d’ailleurs ressenti comme une attaque. Aucun des quatre n’a été poursuivi.

Mais il faudrait que cette « affaire Hortefeux » prenne de l’ampleur et dégénère, car ce genre de procès devient odieux dans le pays de Voltaire. Depuis la fameuse loi Gayssot, une flopée de textes se sont accumulés, sous l’influence active de certains lobbies, interdisant la moindre réflexion, le moindre commentaire pouvant apparaître, à certains, comme raciste, xénophobe, sexiste ou homophobe.

Cette atteinte à la liberté d’expression est totalement contraire à toutes nos traditions, nos valeurs. A fortiori quand elle veut museler et châtier des gens qu’on ne peut pas accuser d’être racistes, xénophobes, sexistes ou homophobes. Comme Hortefeux qui a tous les défauts mais pas ceux-là ou Eric Zemmour qui a bien failli, il y a quelques semaines, être victime de ces mêmes lobbies, lui qui est pourtant un Juif d’Afrique du nord et qui se revendique comme tel.
Il faut évidemment lutter contre toutes ces dérives. Mais ce n’est sûrement à la loi et à la justice de s’en charger. C’est une question d’éducation. C’est à l’école qu’on doit condamner le racisme, pas au tribunal.

En voulant déshonorer Hortefeux pour lequel nous n’avons, faut-il le préciser, aucune sympathie, le MRAP a déshonoré la Justice française (qui n’en avait vraiment pas besoin) et s’est ridiculisé lui-même.

Hélas, en France, désormais, non seulement on ne peut plus dire ce qu’on veut, mais, ce qui est encore plus grave, le ridicule ne tue plus personne.

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