Du G8 et du G20 qui viennent de se dérouler au Canada, l’opinion mondiale ne retiendra qu’une seule chose : ils ont coûté la bagatelle… d’un milliard de dollars !

Avec un milliard de dollars, on pourrait éradiquer à tout jamais la lèpre de la planète, ou donner l’accès à l’eau à quelques centaines de milliers de pauvres gens qui en sont privés, ou construire un bon nombre d’écoles. Mais les Grands qui nous dirigent ont préféré s’offrir, pour trois jours, des installations de rêve, creuser un lac artificiel (dans le pays qui compte le plus grand nombre de lacs au km2) et s’entourer de mesures de sécurité exceptionnelles. Histoire, dans doute, de nous rappeler à quel point ils étaient coupés de réalités et se contrefoutaient de la misère du monde.

En principe, ces potentats se réunissaient ce week-end à Toronto pour voir ce qu’ils pourraient bien décider pour faire face à la crise économique mondiale qui ne fait que commencer et qui jette dans la misère des populations entières.
Mais, bien sûr, ce n’était qu’un jeu, qu’une pantalonnade, qu’une bouffonnerie.

Les G8, G20 et autres sommets planétaires ne sont que des « machins » à la mode, pour reprendre le terme du général de Gaulle, faits pour amuser la galerie et donner bonne conscience à des « responsables » inconscients et surtout irresponsables.

Il faudra, un jour, avoir l’impudence de faire le bilan du premier des « machins » : l’ONU. Cela fait des décennies que ce « machin » qui réunit tous les pays de la planète, a des moyens considérables, une administration pléthorique et même sa propre armée, est totalement incapable d’imposer la paix au Proche-Orient, de régler l’affaire de Chypre, celle du Cachemire ou même de calmer le bellicisme de pays comme la Corée du Nord ou l’Iran. Cela fait plus d’un demi-siècle que l’ONU, ses résolutions et ses casques bleus font rigoler tous les dictateurs et même bien des régimes plus ou moins démocratiques de la planète. On pense à Israël qui s’est toujours assis sur toutes les injonctions adoptées dans la grande maison de verre de New York.

Le G7 devenu G8 c’est pire encore dans l’inutilité. Au départ, le cynisme absolu. Les sept puis huit pays « les plus riches de la planète » allaient prendre les choses en main et décider de l’avenir du monde. C’était la ploutocratie à l’échelle planétaire ! Cà ne pouvait pas marcher. Non pas parce qu’il y a toute de même une morale (il n’y en a pas) mais, d’abord, parce qu’une bonne moitié de ces ploutocrates commençait à avoir de sérieux problèmes d’argent (ce qui n’est pas bon pour un ploutocrate) et qu’ensuite, et surtout, les membres de ce curieux club étaient tous concurrents, par définition, entre eux. Les riches ne font pas de cadeaux aux pauvres mais ils ne s’en font pas non plus entre eux. La loi de la jungle règne aussi chez eux.

Alors on est passé au G20. Les Huit allaient accueillir, dans une annexe de leur club, les… nouveaux riches. On disait pudiquement « les pays émergeants », sans se rendre compte du ridicule de l’expression. La Chine, l’Inde, le Mexique, le Brésil, des pays « émergeants » ? Mais cela fait des années que ces pays ont « émergé » ! Ils dominent déjà la planète, ils sont les vrais Grands du XXIème siècle, ce sont eux qui prêtent de l’argent aux autres, qui vendent leurs produits au monde entier, qui rachètent nos entreprises, qui imposent leurs lois économiques, commerciales, financières. Ils ne savent même pas où se trouve la vieille Europe et regardent l’Amérique comme un vieil empire à bout de souffle, démodé, qu’ils renflouent pour pouvoir continuer à lui leurs camelotes.

Comment s’étonner alors du flop de ce G8 et de ce G20 ?
Les Huit qui s’imaginent encore pouvoir faire la loi et même la paix à travers la planète se sont séparés en déclarant que « le blocus de Gaza n’était pas viable » et que « les forces afghanes devaient faire des progrès ». On imagine sans mal l’éclat de rire que cela a dû provoquer aussi bien chez les dirigeants israéliens que chez les Talibans.

Quant aux Vingt, çà a été pire encore. Les « émergeants » ont regardé les « anciens riches » s’étriper. La France et l’Allemagne voulaient imposer à la planète une taxe bancaire et l’austérité à grande échelle. Les Etats-Unis ne voulaient ni de l’une ni de l’autre. N’ayant pas encore perdu tout espoir de s’en sortir, ils préfèrent, sans doute à juste titre, la croissance à la rigueur. Les « nouveaux riches », tous maintenant adeptes du capitalisme le plus échevelé, leur ont, bien sûr, donné raison.

Bref, un milliard de perdu. Sarkozy a annoncé que le prochain G20 qu’il présidera et qui aura lieu à Nice l’an prochain coûterait beaucoup moins cher. 80 millions, a-t-il dit. Mais à quoi servira-t-il ?

Comment peut-on s’imaginer une seule seconde qu’on pourra jamais établir des règles de bienséance entre des dompteurs cacochymes et des tigres bien décidés à tout dévorer, entre des pays ruinés et déjà plus ou moins éliminés de la compétition et des pays qui ont une croissance à deux chiffres.

Quand Sarkozy demande poliment au Chinois de relever la valeur de sa monnaie, de freiner sa consommation de charbon et de limiter ses exportations, l’autre n’écoute même pas l’interprète.

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