Tous les ans, cinq inspecteurs de l’Education Nationale se réunissent pour décider des auteurs qui seront au programme du bac de l’année suivante.
Cette année, et donc pour le bac de 2011, ils ont choisi, pour le bac littéraire : Homère (« L’Odyssée »), Beckett (« Fin de partie ») Pascal Quignard (« Tous les mains du monde ») et… de Gaulle (Tome 3 de ses « Mémoires »).

Si Homère est indiscutable, les trois autres sont, peut-être, sujets à caution. Certes, Beckett a eu le prix Nobel et ses pièces ont eu du succès, mais son génie de l’absurde donnera-t-il vraiment à nos jeunes potaches le goût de l’existence et la soif de la réussite ? Pas sûr. Godot ne fait pas rêver. Quant à Quignard, s’il a ses « fans », notamment depuis « Tous les matins du monde », son prix Goncourt « Les ombres errantes » a été l’un des plus grands flops de l’histoire du Goncourt, à juste titre. Les jurés de Drouant ont failli s’entretuer tant ils étaient divisés sur ce choix, pour le moins contestable, et le public, unanime, lui, a totalement boudé le livre. Il ne suffit pas de devenir incompréhensible, au-delà de la prétention, pour avoir du génie.

Mais c’est, bien sûr, le choix de de Gaulle qui provoque la polémique. Un collectif de professeurs de lettres demande, le plus officiellement du monde, qu’il soit supprimé du programme.
De Gaulle est-il un grand écrivain ? La question est débattue depuis des années et ce n’est pas parce qu’il est entré dans « La Pléiade » que la réponse a été donnée.

Il n’y a aucun doute qu’il y a du style chez le bonhomme. Un peu classique, certes, mais est-ce un défaut ? Comme disent les braves gens, « il écrit en français et sait manier le subjonctif ». Mieux que Beckett et que Quignard en tous les cas. Et puis il y a aussi du souffle et de la chair. On sent que l’auteur connaît son sujet –c’est le moins qu’on puisse dire- et qu’il a quelque chose à raconter. Du style, du souffle et une histoire, n’est-ce pas suffisant pour faire un auteur ?

Le 3ème tome des « Mémoires de guerre » est le plus extraordinaire. Le premier chapitre s’intitule « La libération », le dernier « Le départ ». Ca commence à l’été 44 et çà finit en juin 46. Du Débarquement et de la victoire au départ vers la traversée du désert. Ca vaut l’Odyssée.

C’était évidemment audacieux de la part de nos cinq inspecteurs du ministère de proposer un « auteur » dont l’« autobiographie » (pour le moins originale et qui se confond avec l’Histoire de notre pays) ne pouvait que passionner des jeunes qui sont nés sous la cohabitation Mitterrand-Balladur, c’est-à-dire à des années-lumière de l’épopée de Charles de Gaulle.

Mais, naturellement, il fallait que quelques syndicalistes de la rue de Grenelle s’indignent d’un tel choix et signent une pétition. Quignard, oui, de Gaulle, non ! On voit le niveau de nos enseignants.

Et après on s’étonne que l’école soit devenue « une fabrique de cancres et de chômeurs »…

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