Elle est bien loin l’époque où Nicolas Sarkozy prétendait diriger l’Europe et imposer ses vues à nos 26 partenaires de l’Union. Il s’est fait gronder et il est bien vite, les oreilles basses, rentré dans le rang. Mme Merkel n’aime pas les élèves désobéissants et encore moins arrogants.

La rencontre d’hier à Berlin avait quelque chose de pitoyable. Sarkozy avait été puni. Il n’avait pas eu droit au dîner de la semaine dernière. On voyait qu’il avait compris la leçon. Il a passé son temps à répéter que l’Allemagne et la France, que Berlin et Paris, qu’Angela Merkel et lui étaient entièrement d’accord sur tout, parlaient d’une seule et même voix, présenteraient à l’Europe et au G20 les mêmes propositions.

Les désaccords étaient nombreux. Il n’y en a plus. Sarkozy, petit garçon, s’est rallié, pieds et mains liés, à toutes les idées de la chancelière de fer.
La grande idée de Sarkozy était de créer une gouvernance économique de la zone euro. Merkel n’en voulait pas. Du coup, la gouvernance économique se fera à 27. Autant dire qu’elle ne se fera pas. Merkel a gagné.

Ils se sont mis d’accord pour proposer au G20 l’instauration d’une taxe sur les transactions financières et d’une taxe bancaire. Comme les Etats-unis, la Grande-Bretagne, le Canada, le Japon, le Brésil et quelques autres poids lourds de la planète ont déjà fait savoir qu’ils s’opposeraient totalement à ces deux taxes, là encore c’était sans risque. Merkel a gagné.

Ce qui est plus curieux c’est que Sarkozy a accepté sans broncher l’idée d’Angela Merkel de châtier sans pitié tous les pays européens qui ne respecteraient pas à la lettre les règles de bonne gestion. Elle veut –et maintenant ils veulent tous les deux- suspendre, voire supprimer le droit de vote au Conseil européen des pays « laxistes ».

En bonne institutrice à l’allemande, la chancelière veut « mettre au coin » les gouvernements qui laisseraient filer leurs déficits et ne marcheraient pas au pas de l’oie vers un rétablissement des équilibres budgétaires. Elle semble confondre allègrement l’Union européenne avec une petite classe.
Sarkozy qui s’est peut-être senti un peu visé par les menaces allemandes aurait tout de même du lui faire comprendre qu’un pays qui perdrait son droit de vote au Conseil européen se considérerait, ipso facto, comme exclu de l’Union et qu’en tous les cas il ne se sentirait plus tenu par les décisions prises par le Conseil européen.

Avec cette volonté de mettre sur la touche les pays laxistes, la chancelière allemande révèle, une fois de plus, le fond de sa pensée. Elle ne veut plus que l’Allemagne ait à financer et refinancer les « pays club med’ », pour elle l’expression « solidarité européenne » n’a aucun sens et elle rêve, de moins en mois secrètement, à une Europe « sérieuse » dont seraient exclus tous les fantaisistes qui n’ont pas voulu s’astreindre à la rigueur dès qu’elle commençait à s’imposer.

Sarkozy qui avait peur de se faire encore taper sur les doigts lui a donné raison sans se rendre compte qu’en s’alignant docilement et sans pudeur sur l’intransigeance de la chancelière il allait droit dans le mur.

Jamais les 25 autres n’accepteront de se soumettre à la schlague de Berlin. Merkel le sait parfaitement mais elle veut aller au clash. Sarkozy ne semble pas l’avoir compris.

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