Eh bien, voilà ! Nous découvrons enfin le pot aux roses. Pourquoi ne nous l’avaient-« ils » pas dit plus tôt ? Cela faisait des années que nous nous demandions ce que nous allions bien faire en Afghanistan, pourquoi nous envoyions, là-bas, nos soldats se faire tuer dans une guerre perdue d’avance.
« Ils » nous racontaient n’importe quoi. Sarkozy surtout.

Il nous disait que nous faisions la guerre dans les montagnes afghanes pour empêcher les Talibans d’obliger, de nouveau, les femmes à porter le voile. Argument doublement absurde : d’abord, parce qu’on ne fait pas la guerre pour imposer une mode vestimentaire à un pays du bout du monde, ensuite, parce que les femmes afghanes portent le voile intégral depuis des siècles, et ce bien avant la prise du pouvoir par les Talibans.

Il nous disait aussi que c’était pour défendre l’Occident, la civilisation et la planète contre le terrorisme islamiste. Or, si al Qaïda a, en effet, des bases arrière quelque part dans les grottes perdues de la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan, il est évident que la « révolution islamiste » qui veut détruire la civilisation occidentale a d’autres bases au Yémen, au Soudan, dans les pays du Golfe, en Indonésie, aux Philippines, au Sahara, voire en Iran, en Syrie, en Libye et même maintenant, sans doute, dans bien des banlieues de nos grandes métropoles.

Même si un jour, nous finissons par attraper Ben Laden qui nargue depuis neuf ans des dizaines de milliers de soldats occidentaux suréquipés dans ses cailloux perdus, l’islamisme continuera à faire ses ravages, à recruter les damnés de la terre et à nous jeter des grenades au visage.
Sarkozy nous affirmait même que nous finirions par gagner cette guerre. Sans doute parce que nous étions « les plus forts » et qu’il « ne manquait pas un bouton aux guêtres de nos soldats ».

Il suffit d’être aller une fois se promener dans les montagnes afghanes (ce que j’ai fait à d’innombrables reprises) pour avoir compris deux choses : d’abord, que jamais personne n’arrivera à déloger les guerriers afghans dans leurs montagnes, leurs vallées, leurs cols, leurs défilés inaccessibles, et, ensuite, que la seule présence de troupes étrangères en Afghanistan provoque immédiatement « l’union sacrée » de toutes ces ethnies, de tous ces peuples, de toutes ces tribus qui composent la mosaïque afghane et qui jusqu’alors se détestaient et s’entredéchiraient. Les Britanniques en ont fait l’expérience, les Soviétiques aussi.

Les 142.000 soldats des forces internationales actuellement présentes en Afghanistan n’arrivent toujours pas, malgré leur aviation, leurs satellites, leurs hélicoptères, leurs chars, leurs canons et tout leur matériel ultrasophistiqué, à porter de coups sérieux aux bandes rebelles en espadrilles et armées de vieilles kalachnikovs.
Pire : quand nous sommes intervenus en 2001-2002, les Talibans ne contrôlaient plus d’un dixième du pays. Aujourd’hui, avec toutes les tribus qui, par nationalisme, les ont rejoints, ils tiennent plus de quatre-vingts pour cent de l’Afghanistan.
Nous ne comprenions donc rien.

Mais voilà que le New York Times nous révèle le pot aux roses. Les quarante-trois soldats français qui ont été tués là-bas ne sont pas morts pour rien.
L’Afghanistan n’est pas le pays misérable, famélique, désespérant que l’on croyait. C’est un eldorado ! Peut-être le pays le plus riche de la planète ! Car sous ses cailloux arides il y a tous les minerais du monde, de l’or, du fer, du niobium, du cobalt, du lithium, tout et à profusion !
Nos braves soldats là-bas ne le savent pas mais ils crapahutent sur…. « mille milliards de dollars », selon une première estimation.

D’après la version officielle, des géologues soviétiques avaient fait les premières prospections dans les années 80, alors que l’URSS occupaient le pays, et, depuis, des géologues américains ont poursuivi leurs recherches. Et ils ont trouvé. Les premiers résultats de ces études seront présentés à Kaboul, le 20 juillet prochain. Mille milliards de dollars, nous répète-t-on ! Ca vaut bien de faire une petite guerre !

Personne ne nous fera croire, bien sûr, que, dans ce qu’on appelle « les plus hautes sphères », on ne se doutait pas une seconde, jusqu’à présent, de ce fabuleux trésor caché.
Bien sûr qu’« ils » savaient et que c’était pour cela qu’ils voulaient aller sauver la civilisation là-bas. Mais ils n’osaient pas nous l’avouer. Il est plus convenable de dire qu’on fait la guerre pour défendre les Droits de l’homme que de reconnaître qu’on envoie des hommes à la mort pour s’emparer de filons d’or.

Le général David Petraeus, chef d’Etat-major de l’armée américaine, vient de déclarer, avec une touchante fausse naïveté : « Il y a là-bas un potentiel stupéfiant ». On veut croire qu’il ne l’a pas découvert en lisant, ce matin, le New York Times.

Pourquoi, nous l’avouent-ils aujourd’hui ? Tout simplement parce qu’ils ont compris que les opinions internationales commençaient à en avoir assez de cette guerre qui leur semblait absurde. Tout s’éclaire donc. Nous ne sommes pas là-bas pour apporter une civilisation ou défendre la notre mais pour tenter de mettre la main sur un fabuleux magot. Rien ne dit cependant que les opinions publiques seront plus sensibles à ce nouvel argument.

Cela dit l’officialisation de ces richesses fabuleuses ne va sûrement pas faciliter les choses. Car ceux qui financent et qui arment les Islamistes d’Afghanistan savaient eux aussi, sans doute, depuis longtemps ce qui se cachait sous les cailloux.

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