Hier, à l’Elysée, en hors d’œuvres, c’était une réunion sur la Grèce et la chute de l’euro, en dessert, une séance de reprise en main des députés de l’UMP mais le « plat du jour » a été « la lutte contre les violences à l’école et contre l’absentéisme ». On peut reprocher à Nicolas Sarkozy de faire n’importe quoi mais on ne peut pas lui reprocher de ne rien faire. On peut même se demander s’il n’en fait pas un peu trop.

La violence à l’école est un vrai problème qui existe depuis longtemps mais qui s’aggrave considérablement depuis quelques années. C’est l’un des symptômes les plus visibles (et les plus dangereux pour l’avenir) de ce qu’on appelle « le drame des cités de non-droit ».

Car, contrairement à ce qu’on nous affirme souvent, l’école n’a jamais été, ne doit pas être et ne peut pas être « un sanctuaire » coupé de son environnement et dans lequel, comme dans un laboratoire aseptisé, on pourrait préparer les enfants à devenir des hommes. L’école est forcément le reflet, l’émanation de la ville qui l’entoure et elle prépare, par définition la ville demain. C’est dans les zones violentes qu’on a des violences à l’école et les gosses qui auront été dans ces établissements seront des adultes, évidemment, marginalisés.

Il est donc absurde de vouloir traiter du problème de la violence à l’école sans s’attaquer, en même temps, et même d’abord, à ceux du chômage, de la précarité, du « mal être » dans les cités, de l’urbanisme, de la délinquance générale, de l’assimilation ratée des immigrés, etc.

On peut cependant se demander si c’était bien au président de la République, en personne, d’annoncer, hier, solennellement que les violences à l’école ne sont pas « acceptables » et qu’il allait falloir « trouver des solutions ». Le ministre de l’Education nationale aurait, sans doute, suffit. Mais Sarkozy prend sûrement Luc Chatel pour un imbécile comme tous ses autres ministres et, comme toujours, il veut que l’action de son gouvernement se limite à un « one man show ».

En fait, cette opération très médiatisée d’hier faisait tout simplement partie du « coup de barre à droite » qu’entend donner ostensiblement Sarkozy à toute sa politique pour tenter de récupérer les voix du Font National. Le débat (ridicule et dangereux) sur l’identité nationale, la loi d’interdiction de la burqa (contraire à tous nos principes), les tartarinades sur une chasse aux trafiquants des banlieues, et maintenant ces velléités de lutte contre les violences à l’école font un ensemble cohérent qui donne au régime une allure bien déplaisante et à la France une image détestable.

Il devrait y avoir d’autres priorités comme l’éducation, la formation, l’emploi, le logement, autant de combats à mener et qui, justement, permettraient d’enrayer la montée des violences. La vraie politique consiste à s’attaquer aux causes et non pas aux effets, même si c’est moins démagogique.
Et, une fois de plus, hier, nous avons eu droit à du sarkozysme à l’état pur : coups de menton, effets de manche, promesses totalement inconsidérées et idées faussement nouvelles sorties du chapeau sans même avoir été étudiées.
Passons rapidement sur les « gadgets du jour ».

Sarkozy exige qu’avant la fin du mois de juin, donc dans un mois et demi, tous les établissements scolaires de France et de Navarre aient réalisé … « un diagnostic de sécurité ». Cà veut dire quoi ? Cà servira à quoi ? Personne n’en sait rien. Mais ce qui est sûr c’est que les directeurs des 35.000 écoles, des 5.000 collèges et des 3.000 lycées du pays vont devoir remplir des circulaires dans lesquelles on les incitera à réclamer des portails sécurisés, des caméras de vidéosurveillance et du personnel d’encadrement. Ces circulaires pourriront tranquillement dans les caves d’une annexe du ministère de l’Education nationale.

Il veut aussi que les directeurs et proviseurs des collèges et des lycées « difficiles » puissent désormais choisir eux-mêmes leurs enseignants. Cà ne tient pas debout. On ne va tout de même pas instaurer un « marché aux esclaves » dans lequel ses responsables pourront venir choisir leur personnel.
Il veut aussi qu’il y ait désormais dans ces établissement un « policier référant ». « Référant » étant le dernier néologisme à la mode chez nos technocrates. Il va sans dire que les enseignants n’accepteront jamais qu’on les désavoue ainsi publiquement au point de les faire encadrer par des « flics » au cœur même des établissements scolaires.

Sachant qu’avec cette idée il va droit dans le mur, Sarkozy a tenu à préciser que les directeurs d’établissement auront parfaitement « le droit de refuser » l’installation d’un policier référant chez eux mais qu’il faudra alors qu’il « notifie ce refus par écrit ». C’est la première fois dans l’histoire de la République qu’un chef d’Etat annonce une décision du gouvernement en ajoutant que les fonctionnaires auront le droit de la refuser. Là, on marche carrément sur la tête.

Mais venons-en à ce qu’on nous a présenté comme la grande nouveauté du jour. Dans un an, le gouvernement va ouvrir une dizaine d’internats pour les jeunes de 13 à 16 ans « les plus difficiles ». Ces « établissements de réinsertion scolarisée » permettront, selon Sarkozy, de « développer l’apprentissage de la règle, le respect de l’autorité, le goût de l’effort ». Les jeunes en question seront encadrés par « des volontaires du ministère de l’Education Nationale, des éducateurs de la Protection judiciaire de la jeunesse (du ministère de la Justice) et des volontaires du nouveau service civil ».

Sarkozy se trompe. Ces établissements ne sont pas une nouveauté. Cà s’appelait…. « les maisons de correction ». Elles ont existé pendant des décennies et ont créé des générations de révoltés, de délinquants et de criminels.

Il paraît qu’il y a des jeunes qui ont « le vice dans le sang » et dont on ne sait plus quoi faire. C’est faux. Ces jeunes n’ont pas le vice dans le sang, ils n’ont jamais rien connu qu’une société viciée. Il faut leur montrer autre chose.

Il ne reste plus à Sarkozy qu’à rétablir le bagne et la peine de mort !

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