Nicolas Sarkozy tente actuellement de récupérer les agriculteurs. En début de semaine, il s’est occupé de la grande distribution en essayant de défendre les producteurs. Aujourd’hui, il a visité l’exploitation d’un producteur de fraises. Il a raison. Quoiqu’on dise, les agriculteurs représentent encore un électorat qui compte. Ils pourraient, par exemple, manifester leur actuel mécontentement, en septembre prochain, en faisant basculer le Sénat, de la droite à la gauche, ce qui provoquerait un mini séisme dans notre paysage politique.

Le moins qu’on puisse dire c’est que Sarkozy n’a pas, pour l’instant, « la cote » dans le monde rural.
Il est vrai qu’il est le premier président de la République à n’avoir aucune attache avec nos provinces profondes. Chirac était corrézien dans l’âme, Mitterrand savait se partager entre Jarnac, Château-Chinon et la Roche de Solutré, Giscard pouvait jouer les auvergnats et de l’accordéon et Pompidou était plus cantalien que nature, quand il le voulait. Sarkozy, lui, a toujours l’air d’un touriste de passage dès qu’il sort des limites de Neuilly et le « bling-bling » n’a jamais été apprécié dans nos fermes, même les plus modernes.

Pour l’instant, le seule souvenir qu’ait conservé le monde rural du président de la République demeure son fameux et catastrophique « casse toi, pau’con » de sa première et malencontreuse visite du Salon de l’Agriculture. Pour le reste, les agriculteurs, toutes catégories confondues, ont simplement vu leurs revenus s’effondrer totalement depuis le début du quinquennat de Sarkozy.

On comprend donc qu’ils ne soient pas devenus sarkozystes et qu’ils aient gardé une évidente nostalgie de son prédécesseur, Chirac, celui qu’ils avaient baptisé « le meilleur, ministre de l’agriculture depuis Sully ».

Le monde agricole est tombé amoureux de Chirac en 1972 dès qu’il devint ministre de l’Agriculture. Il sut leur plaire par ses allures de grand gaillard chaleureux mais aussi et surtout -car les paysans ont les pieds sur la terre- parce qu’il connaissait parfaitement tous les dossiers et parce qu’il réussit en quelques mois à transformer toute l’économie agricole.

C’est Chirac qui créa « l’Office National du Bétail et des Viandes », « le Groupe de travail pour le prix du lait », « les aides à la modernisation de l’Agriculture », « à l’installation des jeunes agriculteurs », « à l’assainissement du cheptel », « à la viticulture », « à l’agriculture de montage », etc.. C’est lui qui rénova « le Statut du fermage » et qui, surtout, se battit « comme un lion » pour les agriculteurs à Bruxelles et fit de la France le deuxième pays exportateur mondial de produits agricoles (derrière les Etats-Unis). Jamais aucun ministre n’avait autant fait pour les agriculteurs et ceux-ci ne l’ont jamais oublié. On peut penser ce qu’on veut de Chirac à l’Elysée mais les agriculteurs, eux, ne se souviennent que de Chirac à l’Agriculture.

Or, aujourd’hui, Sarkozy a ironisé (avec ses gros sabots de bouseux des villes) sur « ceux qui, jadis, considéraient l’agriculture comme du folklore », « caressaient le cul des vaches », « passaient des heures au Salon de l’Agriculture » et… « ne faisaient rien ».
Bref, une attaque en règle contre Chirac, devant des agriculteurs stupéfaits.

Il est vraisemblable que, dans quelques jours, l’Elysée nous fera savoir que le président n’avait, en aucun cas, voulu faire la moindre allusion à Jacques Chirac. C’est déjà ce qu’on nous avait raconté, lors d’un dérapage précédent, quand Sarkozy avait attaqué… « les rois fainéants ». « Non, non, nous avait-on déjà juré, le président ne visait personne ».

On ne comprend pas ce nouveau dérapage. En s’en prenant ainsi, une nouvelle fois, à son prédécesseur, Sarkozy vient de nous prouver :
a) qu’il ne connaît rien aux dossiers de l’agriculture et à l’action qu’a menée Chirac, rue de Varenne,
b) que malgré tous les conseils qu’il a reçus et le traitement qu’a dû lui infliger Carla, il est toujours incapable de maîtriser ses nerfs,
c) qu’il n’a décidément aucun sens politique car attaquer Chirac devant des agriculteurs c’est, évidemment, se les mettre immédiatement à dos.

Certains diront que Sarkozy soupçonne aujourd’hui les chiraco-villepinistes d’avoir relancé l’affaire des rétrocommissions de la vente des sous-marins au Pakistan. Et que, sentant que les rumeurs le mettant en cause pourraient s’amplifier, il veut, de nouveau, accrocher tout le monde à des crocs de boucherie. Peut-être.

Mais ce qui est sûr c’est qu’aujourd’hui Sarkozy a perdu à la fois une occasion de se taire et quelques dizaines de milliers de voix qui, il est vrai, ne lui étaient pas acquises.

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