C’était en page 6 du journal « Le Monde » de vendredi. Cà pourrait s’appeler « la photo qui tue ».
La légende est sobre : « Le président chinois Hu-Jintao accueille son homologue français au Grand Palais du peuple à Pékin ». Mais, en fait, on aurait pu (et même dû) écrire : « Le président français va-t-il se contenter de baiser le main du dirigeant chinois ou va-t-il lui lécher les pieds ? »

On voit, en effet, sur ce document (épouvantable), à droite, un chinois parfaitement impassible, droit comme un i, qui tend une main qu’on imagine glaciale à Sarkozy, à gauche, qui prend cette main, avec un sourire de jouissance évident et qui se plie littéralement en deux pour exprimer à l’Empereur du Milieu sa reconnaissance éternelle et sa soumission la plus totale. Il est si penché, si obséquieux dans la courbette, notre président, qu’on peut, en effet, croire qu’il va, d’abord, baiser la main de Hu-Jintao, puis, se jeter à ses pieds, en pleurant à chaudes larmes.

Une honte ! Comment le président de la République n’a-t-il pas encore appris que la décence, le protocole et un minimum de sens politique interdisaient à un chef d’Etat de s’avilir à ce point devant un autre chef d’Etat ?

Cette visite était déjà difficile puisque, comme nous le notions ici l’autre jour, il s’agissait de tenter de rétablir des relations diplomatiques (et peut-être économiques) normales entre Paris et Pékin après des mois de brouille. Il fallait que Sarkozy fasse oublier aux dirigeants chinois (volontiers rancuniers) les valses-hésitations, les reculades, les mensonges et les lâchetés auxquels il s’était livré pendant toute une année au cours de laquelle il avait été infoutu de choisir entre réserver un accueil officiel, à Paris, au Dalaï-lama ou participer à l’inauguration des Jeux Olympiques, à Pékin.

Sarkozy avait longuement hésité entre se faire photographier en serrant dans ses bras le chef suprême des Tibétains ou se faire photographier en signant des contrats mirifiques avec les dirigeants de Pékin.

Tous les torts étaient, évidemment, du coté français. Les Chinois reprochaient d’ailleurs moins à Sarkozy d’avoir finalement aperçu le Dalaï-lama entre deux portes en Pologne que de s’être comporté comme un minable, en balançant si longtemps entre la défense des Droits de l’Homme et le réalisme politico-économique. La meilleure preuve en était d’ailleurs qu’ils n’en avaient voulu ni à Angela Merkel, ni à Gordon Brown ni à George W. Bush d’avoir reçu le Dalaï-lama. Ce que les Chinois ne pardonnent pas c’est qu’on perde la face et Sarkozy l’avait perdue.

Il n’est pas sûr qu’en se pavanant avec sa femme (ce qui est contraire à toutes les traditions chinoises) et qu’en en rajoutant dans ses demandes de pardon, le président français ait regagné l’estime des Chinois.

Si « Le Monde » a été pratiquement le seul journal français à publier « la » photo où Sarkozy était parfaitement ridicule, toute la presse chinoise s’est fait, elle, un plaisir de la publier, en pages intérieures.

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