Pierre Mauroy va être traduit en correctionnelle pour une vieille affaire d’emploi fictif au profit de Lyne Cohen Solal, aujourd’hui adjointe de Bernard Delanoë à la mairie de Paris et qui avait été pendant quelques mois, en 1992, sa « collaboratrice » à la communauté urbaine de Lille. Un élu local avait porté plainte en 2000, affirmant qu’il s’agissait d’un emploi fictif. Mauroy qui a été mis en examen pour cette affaire en 2008 va comparaître pour « détournement de fonds publics », détournement qui s’élèverait à environ 19.000 €.

Ce qui est amusant dans l’histoire c’est que ladite Lyne Cohen Solal mène sa carrière politique dans le 5ème arrondissement de Paris, le fief de Jean Tiberi, et que, depuis des années, éternelle candidate socialiste dans cette circonscription, elle attaque sans ménagement la famille Tiberi en l’accusant des pires turpitudes et notamment d’avoir multiplié les emplois fictifs en faveur d’amis politiques.

Ce qui est moins drôle c’est que, si on fait le calcul, on s’aperçoit que cela fait maintenant huit anciens premiers ministres qui ont été traînés devant la justice ou dont les noms ont été cités abondamment dans des procédures judiciaires. Et encore en ne remontant que jusqu’à 1981.

Mauroy donc, Fabius (pour le drame du sang contaminé), Chirac (pour de nombreuses affaires), Cresson (pour ses problèmes à la commission de Bruxelles), Bérégovoy (pour le fameux million emprunté et une affaire de délit d’initiés), Balladur (pour d’éventuelles rétrocommissions dans la vente de sous-marins au Pakistan), Juppé (pour des emplois fictifs de la Ville de Paris), et Villepin (dans l’affaire Clearstream).
Rocard, Jospin et Raffarin sont les trois seuls anciens hôtes de Matignon (sur onze) a n’avoir –jusqu’à présent- jamais été cités dans les pages des faits divers.

Certes, toutes ces affaires n’ont guère de points communs et certaines d’entre elles se sont terminées par des non-lieux. Mais tout de même !
On peut, naturellement, se réjouir de voir notre justice faire son métier sans tenir compte de la notoriété des justiciables et sans ménager « les puissants ». Même si on peut regretter la lenteur des procédures et, bien souvent, l’oubli total de la règle du secret de l’instruction, voire de celle de la présomption d’innocence.

Mais le plus grave est ailleurs. C’est l’inconscience de nos dirigeants, de ces princes qui nous gouvernent.
Mis à part le cas Bérégovoy (que plus personne n’ose évoquer) on n’a jamais parlé d’enrichissement personnel. Non, pour l’essentiel, ce sont de petits « passe-droits », des « gentillesses » faites à des copains, ou alors des « indélicatesses » pour remplir les caisses de campagne. Ils ne pensaient « pas à mal » et d’ailleurs ils ne se souviennent de rien.

En fait, ils avaient tout simplement oublié que nous étions dans un Etat de droit et, à force d’en user, ils avaient fini par croire que « le pouvoir » était celui de pouvoir tout faire, tout et surtout n’importe quoi.
19.000 euros, ce n’est pas grand-chose plaident les amis de Mauroy. C’est vrai, surtout si on les compare à nos déficits publics. Mais c’est une question de « principe ». Un mot désormais totalement obsolète.

Question annexe : la presse va-t-elle donner à cette affaire d’emploi fictif de la ville de Lille autant d’importance qu’elle en a donnée à celle des emplois fictifs de la ville de Paris ?

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