Dans son blog –intéressant comme toujours- (bernardg.blogspot.com) Bernard Girard reprend l’accusation que vient de lancer Daniel Cohen-Bandit selon laquelle Sarkozy aurait exigé, pour venir en aide à la Grèce, qu’Athènes respecte les contrats d’armement souscrits avec la France. L’Elysée a démenti la chose mais sans convaincre personne.

Il serait, en effet, très choquant –et le mot est faible- que Paris ait exercé une sorte de chantage consistant à dire aux Grecs : nous voulons bien vous aider à éviter la catastrophe financière mais n’oubliez pas que vous nous avez acheté des armes qu’il va vous falloir nous les payer.

Sarkozy nous a raconté qu’il fallait aider les Grecs pour sauver l’euro et l’Europe, il ne nous a pas dit que c’était pour leur vendre nos canons et leur permettre de nous les payer.

Bernard Girard en conclut que, pour être crédibles, les Grecs doivent abandonner « leur imbécile conflit avec la Turquie ».
Il est vrai que le budget militaire d’Athènes est totalement disproportionné (5% du PIB) et, en partie, responsable de la faillite du pays et que, comme tous les conflit, celui qui oppose la Grèce à la Turquie est « imbécile »

Mais, si on peut être seul pour déclarer la guerre à un voisin, il faut être deux pour faire la paix et les Grecs n’ont pas du tout l’impression que les Turcs soient prêts à leur tendre la main.

L’Europe occidentale est convaincue qu’aucune guerre n’est plus possible sur le vieux continent et qu’il est donc « imbécile » pour un pays européen de consacrer encore 5% de son PIB à un budget militaire. L’Europe occidentale a la mémoire courte. Elle a déjà oublié les guerres atroces qui ont déchiré, hier encore, l’ancienne Yougoslavie.

Elle a aussi oublié que les Turcs ont envahi Chypre en 1974 et qu’ils en occupent toujours toute la moitié nord sous le masque de fantoches chypriotes turcs. Certes, l’invasion turque (joliment baptisée « opération Attila ») était la riposte à l’annexion de l’île par les colonels grecs et leur complice Nikos Sampson.
Mais il n’en reste pas moins vrai que, pour les Grecs, les Turcs sont toujours un ennemi menaçant et ce n’est pas l’attitude d’un gouvernement turc de plus en plus islamisé et qui multiplie les brimades contre le patriarche orthodoxe de Constantinople, pratiquement prisonnier dans son palais du Phanar à Istanbul, qui va les rassurer.

Ce qui est « imbécile » c’est que la communauté internationale n’ait pas réussi, depuis plus de 35 ans, à imposer une solution au problème chypriote. La Grèce et la Turquie font partie de l’OTAN, la Grèce et la République de Chypre (sans, bien sûr, la République turque du nord de Chypre, reconnue uniquement par la Turquie) font partie de l’Union européenne et la Turquie rêve d’y entrer. Et pourtant la « Green line » sépare toujours Nicosie en deux, presque comme la Zone démilitarisée sépare, à l’autre bout du monde, les deux Corées.

Il est donc difficile de reprocher à la Grèce d’avoir davantage d’avions de combat que la France quand on sait que l’armée turque compte plus de 650.000 hommes.

Avant de donner des leçons aux Grecs et d’étudier l’entrée de la Turquie, l’Europe aurait évidemment dû tout faire pour refermer cette plaie chypriote.

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