Martine Aubry a sans doute eu tort de comparer Nicolas Sarkozy à Bernie Madoff. D’abord, parce que les Français ont déjà totalement oublié celui qu’on a appelé « le plus grand escroc de tous les temps ». Ensuite, parce que c’est tout de même un peu… excessif.

On dira que c’est un effet de tribune, une boutade, une pique un peu acérée, qu’on est déjà entré en campagne électorale et que donc tous les coups sont permis. C’est vrai.

Cela dit, les Fillon, Bertrand et autres Lefebvre sont ridicules quand ils jouent les vierges effarouchées. En France, on a toujours traité ses adversaires politiques de tous les noms d’oiseaux. Les petites phrases assassines et les quolibets dévastateurs font partie du charme de notre vie politique.

De Gaulle a été comparé (par les communistes) successivement à Hitler, Mussolini et Franco et (par la presse satyrique) à Louis XIV, Pompidou a été traité de « bougnat », Giscard a été appelé (par Mitterrand) « le petit télégraphiste », Mitterrand a été prénommé « francisque », baptisé « le sauteur de l’Observatoire » et traité de « Florentin » et c’est Sarkozy lui-même qui a fait de Chirac un « roi fainéant ».

Les amis du président qui se drapent soudain dans une bien délicate dignité semblent oublier que, mis à part le « travailler plus pour gagner plus », la phrase de Sarkozy qui a, jusqu’à présent, le plus frappé les Français reste son fameux « casse toi pauv’con » du salon de l’agriculture. Ils sont donc bien mal placés pour réclamer un peu de « distinction ».

Certains nous affirment que, par ce (petit) dérapage (parfaitement contrôlé), Martine Aubry entendait se présenter en première et incontestable opposante à Sarkozy. Mais, quand on est la première secrétaire du Parti Socialiste, a-t-on vraiment besoin de çà pour faire savoir qu’on est parmi les plus farouches adversaires du président de la République ?

On a plutôt l’impression que cette indignation savamment orchestrée autour de cette comparaison un peu audacieuse n’a d’autre but que de tenter de faire oublier au plus tôt la malencontreuse allusion de Sarkozy aux responsabilités qu’aurait eues Mitterrand quant à la situation actuelle du pays, quinze ans après la fin de son mandat et quatorze ans après sa mort.

Une chose est sûre : la campagne présidentielle va être violente. Mais on s’en doutait.

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