Que Nicolas Sarkozy ne veuille pas qu’on appelle « plan de rigueur » un plan qui prévoit le gel des dépenses de l’Etat pendant trois ans est déjà ridicule. Il préfère parler de « responsabilité ». Veut-il, par là, nous avouer que la politique menée depuis trois ans était…. « irresponsable » ?

Peut-être. Et, en effet, elle l’était à bien des égards si on fait l’addition des dépenses engagées à tort et à travers dans des domaines parfois totalement improductifs et des nouvelles taxes en tous genres auxquelles nous avons eu droit.
Mais, cette fois, il va encore plus fort.

Lors du sommet social d’hier, à propos du problème des retraites (qui n’était pas à l’ordre du jour mais qui ne pouvait pas ne pas être évoqué) le président de la République a déclaré, le plus sérieusement du monde, qu’il n’était « pas question d’augmenter les prélèvements obligatoires » pour boucher le trou gigantesque de nos retraites, trou qui ne peut aller qu’en s’agrandissant considérablement, pour de simples raisons démographiques.
Comme, à l’Elysée, on a déjà fait comprendre qu’on ne remettrait en cause ni l’âge de la retraite, ni le montant des retraites, ni le montant des cotisations, on se demande ce qu’ils vont bien pouvoir trouver.

Sans doute une augmentation conséquente du nombre de trimestres de cotisation nécessaires pour bénéficier d’une retraite à taux plein. Ce serait, évidemment, se moquer du monde car ce ne serait rien d’autre que de retarder, dans les faits, l’âge de la retraite. Le jour où il faudra avoir cotisé quarante cinq années, l’école étant obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans, personne ne pourra avoir une retraite pleine avant l’âge de 61 ans, quel que soit l’âge légal de la retraite. La ficelle est un peu grosse.

Il est évident que faire entrer la « pénibilité » dans le calcul des droits à la retraite -et ce serait justice- permettrait d’obtenir plus facilement des syndicats qu’ils comprennent, enfin, les règles élémentaires de la démographie.

Mais, hier, Sarkozy s’est pris les pieds dans le tapis puisque après avoir juré ses grands dieux qu’il n’y aurait pas d’augmenter des prélèvements pour financer les retraites, il a tenu à préciser… qu’« un effort serait demandé aux plus hauts revenus et au capital » pour financer ces mêmes retraites.

Que peut-il bien appeler « un effort » ? C’est évidemment une augmentation des prélèvements obligatoires. La chose n’aurait d’ailleurs rien de scandaleux en soi. Il est normal de « faire payer les riches », pour reprendre un célèbre slogan. Ils en ont d’ailleurs l’habitude.

Mais le président veut ménager sa clientèle à laquelle il répète aujourd’hui encore qu’il n’a « pas été élu pour augmenter les impôts ». Il ne veut toujours pas toucher au bouclier fiscal, même en échange de l’ISF, deux mesures pourtant absurdes aujourd’hui.
Pourquoi Sarkozy se moque-t-il des Français qui sont souvent si attachés au sens des mots ? Pourquoi dire « efforts » au lieu d’« impôts », « responsabilité » au lieu de « rigueur ».

D’ailleurs, les mesures annoncées hier relèvent beaucoup plus de la « rigueur » que de la « responsabilité ». Car est-il vraiment « responsable » de supprimer l’exonération « zéro charge » pour les toutes petites entreprises qui embauchent un salarié alors qu’on sait parfaitement que ce sont elles qui ont le plus de possibilités de faire baisser (un peu) le chômage ? Est-il « responsable » de supprimer les aides directes aux ménages, ce qui ne représentait que 2,5 milliards, alors que la consommation stagne épouvantablement ? Non, c’est simplement de la « rigueur ».

Sarkozy a tort de jouer sur les mots. C’est un jeu auquel on perd à tous les coups.

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