C’est l’une des grandes expressions du sarkozysme et c’est devenu un tic verbal chez la plupart de ses ministres, « donnant-donnant ». Chaque fois qu’on augmente les prélèvements obligatoires, qu’on diminue quelques avantages, qu’on supprime un droit, c’est du… « donnant-donnant ».

Dernier exemple en date, Christine Lagarde vient de nous déclarer, sans rire, qu’en prêtant 16,8 milliards d’euros à la Grèce, la France pratiquait le « donnant-donnant ». Y aurait-il dans les accords ficelés à Bruxelles une clause secrète prévoyant qu’Athènes allait, de son coté, nous aider à faire face à nos déficits publics et à boucher un tant soit peu notre dette de 1.500 milliards d’euros ? Non. C’est du « donnant-donnant » à… sens unique.

Il est vrai que les autres arguments possibles pour présenter notre générosité à l’égard de la Grèce suscitent un certain scepticisme, pour ne pas dire plus, chez nos concitoyens.

Parler de la « solidarité européenne » n’est plus imaginable. Les Français en ont assez, vu la situation dans laquelle ils se trouvent, de devoir être « solidaires » avec la planète toute entière et ils n’éprouvent aucun sentiment de solidarité à l’égard d’un bon nombre de ces 26 pays d’une Europe qu’ils n’ont pas souhaitée, des pays parfois bien lointains géographiquement, culturellement et économiquement et dont ils ignorent souvent jusqu’au nom de la capitale.

Affirmer aux Français que la faillite grecque risquait d’entraîner le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la Grande-Bretagne et même la France dans le gouffre des catastrophes n’est pas non plus un argument utilisable. D’abord, parce que personne ne croit en la fin du monde, ensuite et surtout, parce que ce serait avouer et reconnaître officiellement que l’Europe et, plus encore, l’euro sont des pièges dans lesquels nous nous sommes nous-mêmes jetés en liant notre sort à celui de pays mal sortis du sous-développement.

Pas plus qu’on ne se met à l’abri du terrorisme international en allant guerroyer en Afghanistan, on ne sauve notre économie et nos finances en allant renflouer la Grèce.

Aux yeux des Français, la crise grecque ne démontre pas l’efficacité de l’Eurogroupe, de Bruxelles, de l’Europe des 27, elle met au grand jour les risques inconsidérés que nous avons pris en nous embarquant à la légère dans cette galère.

Alors, ne restait plus comme argument que le « donnant-donnant ». Mais il aurait fallu préciser qu’il s’agissait d’un « donnant, donnant ». Sans tiret, mais avec une virgule. La nuance est importante. Avec un tiret, on donne et on reçoit, avec une virgule, on donne deux fois…

Tout le monde –à commencer par Christine Lagarde- sait parfaitement que jamais la Grèce ne remboursera les 80 milliards que va lui prêter la zone euro et les 30 milliards que va lui prêter le FMI. Un parlementaire a eu raison de s’écrier : « Le prêt à la Grèce, c’est l’emprunt russe ».

D’ailleurs, jamais Papandréou, le premier ministre grec, ne pourra imposer aux Grecs le programme de rigueur qu’il a fait miroiter aux Européens et à Dominique Strauss-Kahn. Une retraite à 67 ans, une TVA qui passerait de 21% à 23%, des taxes sur le carburant, l’alcool et le tabac qui augmenteraient de 10%, deux mois de salaires en moins pour les fonctionnaires, le gel de la plupart des projets, etc. tout cela est totalement insupportable pour les Grecs.

De deux choses l’une : ou Papandréou oublie tous les engagements qu’il a pris devant ses « banquiers » ou, s’il s’y tient, la Grèce va être à feu et à sang.
En réalité, après avoir, pendant des mois, triché sur les chiffres (sans qu’aucun fonctionnaire bruxellois ne s’en aperçoive ! A quoi servent-ils ?) Athènes va continuer à nous raconter n’importe quoi, jusqu’au jour où ils nous annonceront qu’ils sont, de nouveau, au bord de la faillite et que, si nous ne voulons pas, tous, sombrer corps et biens, nous n’avons plus qu’à « remettre au pot » quelques dizaines de milliards pour payer les pots cassés.

Ce n’est pas nouveau. Eschyle a raconté tout çà, il y a vingt cinq siècles. Les 50 filles de Danaos condamnées à verser éternellement de l’eau dans un tonneau sans fond. Mais on oublie trop souvent de préciser qu’elles avaient égorgé les cinquante fils d’Egyptos qu’on leur avait imposés en mariage. Nous n’avons égorgé personne et on nous impose le supplice des Danaïdes. C’est du « donnant-perdant »

Et qu’on arrête de nous raconter n’importe quoi !

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