Finalement, Sarkozy y a renoncé. Son idée, à l’origine, était de supprimer les triangulaires et la discussion à l’Assemblée sur le futur statut des conseillers territoriaux (qui vont remplacer les conseillers généraux et les conseillers régionaux) en était l’occasion rêvée. Si les triangulaires étaient supprimées pour ces élections, il aurait été facile d’en faire autant pour les législatives.

Les triangulaires sont le cauchemar de la droite depuis des décennies. Elles lui ont fait perdre bien des sièges à l’Assemblée et même les législatives de 1997. Il suffit que les candidats du Front National obtiennent plus de 10% au premier tour et qu’ils se maintiennent donc au second pour que la gauche l’emporte. C’est presque mathématique et évidemment un peu absurde. D’autant plus que, pour les présidentielles, seuls les deux premiers du premier tour peuvent se présenter au second.

La remontée actuelle du FN peut donc faire craindre à l’UMP d’avoir de sérieuses difficultés lors des législatives de 2012, au lendemain de présidentielles qui ne s’annoncent déjà pas faciles –c’est le moins qu’on puisse dire- pour Sarkozy.

Mais bricoler le système électoral est toujours délicat. L’histoire prouve, d’ailleurs, que tous ceux qui s’y sont adonnés l’ont toujours payé le prix fort.
En supprimant les triangulaires, on risquerait, d’abord, de voir, dans certaines régions, le candidat de l’UMP éliminé pour le second tour, derrière un candidat du PS et un autre du Front National. Ensuite, on mettrait, ostensiblement, hors jeu tous les petits alliés de l’UMP, les centristes, les amis de Borloo, de Philippe de Villiers, de Christine Boutin, etc. Or, aujourd’hui, ce n’est pas le moment de leur faire comprendre sèchement qu’ils ne sont que des supplétifs qu’on méprise.

Mais il y a, évidemment un autre élément dans les calculs de Sarkozy. Jusqu’à présent, seule, la droite pouvait faire les frais de ces maudites triangulaires avec la présence du Front National. Désormais, la gauche pourrait bien connaître de ce même genre de déboires. Il est évident que les Ecologistes qui vont vouloir être présents lors des présidentielles entendront avoir leurs candidats propres pour les législatives. Ils représentent désormais le même danger pour le PS que le FN pour l’UMP. Et même, si l’on se réfère aux derniers scrutins, européennes ou régionales, un danger autrement plus important.

Certes, les Ecologistes auront, politiquement, vis-à-vis de leur électorat, plus de difficultés à se maintenir au second tour contre un candidat du PS que n’en a le FN à se maintenir contre un candidat de l’UMP. Mais Sarkozy est convaincu que la campagne présidentielle aura exacerbé les rivalités entre les Ecologistes et les Socialistes.

Les triangulaires deviennent donc une arme à double tranchant. Elles peuvent faire perdre quelques circonscriptions à l’UMP, par la faute du FN, mais elles peuvent aussi –et c’est nouveau- en faire perdre, et peut-être davantage, au PS, par la faute des Ecologistes.

Mitterrand s’était servi de Le Pen contre la droite (on se souvient qu’il avait été jusqu’à instaurer la proportionnelle en 1986), Chirac a tenté, en vain, de se servir de Besancenot contre la gauche, Sarkozy va se servir des Ecologistes contre le PS. C’est de bonne guerre.

Cela dit, triangulaires ou pas, maintenant que les législatives se font dans la foulée des présidentielles, les jeux sont faits, en principe, au soir même de l’élection du président.

Mots-clefs : , , , ,