François Fillon a annoncé hier « un gel de nos dépenses publiques » pendant trois ans, « une baisse de 10% des dépenses de fonctionnement » et « 5 milliards d’économies sur les niches fiscales ». Il était, en effet, grand temps –et il est même sans doute un peu tard- de s’attaquer à notre dette de 1.500.000 milliards ( !) et de limiter nos déficits publics qui s’aggravent d’année en année depuis maintenant plus de 35 ans. Ces décisions d’hier relèvent de la rustine et de la goutte d’eau mais elles vont tout de même dans le bon sens, dans tous les sens du terme.

La crise grecque qui est, en réalité, la faillite de l’euro et de l’Europe et dont nous ne sommes pas près de sortir aura, peut-être, enfin obligé nos dirigeants à ouvrir les yeux. Depuis des décennies, qu’ils soient de droite comme de gauche, ils nous juraient, tous, leurs grands dieux que ce n’était « plus possible », qu’il fallait « prendre des mesures », voire même « prendre le taureau par les cornes », que nous ne pouvions pas « laisser à nos enfants un tel héritage » et pourtant, comme si de rien n’était, ils continuaient à creuser, à la pelle, tous nos « trous », embauchant à tours de bras de nouveaux fonctionnaires, distribuant à la volée allocations et subventions, faisant de la cavalerie et gérant le budget de l’Etat avec des méthodes qui auraient conduit n’importe quel chef d’entreprise derrière les barreaux.

Ce qui est stupéfiant c’est que ce soit Fillon, et non pas Sarkozy, qui ait fait cette annonce.
Depuis trois ans, Sarkozy est sur tous nos écrans, s’empare de tous les micros, à propos de tout et de n’importe quoi, tient en permanence la vedette au point d’horripiler tous les Français qui ne supportent plus maintenant cette overdose et voici que pour quelque chose d’important, d’essentiel et qui marque (peut-être) un vrai tournant du quinquennat, il se fait discret et laisse la parole à son « collaborateur » qui n’avait droit, jusqu’à présent, qu’à un rôle bien frustrant de figurant attristé.

Or, non seulement c’était « le boulot du président » (pour reprendre un terme cher à Sarkozy) que de faire une telle annonce mais en plus personne, vu les circonstances actuelles, n’aurait pu lui reprocher ce bien modeste « tournant de la rigueur ».

Seulement voilà, à l’Elysée, on ne veut pas entendre parler de ce mot de « rigueur ». Luc Chatel qui se voit déjà premier ministre, l’a d’ailleurs avoué avec une naïveté sidérante en déclarant textuellement : « Nous ne voulons pas de la rigueur parce que c’est un mauvais mot ». Un mauvais mot ! Pourquoi pas une incongruité ? Une vulgarité ? Un gros mot ? Le président du « casse pau’con » serait-il devenu soudain puriste ?

Pourtant, quoi qu’en pense le ministre de l’Education Nationale, le mot « rigueur » n’a rien de « mauvais ». Bien au contraire. Ce qu’on reproche à Sarkozy depuis trois ans c’est justement… son manque de rigueur. Sa propension à nous raconter des balivernes, à multiplier des projets de loi mal préparés, inutiles ou contraires à la constitution, à improviser et à jeter en pâture des réformes qui ressemblent bien souvent à des propos de fin de banquet.
On aurait compris que Chatel ne veuille pas entendre parler de « plan d’austérité », mais « rigueur » ?

Il y a sans doute des mots qui sont proscrits en « sarkozie ». « Décence », « pudeur », « contestation », « dialogue », « concertation », « constitutionnalité », par exemple. La langue française est pleine de « mauvais mots ». Mais les Français aiment leur langue et, en plus, détestent qu’on les prenne pour plus naïfs qu’ils ne sont.

Mots-clefs : , , ,