Nous sommes aujourd’hui le lundi de Pentecôte. Ce n’est donc pas un jour férié. Du coup, toutes les administrations sont… fermées. Mais la plupart des magasins sont ouverts. Une fois de plus, le privé donne une leçon au public. Et sur le thème bien connu du « travailler plus pour gagner moins ».

Cette histoire du lundi de Pentecôte a commencé avec 15.000 morts. Les petits vieux qui avaient crevé de soif pendant la grande canicule parce qu’ils n’avaient pas suivi à la lettre les conseils judicieux de l’inénarrable Roselyne Bachelot qui leur avait déclaré que, quand on avait soif, il fallait boire et qu’il valait mieux se mettre à l’ombre qu’en plein soleil, par temps chaud.

Les petits vieux étaient morts mais nos ministres, eux, étaient en vacances. C’était la vacance du pouvoir, dans tous les sens du terme. Car on peut être ministre de la République et ne pas savoir qu’il y a aujourd’hui, dans notre pays, des millions de personnes âgées (on dit maintenant des « aînés » et ils ont même un ministre rien que pour eux dont tout le monde ignore et le nom et même l’existence –elle s’appelle Nora Berra, mais il faut le savoir !). Et ignorer que bien souvent ces « aînés » sont seuls au monde, abandonnés à leur triste sort et attendant simplement une mort qui ne veut pas venir. Avec la canicule, les choses se sont accélérées.

Depuis des années, nos politiciens de tous bords nous parlent de la retraite mais, pour eux, il s’agit simplement d’un problème de financement. Pas un seul d’entre eux ne s’est jamais demandé ce qu’on allait faire de ces dizaines de millions de Français mis hors du monde du travail et donc, par là même, en marge de la société. Or, c’est là, évidemment, l’un des plus grands problèmes de société que nos générations vont avoir à affronter.

Il faut être juste, cet été particulièrement chaud a fait 15.001 morts. Les vieux plus le ministre de la Santé de l’époque, un certain Jean-François Mattéi qui, un comble, était médecin de son état mais qui, visiblement, s’intéressait davantage à sa carrière politique qu’à la gérontologie.

Jean-Pierre Raffarin était alors premier ministre. Tout le monde sera d’accord pour reconnaître qu’il n’a pas été le plus époustouflant des hôtes de Matignon. Mais cette fois, il a voulu réagir. Les vieux ont le droit de vote et s’en servent plus que les autres. Lui qui, jusqu’alors, s’était surtout distingué par des formules dignes d’Ubu Roi, a eu une idée. Il a décidé que le lundi de Pentecôte ne serait plus jour férié et que la richesse produite ce jour-là par tous les Français serait consacrée à aider les personnes âgées (création de maisons de retraite, etc.)

C’était, bien sûr, de la démagogie à l’état pur mais aussi une idée « à la con ». En France, chaque fois qu’on créé un « truc » pour les vieux, l’argent est détourné. Soit par des associations qui n’ont pas grand-chose de caritatif soit par l’Etat lui-même. Personne n’a oublié la fameuse vignette automobile créée, elle aussi, elle déjà, pour les vieux, lesquels pendant des décennies n’en ont jamais vu la couleur. L’Etat a toujours des trous urgents à boucher.

Mais plus grave encore, en France on ne touche pas aux jours fériés. Ce sont des « droits acquis ». Quand Giscard avait voulu supprimer le 8 mai sous prétexte qu’il y avait déjà, au cours de ce seul mois de mai, la Fête du Travail, l’Ascension et la Pentecôte, le pays tout entier s’était mobilisé pour défendre la commémoration de la victoire de 1945.

Pour le lundi de la Pentecôte, tout a été beaucoup plus simple. Tout le monde a rigolé de cette idée idiote et on n’en a plus parlé.
On nous dit aujourd’hui que les 18% du privé et les 16% du public qui travaillent ce lundi rapportent tout de même à l’Etat 2 milliards. Ce n’est pas rien et merci pour les vieux.

Cela dit, Laurence Dumont, députée socialiste du Calvados et présidente d’une « mission » (sic !) chargée de voir ce que devient cet argent de la « journée de solidarité avec les personnes âgées » vient de faire savoir que l’Etat a détourné 150 millions de cette somme pour colmater (un peu) le trou de la Sécurité sociale.

Mieux encore, l’Inspection générale des affaires sociales a publié un rapport dans lequel elle affirme que l’ensemble des fonds destinés aux personnes âgées « s’accumulent et ne sont pas utilisés ». Et l’IGAS a fait le calcul : depuis 2005, 1,855 milliard d’euros destinés à nos « aînés » traînent toujours dans les caisses de l’Etat.

Cà ne donne pas envie de travailler le lundi de Pentecôte.

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