La commission européenne souhaite maintenant contrôler tous les budgets de tous les Etats de l’Union avant qu’ils ne soient adoptés par les parlements respectifs de chaque pays. Certains de nos hommes politiques hurlent à cette idée. « Ce serait, vocifèrent-ils, la fin de l’indépendance de nos pays, la fin de la souveraineté de chacun ».

Ils ont parfaitement raison. Le budget est l’arme suprême, voire unique d’un Etat pour décider de son avenir, la prérogative absolue du Parlement. Un Etat dont le budget serait discuté, décidé ailleurs, par des étrangers, ne serait plus qu’une colonie.

Seulement il est peut-être un peu tard pour s’apercevoir que la France a renoncé depuis longtemps à sa souveraineté, comme les autres d’ailleurs.
La France n’a plus de frontières, c’est l’Europe, plus de monnaie, c’est l’euro, plus de pouvoir législatif, les « directives » (le mot est explicite !) de Bruxelles l’emportent sur les textes adoptés par nos parlementaires, plus d’autorité judiciaire, la Cour européenne peut désavouer les jugements de nos tribunaux…

Restait pour chacun un semblant de souveraineté avec, effectivement, le vote (national) du budget. Chaque Etat pouvait encore, en toute liberté, décider de ses recettes et de ses dépenses, creuser autant qu’il le voulait ses déficits et sa dette. Il n’avait de comptes à rendre à personne si ce n’est à ses créanciers et, éventuellement, à ses citoyens qui ne voulaient même pas savoir à quel point leur pays s’était endetté.

La crise dans laquelle nous sombrons vient de démontrer que cette ultime liberté était illusoire, absurde. La faillite d’un seul allait, en effet, entraîner celle de tous. Nos sorts sont désormais liés les uns aux autres. C’est « Tous pour un » et parfois, quand il s’agit surtout de l’Allemagne, « Un pour tous ».
L’Europe n’a pas couru au secours de la Grèce par grandeur d’âme, par amour pour la patrie de la démocratie, par solidarité. Mais tout simplement parce que tout le monde a compris que si la Grèce s’effondrait, le Portugal et l’Espagne en feraient tout autant, puis que l’Italie, la Grande-Bretagne et sans doute la France seraient entraînées vers l’abîme.

En catastrophe et après que l’eurogroupe avait sorti de son chapeau 80 milliards (auquel le FMI ajoutait 30 milliards) pour sauver in extremis Athènes, l’Europe a annoncé qu’un magot de 500 milliards (auquel le FMI ajoutait 250 milliards) serait prêt pour venir au secours de tout Etat qui connaîtrait des difficultés et risquerait d’entraîner les autres dans la catastrophe.

Devant cette valse de milliards, personne ne sait, bien sûr, où, quand, comment toutes nos capitales trouveront ces sommes. Tout le monde va encore s’endetter pour faire face aux dettes de chacun. C’est ce qui s’appelle « la politique de gribouille ».
Il faut reconnaître à nos technocrates détestés de Bruxelles que cela fait bien longtemps qu’ils sentaient le danger arriver. Il n’était d’ailleurs pas indispensable d’être un grand clerc pour annoncer la faillite collective de toutes ces capitales qui claquaient à tous vents des sommes qu’elles n’avaient pas. Bruxelles avait, dès 1992, défini des critères, dits de Maastricht, à respecter, des lignes jaunes à ne pas dépasser pour les déficits (pas plus de 3% du PIB), comme pour la dette (pas plus de 60% du PIB). Personne n’en a tenu aucun compte.

Aujourd’hui, le déficit de la France est de plus de 8% de son PIB, sa dette représente plus de 77% de son PIB. Chiffres qui vont évidemment s’aggraver encore au fil des mois. Et, sans même parler de la Grèce (déficit : 12,9% du PIB, dette : 115% du PIB) les autres ne sont guère plus brillants.
Devant cette irresponsabilité générale, peut-on reprocher à Bruxelles de vouloir « mettre son nez » dans nos budgets ? On demande à l’Europe de nous sauver et nous voudrions pouvoir continuer à faire n’importe quoi. Chacun sait qu’il arrive un moment où les irresponsables sont mis sous tutelle. Bruxelles veut nous mettre tous sous tutelle !

On pourra toujours dire que « L’Europe, c’est nous », certains diront même que « tout cela est de la faute de l’Europe et de l’euro ». Mais c’est un peu tard. Tout comme il est bien tard pour constater qu’un ensemble économique qui a la même devise mais qui n’a aucune législation économique ou sociale cohérente était inévitablement voué au chaos.

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