Quelques députés viennent de créer un « Collectif pour la liberté d’expression ». Et ils ne l’ont pas fait dans la clandestinité mais au grand jour. Bravo ! C’est courageux. Où cela s’est-il passé ? En Iran ? En Chine ? En Birmanie ? En Tunisie ? Non… en France. A Paris, à l’Assemblée Nationale. Et ce sont, qui plus est, des députés UMP.

Ils ne sont, pour l’instant, que 28 (ce qui, sur un groupe de 317 députés UMP, n’est pas beaucoup) mais ils espèrent bien qu’un bon nombre de leurs collègues vont les rejoindre prochainement. Certains sont un peu connus, comme Bernard Debré, Lionel Luca, Jean Tiberi, Marc Le Fur, Christian Vanneste, ou Françoise Hostalier.

Pour le grand public, à première vue, la chose peut sembler étrange. La France n’est pas une dictature. Même si on ne les aime pas, on ne jette pas (encore ?) en prison nos intellectuels, nos écrivains ou nos journalistes.

On peut même , en principe, sans grand risque dire tout le mal qu’on pense de Sarkozy, de son manque d’allure et des résultats désastreux de sa politique, ironiser sur sa chanteuse de femme, critiquer l’abominable Besson, le bien médiocre Hortefeux et le pitoyable Kouchner. On peut aussi, d’ailleurs, brocarder la gauche, de Ségolène Royal à Besancenot. Bref, on a parfaitement le droit de tirer sur tout ce qui bouge, comme au stand de tir d’une foire, et certains –de moins en moins nombreux, on peut le noter au passage- ne s’en privent pas.

Mais les 28 députés (courageux) précisent le sens de leur démarche. « Faire face à une censure qui s’exerce de plus en plus de manière directe ou indirecte et au-delà de ce que pourrait prescrire la loi ». Ils s’élèvent « contre le pouvoir des juges et des associations ». Et là c’est, évidemment, tout à fait autre chose.

En clair, ces parlementaires s’insurgent contre la dictature qu’impose à notre pays, depuis des années, un certain nombre de « lobbies » déguisés en ligues, en mouvements ou en associations, qui se sont autoproclamés gardiens d’une morale qu’ils ont eux-mêmes définie et qui pourchassent sans pitié tous ceux qui auraient l’impudence de ne pas respecter à la lettre les canons de cette morale.

Le plus grave, aux yeux de ces parlementaires iconoclastes, c’est qu’au fil des années ces lobbies ont réussi à truffer notre législation de textes leur donnant les moyens de traîner en justice ceux qu’ils ne pouvaient jusqu’alors que désigner à la vindicte populaire.

Sans qu’on s’en soit toujours rendu compte, ces Fouquier-Tinville des temps modernes ont fait graver dans le marbre leur fameuse « pensée unique » pour faire tomber les têtes qui ne leur reviennent pas ou qui dépasseraient des rangs, d’un poil. Dans le pays « de toutes les libertés » et où l’on répète à satiété la phrase attribuée (à tort, paraît-il) à Voltaire « Je me battrai jusqu’à la mort contre vos idées mais je suis prêt à me faire tuer pour que vous puissiez les exprimer » cette dérive à de quoi surprendre.

Mais, en fait, nos 28 députés ont parfaitement raison. On ne peut plus dire ou écrire ce qu’on veut en France.

Tout a commencé avec une loi interdisant le révisionnisme. Vouloir remettre en cause la réalité d’une des pires tragédies de l’histoire de l’humanité est évidemment absurde et odieux. L’horreur de l’holocauste est –malheureusement- incontestable. Mais fallait-il une loi ? Les quelques pseudo « historiens » qui, pour des raisons évidemment politiques, ont voulu nier l’existence des chambres à gaz s’étaient d’eux-mêmes ridiculisés et mis, bien sûr, au ban de la société des historiens.

Le comble dans cette affaire c’est que le père de cette loi était un communiste, vieux stalinien, un certain Gayssot qui n’avait toutefois pas poussé la zèle jusqu’à faire condamner ceux qui contestaient l’horreur du goulag.

Personne n’a osé contester la loi Gayssot car c’eut été, aux yeux de nos Fouquier-Tinville, rallier le camp des révisionnistes. On avait oublié Voltaire.
Est-il besoin de préciser que cette loi Gayssot n’a pas empêché certains nostalgiques du nazisme de continuer à nier le génocide des Juifs, comme d’autres nient que l’homme soit allé sur la lune ou que les tours de New-York aient été détruites, le 11 septembre, par des terroristes d’al Qaïda.

Et puis on est passé à autre chose. A l’origine, tout partait de très bonnes intentions. Les gouvernements successifs voulaient lutter contre le racisme, la xénophobie, l’homophobie et toutes les formes de « discrimination ». Très bien.

Sauf que… il y avait tout de même une certaine incohérence à accorder à chacun « le droit à la différence », droit désormais imprescriptible, et à interdire à tous de faire de la « discrimination », délit désormais condamnable. « La différence », dès qu’elle est officialisée, légalisée, entraîne inévitablement « la discrimination ».

Certains, pris dans cette incohérence, allèrent parfois jusqu’à évoquer une absurde « discrimination positive », version édulcorée de ce que pourrait être un « racisme positif ». En voulant lutter contre le racisme, on prônait une nouvelle forme d’apartheid. Ce fut, un temps, l’une des grandes idées de Nicolas Sarkozy. Il semble qu’il l’ait, heureusement, abandonnée. Il est vrai qu’on aurait eu des difficultés à placer cette « discrimination positive » au milieu d’une « identité nationale » qu’on recherchait désespérément.

Il est évident que le seul moyen de lutter contre ces « dérives », c’est l’éducation. C’est à l’école d’apprendre aux enfants que tous les hommes sont égaux même s’ils sont différents par la couleur de leur peau, leurs origines ethniques, leur religion, leurs pratiques sexuelles. Jamais aucun texte, aucun policier, aucun magistrat n’empêchera le premier quidam venu de penser qu’un malien, noir de peau, animiste et polygame est très différent d’un paysan auvergnat et plutôt moins bien, ni d’estimer… qu’une femme portant la burqa n’a pas sa place en France. Dans les deux cas(pris au hasard) le quidam fera de la discrimination, du racisme, de la xénophobie et tombera sous le coup de la loi.

Il est d’ailleurs étonnant que le MRAP, la LICRA et toutes les autres organisations patentées du même tonneau ne se soient pas, au nom de la défense de toutes les libertés et de la lutte contre l’islamophobie, élevées contre les projets de Sarkozy, Hortefeux, Besson et Copé à propos de cette fameuse burqa. Ecartelés entre le principe de la liberté et celui de la dignité de la femme, ils ont, une fois de plus, préféré piétiner la liberté. Il y a sûrement pourtant quelque part une loi qui interdit de stigmatiser les fanatiques religieux, pour peu qu’ils soient islamistes.

Car les lois se sont multipliées. Il est désormais interdit d’évoquer la couleur de peau d’un criminel, les origines lointaines d’un multirécidiviste, la religion d’un polygame, les orientations sexuelles d’un violeur de petits garçons. Certes, on peut dire qu’il s’agit d’un prêtre, d’un ancien légionnaire, voire d’un corse mais pas qu’on a affaire à un noir, un pakistanais, un musulman ou un homosexuel. Les Fouquier-Tinville chiens de garde veillent, tous crocs dehors et la bave aux lèvres. Ils se sont trouvé un fonds de commerce inépuisable, un filon particulièrement juteux.

Il était donc grand temps que quelqu’un ose dire que cela suffit, qu’on en a assez de la dictature de ces moralistes en carton-pâte ou peau de lapin, qu’il faut éteindre ces bûchers de la nouvelle inquisition en rappelant tout simplement l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme qui stipule que « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme ».

D’ailleurs, toutes ces lois qu’il faut bien qualifier de « liberticides » ont-elles permis d’enrayer la montée du racisme, de l’antisémitisme, de la xénophobie voire de l’homophobie en France ? Les croix gammées sur les tombes des cimetières juifs, les mitraillages des mosquées, les violences faites à des homosexuels se multiplient.

Quel est d’ailleurs l’imbécile qui a pu imaginer un seul instant que les racistes de tous poils pourraient être remis sur le droit chemin à la seule lecture d’un nouveau texte législatif ? Quand on peint des croix gammées sur les murs on est, par définition, insensible au Code pénal.

Ce n’est pas en s’attaquant, à coups de textes législatifs, à la liberté d’expression qu’on luttera contre le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme et l’homophobie mais en rappelant sans cesse qu’à coté du mot « liberté » il y a sur le fronton de tous nos édifices publics les mots « égalité » et « fraternité ». Pour paraphraser Victor Hugo, il vaut toujours mieux ouvrir des écoles que de prisons, éduquer que réprimer.

Mais les Français ont toujours préféré l’égalité à la liberté.
Savent-ils seulement que dans le classement sur « Les Etats du monde et la liberté de la presse » que publie, chaque année, Reporter sans frontière, la France occupe désormais… la 43ème place, derrière le Surinam et devant le Cap vert ?

Bernard Debré et ses copains ont raison. Il y a un problème avec la liberté d’expression dans notre pays. Heureusement qu’il nous reste l’Internet !

Mots-clefs : , , , ,