La France organisera donc l’Euro 2016 de football. Hier, tout l’après-midi et jusque tard dans la soirée, le gouvernement et l’UMP ont fêté cette « victoire ». On aurait presque cru que la France avait déjà gagné l’Euro en question.

Et tout le monde tenait, bien sûr, à préciser que c’était « grâce à Sarkozy », « parce que Sarkozy avait pris la peine de venir à Genève pour l’ultime délibération », « parce que les instances supérieures du football savaient que Sarkozy était un grand amateur de football » que la France l’avait emporté (d’une voix) sur la Turquie. Il aurait d’ailleurs été cocasse que la Turquie dont les Européens ne veulent pas soit désignée pour accueillir cette compétition européenne de football.

Tous les Français peuvent, bien sûr, se réjouir de ce succès. Nous avons raté l’organisation des Jeux Olympiques au profit de Londres, c’est donc là une petite consolation. Et il est vrai que ce genre de manifestation peut créer une ambiance festive qui fait croire, pendant quelques heures, que le peuple français se retrouve, au-delà de toutes ses différences, de toutes ses rivalités, de toutes ses difficultés. Chacun a en mémoire le joli spectacle qu’offrirent les Champs Elysées le soir de la victoire des Bleus au Mondial de football de 1998. Encore faudrait-il que la France gagne cet Euro 2016.

Mais de-là à dire, comme l’a fait Rama Yade, notre secrétaire d’Etat aux Sports, que l’organisation de l’Euro « va relancer notre économie », il y a un pas qu’elle n’aurait pas du franchir.

Il va nous falloir dépenser –au bas mot- 1,7 milliard d’euros pour construire des stades à Lille, Bordeaux, Nice et Lyon et rénover le Parc des Princes, les stades de Lens, Toulouse, Marseille, Strasbourg, Saint Etienne et Nancy.
« Cela va faire du travail et de l’emploi pendant des mois » dit Rama Yade. Oui, mais qui va payer ? Le maire de Strasbourg a été le premier à déclarer que ni sa ville, ni son département, ni sa région n’avaient les moyens de financer un nouveau stade à Strasbourg.

En période d’austérité, est-ce bien raisonnable de se lancer dans de telles dépenses ? Les Britanniques regrettent déjà de s’être battus pour organiser les JO de 2012 et se demandent comment ils vont pouvoir les financer. Nous-mêmes, nous ne savons plus où en est le fameux Plan de relance imaginé par Fillon pour faire face à l’avant-dernière crise.

Au moment même où on annonçait, à Genève, la victoire de la France, à Bercy, on publiait les derniers chiffres du chômage. Ils étaient désespérément mauvais. La France compte aujourd’hui 2,7 millions chômeurs, ce qui représente une augmentation de 7,8% en un an. Et encore en ne tenant compte que des chômeurs de catégorie A. Toutes catégories confondues, nous en sommes à 4,16 millions chômeurs, soit une augmentation de 10,5% en un an.

On s’y attendait. Mais on ne s’attendait pas aux réactions de nos responsables. Christine Lagarde, annonçant ces chiffres, n’a rien trouvé de mieux que de déclarer textuellement : « Cette hausse n’interrompt pas la tendance à la stabilisation » et Laurent Wauquiez d’ajouter : « Le marché du travail se remet en mouvement ».

Certes, l’une et l’autre nous ont déjà dit bien des sornettes mais c’est la première fois qu’on nous dit les yeux dans les yeux qu’une augmentation du chômage ne compromet pas sa stabilisation et, mieux encore, qu’elle prouve sa baisse.
Mais Christine Lagarde et Laurent Wauquiez s’imaginaient sans doute que la victoire de Genève permettrait au gouvernement de faire oublier aux Français les réalités de la situation.

Le peuple de Rome voulait « du pain et des jeux ». Nous, faute de pain, on nous donne des jeux. Il y a peu de chance que les Français s’en satisfassent et il n’est pas sûr que ce soit Sarkozy en personne qui ouvre cet Euro de football en 2016.

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