Fadela Amara a déclaré, ce matin, qu’elle pourrait voter pour Dominique Strauss-Kahn en 2012.
Dans leur très grande majorité, les Français qui ont oublié depuis longtemps que la jeune femme en question faisait toujours partie du gouvernement se désintéressent totalement des choix politiques et des états d’âme de cette sous-ministre de la Ville.

Cela dit, on comprend parfaitement que l’ancienne présidente de « Ni putes, ni soumises » qui, avec quelques autres, symbolisait l’ouverture, la diversité, l’intégration et le monde associatif soit un peu déçue. Et sans doute même « désespérée », pour reprendre le terme de Chantal Jouanno, sa collègue au gouvernement, chargée, elle, de l’Ecologie.

La politique de la Ville est, aujourd’hui, totalement inexistante et la situation de nos banlieues continue à se dégrader à une vitesse affolante. Le chômage augmente dans des proportions considérables, l’insécurité devient un drame quotidien comme le prouvent chaque jour, ou presque, les pages des faits divers, le désespoir et souvent la haine ont envahi ces zones de non-droit où vivent environ trois millions de personnes. Le fameux « Plan Marshall pour les banlieues », promis par le candidat Sarkozy, est tombé aux oubliettes depuis longtemps, avec un bon nombre d’autres promesses du même genre.

Mardi, François Fillon réunissait, à Matignon, le Conseil national des Villes et tous ses participants, autour de Fadela Amara elle-même, n’ont pu que constater cette triste évidence. Le gouvernement ne se souvient des banlieues que quand des policiers s’y font assassiner ou des conducteurs de bus caillasser. Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux y font alors trois petits tours et puis s’en vont.

Plusieurs maires de villes particulièrement sensibles ont annoncé leur décision de démissionner de ce Conseil national des Villes qui ne sert strictement à rien. Fadela Amara, elle, a préféré avaler son chapeau. Il n’est sans doute pas désagréable d’être ministre, surtout quand on n’a rien à faire et qu’on manque un peu de dignité.

Fadela Amara a trouvé une solution pour ne pas avoir à abandonner les palais dorés de la République tout en marquant son désaccord avec la politique menée par le gouvernement. Elle a annoncé en effet… qu’elle voterait Strauss-Kahn !
Si le régime actuel était « normal », l’Elysée aurait publié, en fin de matinée, un bref communiqué faisant savoir qu’il était « mis fin aux fonctions de Mme Fadela Amara, secrétaire d’Etat chargée de la Ville ».

Mais Fadela Amara savait qu’elle ne courait aucun risque. L’Elysée est désormais une maison de tolérance où l’on tolère les incartades, les sautes d’humeur, les insolences de la piétaille ministérielle. On peut, en toute impunité, insulter son ministre de tutelle, baver sur l’ensemble du gouvernement, désapprouver tel ou tel projet de loi porté par le chef de l’Etat lui-même, refuser d’aller se présenter dans telle circonscription, rien n’y fait. On est tellement méprisé qu’on ne peut même pas être sanctionné.

A fortiori quand on est un ministre d’ouverture. A part Besson qui continue à aller au casse-pipe en claironnant joyeusement les pires absurdités que lui a susurrées à l’oreille le président, tous les autres –de Kouchner à Bockel et passant par Frédéric Mitterrand- ont totalement disparu des feux de la rampe ce qui leur assure la meilleure des longévités.
On ne reparlerait d’eux que s’ils se faisaient virer et Sarkozy ne veut plus qu’on parle d’eux.

Il a maintenant -et enfin- compris que tous ces fantoches de gauche qu’il s’était offert pour un demi-maroquin ne lui rapporteraient pas une seule voix. Pas même la leur. Et il ne souhaite surtout pas faire de ces demi traîtres des martyrs.
Fadela Amara pourra voter pour Strauss-Kahn, sans doute comme Kouchner, Bockel, Mitterrand et peut-être même Besson. Leurs voix ne comptent déjà pas autour de la table du Conseil des ministres, elles ne compteront guère plus dans les urnes.

Et que ce gouvernement devienne encore un peu plus ridicule n’a aucune importance. Sarkozy sait que, depuis longtemps, le ridicule ne tue plus en France.
Fadela Amara espère-t-elle se retrouver ministre dans un gouvernement de Strauss-Kahn ? Il n’est pas sûr que la gauche pratique à son tour la politique d’ouverture…

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