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Martine Aubry et les vierges effarouchées

Martine Aubry a sans doute eu tort de comparer Nicolas Sarkozy à Bernie Madoff. D’abord, parce que les Français ont déjà totalement oublié celui qu’on a appelé « le plus grand escroc de tous les temps ». Ensuite, parce que c’est tout de même un peu… excessif.

On dira que c’est un effet de tribune, une boutade, une pique un peu acérée, qu’on est déjà entré en campagne électorale et que donc tous les coups sont permis. C’est vrai.

Cela dit, les Fillon, Bertrand et autres Lefebvre sont ridicules quand ils jouent les vierges effarouchées. En France, on a toujours traité ses adversaires politiques de tous les noms d’oiseaux. Les petites phrases assassines et les quolibets dévastateurs font partie du charme de notre vie politique.

De Gaulle a été comparé (par les communistes) successivement à Hitler, Mussolini et Franco et (par la presse satyrique) à Louis XIV, Pompidou a été traité de « bougnat », Giscard a été appelé (par Mitterrand) « le petit télégraphiste », Mitterrand a été prénommé « francisque », baptisé « le sauteur de l’Observatoire » et traité de « Florentin » et c’est Sarkozy lui-même qui a fait de Chirac un « roi fainéant ».

Les amis du président qui se drapent soudain dans une bien délicate dignité semblent oublier que, mis à part le « travailler plus pour gagner plus », la phrase de Sarkozy qui a, jusqu’à présent, le plus frappé les Français reste son fameux « casse toi pauv’con » du salon de l’agriculture. Ils sont donc bien mal placés pour réclamer un peu de « distinction ».

Certains nous affirment que, par ce (petit) dérapage (parfaitement contrôlé), Martine Aubry entendait se présenter en première et incontestable opposante à Sarkozy. Mais, quand on est la première secrétaire du Parti Socialiste, a-t-on vraiment besoin de çà pour faire savoir qu’on est parmi les plus farouches adversaires du président de la République ?

On a plutôt l’impression que cette indignation savamment orchestrée autour de cette comparaison un peu audacieuse n’a d’autre but que de tenter de faire oublier au plus tôt la malencontreuse allusion de Sarkozy aux responsabilités qu’aurait eues Mitterrand quant à la situation actuelle du pays, quinze ans après la fin de son mandat et quatorze ans après sa mort.

Une chose est sûre : la campagne présidentielle va être violente. Mais on s’en doutait.

31 Mai 2010 Commentaires fermés sur Martine Aubry et les vierges effarouchées

Israël: la politique du pire, la pire des politiques

Israël a eu, évidemment, tort de donner l’assaut contre la flottille de bateaux « humanitaires » qui tentait, en voulant violer le blocus, d’apporter des vivres, des médicaments et du matériel scolaire aux habitants de Gaza.

La violence de cette opération, ces dix ou quinze morts, ces nombreux blessés vont provoquer des réactions populaires anti-israéliennes à travers tout le monde arabe et islamique, et, sans doute, dans un bon nombre de capitales occidentales. La plupart des gouvernements de la planète, l’ONU, l’Union européenne, sans parler de la Ligue arabe, ont déjà condamné, parfois très violement, ce que certains ont qualifié de « massacre », d’autres de « terrorisme d’Etat ». Et il va sans dire qu’une fois de plus, tout espoir de négociation pour une « paix juste et durable » est reporté aux calendes grecques.

Personne ne contestera que cette flottille, toute humanitaire qu’elle fut, était une provocation. Il s’agissait, pour les quelques milliers de militants montés à bord de ces bateaux de fortune, moins de faire preuve de solidarité à l’égard des Palestiniens que de défier Israël, de narguer la loi du plus fort et de rappeler à l’opinion internationale la situation atroce qu’impose Israël aux habitants de Gaza.

Mais personne ne contestera non plus que ce blocus de Gaza qui, depuis juin 2007, affame une population parfaitement innocente est aussi une provocation et un défi lancé à toutes les règles internationales et aux Droits de l’Homme les plus élémentaires. On ne fait pas crever un peuple pour punir ses dirigeants.
Même les capitales « amies » d’Israël sont obligées aujourd’hui de condamner cet acte de « cruelle piraterie maritime » car, en plus, la flottille était encore dans les eaux internationales quand les commandos israéliens, armés jusqu’aux dents, l’ont, en pleine nuit, attaquée, avec hélicoptères et vedettes rapides.

Pire pour Israël, ces capitales qui jusqu’à présent fermaient pudiquement les yeux sur ce blocus inhumain de Gaza vont être désormais amenées à le condamner et à exiger du gouvernement de Jérusalem qu’il lève ce siège dans lequel sont prisonniers un million de Palestiniens. Les militants de la flottille n’ont pas pu atteindre les cotes de Gaza mais l’attitude d’Israël leur a donné une victoire bien supérieure à celle qu’ils pouvaient espérer.

L’Etat-major israélien a beau raconter que les « humanitaires » étaient armés de haches et de couteaux, on connaît assez le professionnalisme des commandos israéliens pour savoir qu’ils maîtrisent parfaitement ce genre d’opérations et qu’ils savent modérer, moduler leurs actions. Indiscutablement, ils ont eu, cette fois, ordre de « tirer dans le tas » pour donner une leçon à tous les militants, voire à tous les sympathisants de la cause palestinienne. Tout le monde aurait admis que ces bateaux soient arraisonnés, personne ne peut accepter que les commandos aient ainsi ouvert le feu.

Certes, Gaza est sous l’emprise du Hamas, mais la faute à qui ? En repoussant, depuis des décennies (depuis les accords de Madrid, 1991, les accords d’Oslo, 1993, les accords du Caire, 1994, les accords de Taba, 1995, les accords de Charm el Cheikh, 1999, etc.) et sous les prétextes les plus divers, toute véritable discussion qui aurait permis d’aller vers la création d’un Etat palestinien, les dirigeants israéliens ont poussé les Palestiniens vers l’extrémisme, en les radicalisant considérablement. C’est parce qu’ils croupissent depuis plus d’un demi siècle dans leurs camps de misère et dans leur ghetto de Gaza et que chaque fois qu’ils ont entraperçu un vague espoir on leur a brutalement fermé la porte au nez que certains Palestiniens sont devenus des terroristes et des extrémistes islamistes.

Il ne fait aucun doute qu’un grand nombre d’Israéliens souhaitent désormais vivre en paix avec les Palestiniens et tous leurs voisins arabes. Ils veulent la « peace now », la paix maintenant, comme le réclame depuis longtemps, un vaste mouvement israélien, ils sont prêts à échanger « des terres contre la paix » (autre slogan des pacifistes israéliens) pour pouvoir construire leur avenir « dans des frontières sûres et reconnues », selon la formule consacrée et oubliée.

Depuis le voyage historique de Sadate à Jérusalem, beaucoup d’Israéliens ont compris qu’un jour ils pourront vivre, travailler, être heureux au milieu de ce monde arabe qui les rejette de moins en moins. Aujourd’hui, la majorité des Israéliens est née en Israël et cette majorité est constituée, majoritairement, de Sépharades, des Juifs venus des pays arabes. Ils se sentent donc « chez eux » dans cette partie du monde. Le sionisme, inventé par des Juifs allemands, polonais ou russes pour fuir l’antisémitisme européen, ses ghettos et ses persécutions, n’est plus qu’un lointain souvenir. Comme les kibboutzim ou comme cette conviction que l’Etat d’Israël devra toujours, de décennie en décennie, gagner des guerres pour assurer sa survie.

Mais pour les dirigeants politiques, mis à part, bien sûr, Shimon Pérès et quelques autres, la peur des Arabes reste le meilleur des fonds de commerce, et le Hamas un allié objectif de choix. Il est plus facile de prôner l’union sacrée en face d’un ennemi que d’envisager avec lui un avenir pacifié et donc forcément risqué.

On reparlait depuis quelques semaines d’une énième relance des discussions. Mais le gouvernement israélien savait que l’allié américain, inévitable organisateur et arbitre suprême de toute négociation, n’était plus aussi inconditionnel que par le passé. Barack (Hussein) Obama qui veut tisser des liens avec le monde arabe et islamique n’a pas pour Israël les yeux de ses prédécesseurs à la Maison Blanche.

Certains diront alors que cette opération totalement démesurée contre « la flottille de la paix » n’avait d’autre but que de faire capoter immédiatement toute réouverture de tout dialogue. Certes, elle met, un peu et pour un temps, Israël au ban de la société des nations. C’est ce que les Israéliens appellent « l’esprit de Massada ». Seuls contre tous et prêts au sacrifice suprême.

En fait, c’est simplement la politique du pire. Et le gouvernement actuel d’Israël ne veut pas comprendre que c’est toujours la pire des politiques.

31 Mai 2010 Commentaires fermés sur Israël: la politique du pire, la pire des politiques

Ils sont décidément incorrigibles!

Ils sont décidément incorrigibles et ne comprendront jamais rien à rien. Il ne faudra pas qu’ils s’étonnent le jour où çà va immanquablement se gâter et où ils se retrouveront, brusquement, au chômage, si ce n’est à la lanterne.

Nous sommes en pleine crise économique, financière, sociale. L’Etat est « en faillite », c’est le premier ministre qui le dit, avec un déficit gigantesque, une dette colossale, le pays est ruiné, les salaires vont baisser, les impôts augmenter, on joue sur les mots « austérité », « rigueur », « récession », tout le monde doit « se serrer la ceinture », se priver, s’attendre au pire.

Et pendant ce temps-là, on apprend chaque jour, qu’« ils », nos maîtres, nos tout puissants, nos élus, continuent à se goberger, à se vautrer dans le luxe, à s’offrir des petits plaisirs et à caser leur marmaille dans les placards dorés de la République. Sans la moindre pudeur, sous nos yeux, en nous narguant.
Avant-hier, René Dozière, le député PS de l’Aisne qui, depuis des années, passe sa vie à éplucher les comptes de l’Elysée, nous révélait que le budget du palais présidentiel s’élevait cette année à 114 millions d’euros, en augmentation de 2,5% et que le seul budget des déplacements du président avait augmenté de 51%.

Cela dit, il faut bien constater que l’Elysée fait des efforts. Le palais s’est mis… à vendre des « objets dérivés » lors des journées « portes ouvertes ». Une bonne idée puisque, cette année, ces ventes ont rapporté 26.423 €.

Mieux, la présidence a décidé -arbitrairement sans doute mais, vraisemblablement, avec l’accord tacite du « propriétaire officiel »- de baisser le loyer qu’elle payait à Matignon pour l’occupation par Sarkozy de la Lanterne (résidence officielle du premier ministre). On sait que le président n’aime pas le château de Rambouillet qui lui est dévolu et préfère ce charmant pavillon du XVIIIème, blotti dans le parc de Versailles. En 2008, l’Elysée a payé 200.000 € de loyer à Matignon pour la Lanterne, c’est tombé à 153.000 € en 2009 et ce sera 35.000 € cette année. Rien ne justifie cette baisse. Ca commence à sentir la fausse facture. Mais redevenons sérieux.

Hier, on a appris, grâce à Libération, qu’Hervé Morin, ministre de la Défense avait ordonné la construction d’une piscine de 25 mètres et 6 couloirs dans les nouveaux bâtiments qu’occupera bientôt le ministère, près de la Place Balard, dans le XVème. Une piscine pour les 5.000 ronds-de-cuir galonnés qui font déménager de la rue Saint Dominique. Budget prévu : 10 millions d’euros. C’est évidemment beaucoup moins cher qu’un porte-avions mais on sait que le même Morin vient d’adresser une note de service à tous les chefs de corps de l’armée française pour leur demander d’économiser les cartouches pendant les exercices de tir de nos soldats. Question : combien de cartouches peut-on s’offrir pour 10 millions d’euros ?

Le plus « drôle » c’est que Morin avait bien envie de s’offrir une piscine olympique de 50 m. avec 8 couloirs. Mais une étude (faite peut-être par nos services secrets) a fait savoir à l’excellence qu’il était « hautement probable que le ministère du Budget ne donnerait pas son accord pour de telles installations, que la Cour des Comptes ne manquerait pas de stigmatiser cette dépense et qu’une éventuelle médiatisation du projet pourrait avoir un effet négatif dans l’opinion » (sic !) Du coup, Morin a renoncé à ses 50 m. et se contente de 25. C’est fou !

Et aujourd’hui, qu’apprend-on ? Que M. Pierre Bachelot a été nommé « chargé de mission » à la Direction générale de l’INPES, l’Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé. A première vue, personne ne connaît ni Pierre Bachelot ni l’INPES. Mais Pierre Bachelot n’est autre, bien sûr, que le fils de Roselyne Bachelot, ministre de la Santé… dont dépend l’INPES.

Le « petit » a 41 ans, se dit diplômé de « Institut supérieur des Arts de Paris » ce qui ne semble guère donner de compétences particulières dans le domaine de la santé, et a, jusqu’à présent, végété dans les différents cabinets ministériels de sa « maman ».

Roselyne Bachelot a déjà coûté un milliard d’euros à la République en gérant, avec une incompétence sidérale mais au plus grand bonheur de l’industrie pharmaceutique, la fameuse grippe A H1N1. Elle aurait peut-être pu caser son fils ailleurs que dans un institut chargé des problèmes de prévention…
Mais pourquoi se gêner ?

29 Mai 2010 Commentaires fermés sur Ils sont décidément incorrigibles!

Faute de pain… des jeux

La France organisera donc l’Euro 2016 de football. Hier, tout l’après-midi et jusque tard dans la soirée, le gouvernement et l’UMP ont fêté cette « victoire ». On aurait presque cru que la France avait déjà gagné l’Euro en question.

Et tout le monde tenait, bien sûr, à préciser que c’était « grâce à Sarkozy », « parce que Sarkozy avait pris la peine de venir à Genève pour l’ultime délibération », « parce que les instances supérieures du football savaient que Sarkozy était un grand amateur de football » que la France l’avait emporté (d’une voix) sur la Turquie. Il aurait d’ailleurs été cocasse que la Turquie dont les Européens ne veulent pas soit désignée pour accueillir cette compétition européenne de football.

Tous les Français peuvent, bien sûr, se réjouir de ce succès. Nous avons raté l’organisation des Jeux Olympiques au profit de Londres, c’est donc là une petite consolation. Et il est vrai que ce genre de manifestation peut créer une ambiance festive qui fait croire, pendant quelques heures, que le peuple français se retrouve, au-delà de toutes ses différences, de toutes ses rivalités, de toutes ses difficultés. Chacun a en mémoire le joli spectacle qu’offrirent les Champs Elysées le soir de la victoire des Bleus au Mondial de football de 1998. Encore faudrait-il que la France gagne cet Euro 2016.

Mais de-là à dire, comme l’a fait Rama Yade, notre secrétaire d’Etat aux Sports, que l’organisation de l’Euro « va relancer notre économie », il y a un pas qu’elle n’aurait pas du franchir.

Il va nous falloir dépenser –au bas mot- 1,7 milliard d’euros pour construire des stades à Lille, Bordeaux, Nice et Lyon et rénover le Parc des Princes, les stades de Lens, Toulouse, Marseille, Strasbourg, Saint Etienne et Nancy.
« Cela va faire du travail et de l’emploi pendant des mois » dit Rama Yade. Oui, mais qui va payer ? Le maire de Strasbourg a été le premier à déclarer que ni sa ville, ni son département, ni sa région n’avaient les moyens de financer un nouveau stade à Strasbourg.

En période d’austérité, est-ce bien raisonnable de se lancer dans de telles dépenses ? Les Britanniques regrettent déjà de s’être battus pour organiser les JO de 2012 et se demandent comment ils vont pouvoir les financer. Nous-mêmes, nous ne savons plus où en est le fameux Plan de relance imaginé par Fillon pour faire face à l’avant-dernière crise.

Au moment même où on annonçait, à Genève, la victoire de la France, à Bercy, on publiait les derniers chiffres du chômage. Ils étaient désespérément mauvais. La France compte aujourd’hui 2,7 millions chômeurs, ce qui représente une augmentation de 7,8% en un an. Et encore en ne tenant compte que des chômeurs de catégorie A. Toutes catégories confondues, nous en sommes à 4,16 millions chômeurs, soit une augmentation de 10,5% en un an.

On s’y attendait. Mais on ne s’attendait pas aux réactions de nos responsables. Christine Lagarde, annonçant ces chiffres, n’a rien trouvé de mieux que de déclarer textuellement : « Cette hausse n’interrompt pas la tendance à la stabilisation » et Laurent Wauquiez d’ajouter : « Le marché du travail se remet en mouvement ».

Certes, l’une et l’autre nous ont déjà dit bien des sornettes mais c’est la première fois qu’on nous dit les yeux dans les yeux qu’une augmentation du chômage ne compromet pas sa stabilisation et, mieux encore, qu’elle prouve sa baisse.
Mais Christine Lagarde et Laurent Wauquiez s’imaginaient sans doute que la victoire de Genève permettrait au gouvernement de faire oublier aux Français les réalités de la situation.

Le peuple de Rome voulait « du pain et des jeux ». Nous, faute de pain, on nous donne des jeux. Il y a peu de chance que les Français s’en satisfassent et il n’est pas sûr que ce soit Sarkozy en personne qui ouvre cet Euro de football en 2016.

29 Mai 2010 | Comment (1)

Retraites: Sarkozy veut l’épreuve de force

800.000, un million, selon les syndicats, 400.000, selon le gouvernement. On ne saura jamais –comme d’habitude- le nombre exact des manifestants qui sont descendus dans la rue, à travers la France, hier, pour protester contre le relèvement de l’âge de la retraite.
Mais deux choses sont sûres : il y a eu beaucoup de monde, même si l’Elysée parle d’un succès des syndicats « en demie teinte », et cette mobilisation… ne servira strictement à rien. Le gouvernement ne capitulera pas devant la rue, ce que, sur le plan des principes, on ne peut pas lui reprocher.

Cela dit, comment ne pas être sidéré par la maladresse avec laquelle le gouvernement a ouvert ce dossier explosif des retraites. Pourquoi diable avoir, d’entrée, attaqué le tabou des 60 ans et agité le chiffon rouge en déterrant le cadavre de Mitterrand ?
Pourquoi ne pas avoir plutôt parlé d’une inévitable augmentation des années de cotisation ? C’aurait été sans doute un peu hypocrite mais personne n’aurait pu s’y opposer. Et, a fortiori, si on avait bien précisé, d’emblée, que cette augmentation serait non seulement, bien sûr, progressive mais aussi, et surtout, « modulée » en fonction de la « pénibilité ».

On oublie trop souvent que, même avec une retraite à 60 ans et une durée de cotisation de 40 ans, un grand nombre de salariés ne pouvaient pas bénéficier d’une retraite pleine au bout de ces 40 ans : tous ceux qui avaient commencé à travailler à 16 ans. Ils devaient, en principe, avoir cotisé 44 ans pour atteindre les 60 ans. Les années de cotisation étaient donc, déjà, « modulées » mais à l’inverse de toute justice.

Le problème de la « pénibilité » va, évidemment, ouvrir des débats sans fin. S’il est facile de reconnaître qu’un sidérurgiste ou qu’un ouvrier du bâtiment a eu une carrière plus pénible qu’un cadre supérieur, il sera plus délicat d’affirmer qu’un enseignant dans un collège de quartier difficile a eu une existence plus pénible qu’un professeur au Collège de France, qu’un médecin de campagne a eu une vie plus pénible qu’un grand patron dans un CHU parisien, etc. En fonction de quels critères pourra-t-on évoquer la « pénibilité » ?

Ce principe de la « pénibilité » est, bien sûr, la porte ouverte à toutes les inégalités devant l’âge de la retraite mais, aussi difficile soit-il à manier, il est, en même temps, fondamentalement juste. Tout, le monde sait que les ouvriers meurent dix ou quinze ans plus tôt que les cadres.
Il aurait donc été facile pour le gouvernement d’affirmer que l’âge légal (et donc théorique) de la retraite restait à 60 ans mais qu’on allait passer à 42, 43, 45 ans de cotisation, selon les cas de « pénibilité ». Les « défavorisés » qui sont ceux qui ont commencé à travailler à 16 ou 17 ans et qui ont eu, le plus souvent, à souffrir de cette « pénibilité » pourraient donc continuer à partir à la retraite à 60 ans alors que les plus « favorisés », ceux qui ont fait des études jusqu’à 25 ans, voire plus, devraient, pour avoir une retraite pleine, travailler jusqu’à 70 ans, dans certains cas.

Tout cela aurait pris des mois de discussions mais aurait, peut-être, abouti à un système équilibré et acceptable parce que plus juste.
Sarkozy a préféré l’épreuve de force, en s’attaquant, bille en tête, au « dogme des 60 ans » et, pire encore, à son initiateur, François Mitterrand. Alors qu’on venait d’entendre un Dominique Strauss-Kahn reconnaître que « Le jour où chacun vivra jusqu’à 100 ans, on ne pourra pas s’arrêter de travailler à 60 ans » et qu’on voyait que Martine Aubry était, pour le moins, « gênée aux entournures », le président de la République tire à vue, fonce dans tas et fait de la provocation.

Lui qui, à maintes reprises, aussi bien lors sa campagne électorale que pendant les premiers mois de son quinquennat, avait, bien imprudemment, juré ses grands dieux qu’il ne toucherait jamais à l’âge de la retraite, voilà qu’il se dédit et déclare une « guerre de religion » en s’en prenant violemment aux socialistes (et à Mitterrand) responsables de tous les malheurs du pays.
Il sait parfaitement que la gauche et les syndicats qui auraient fini par accepter une augmentation de la durée de cotisation « modulée par la pénibilité » ne peuvent plus, dans ces conditions, s’asseoir à la table des négociations.

Mais on a compris son jeu. En fait, Sarkozy ne cherche plus à trouver un consensus minimum sur cette réforme des retraites qui s’impose. Il entame sa campagne électorale pour les présidentielles de 2012. Sachant qu’il ne pourra pas présenter un bilan honorable de son quinquennat, qu’il ne peut plus rien promettre contre le chômage, contre la baisse de revenu des Français, contre l’insécurité, il va se servir des retraites pour marteler que tout est de la faute des socialistes.

Son pari est risqué. Non seulement les Français se sont (plutôt) attachés à la retraite à 60 ans et même aux 35 heures, mais, en plus, les socialistes ne sont plus au pouvoir depuis 2002. Cela fera donc dix ans, en 2012, que la droite est responsable, et donc coupable. Après avoir évoqué Chirac, « le roi fainéant » pour expliquer ses difficultés, le voici qui ressort maintenant Mitterrand pour préparer sa campagne.

28 Mai 2010 Commentaires fermés sur Retraites: Sarkozy veut l’épreuve de force

Les triangulaires, une arme à double tranchant

Finalement, Sarkozy y a renoncé. Son idée, à l’origine, était de supprimer les triangulaires et la discussion à l’Assemblée sur le futur statut des conseillers territoriaux (qui vont remplacer les conseillers généraux et les conseillers régionaux) en était l’occasion rêvée. Si les triangulaires étaient supprimées pour ces élections, il aurait été facile d’en faire autant pour les législatives.

Les triangulaires sont le cauchemar de la droite depuis des décennies. Elles lui ont fait perdre bien des sièges à l’Assemblée et même les législatives de 1997. Il suffit que les candidats du Front National obtiennent plus de 10% au premier tour et qu’ils se maintiennent donc au second pour que la gauche l’emporte. C’est presque mathématique et évidemment un peu absurde. D’autant plus que, pour les présidentielles, seuls les deux premiers du premier tour peuvent se présenter au second.

La remontée actuelle du FN peut donc faire craindre à l’UMP d’avoir de sérieuses difficultés lors des législatives de 2012, au lendemain de présidentielles qui ne s’annoncent déjà pas faciles –c’est le moins qu’on puisse dire- pour Sarkozy.

Mais bricoler le système électoral est toujours délicat. L’histoire prouve, d’ailleurs, que tous ceux qui s’y sont adonnés l’ont toujours payé le prix fort.
En supprimant les triangulaires, on risquerait, d’abord, de voir, dans certaines régions, le candidat de l’UMP éliminé pour le second tour, derrière un candidat du PS et un autre du Front National. Ensuite, on mettrait, ostensiblement, hors jeu tous les petits alliés de l’UMP, les centristes, les amis de Borloo, de Philippe de Villiers, de Christine Boutin, etc. Or, aujourd’hui, ce n’est pas le moment de leur faire comprendre sèchement qu’ils ne sont que des supplétifs qu’on méprise.

Mais il y a, évidemment un autre élément dans les calculs de Sarkozy. Jusqu’à présent, seule, la droite pouvait faire les frais de ces maudites triangulaires avec la présence du Front National. Désormais, la gauche pourrait bien connaître de ce même genre de déboires. Il est évident que les Ecologistes qui vont vouloir être présents lors des présidentielles entendront avoir leurs candidats propres pour les législatives. Ils représentent désormais le même danger pour le PS que le FN pour l’UMP. Et même, si l’on se réfère aux derniers scrutins, européennes ou régionales, un danger autrement plus important.

Certes, les Ecologistes auront, politiquement, vis-à-vis de leur électorat, plus de difficultés à se maintenir au second tour contre un candidat du PS que n’en a le FN à se maintenir contre un candidat de l’UMP. Mais Sarkozy est convaincu que la campagne présidentielle aura exacerbé les rivalités entre les Ecologistes et les Socialistes.

Les triangulaires deviennent donc une arme à double tranchant. Elles peuvent faire perdre quelques circonscriptions à l’UMP, par la faute du FN, mais elles peuvent aussi –et c’est nouveau- en faire perdre, et peut-être davantage, au PS, par la faute des Ecologistes.

Mitterrand s’était servi de Le Pen contre la droite (on se souvient qu’il avait été jusqu’à instaurer la proportionnelle en 1986), Chirac a tenté, en vain, de se servir de Besancenot contre la gauche, Sarkozy va se servir des Ecologistes contre le PS. C’est de bonne guerre.

Cela dit, triangulaires ou pas, maintenant que les législatives se font dans la foulée des présidentielles, les jeux sont faits, en principe, au soir même de l’élection du président.

27 Mai 2010 | Comment (1)

Fadela Amara va voter… Strauss-Kahn!

Fadela Amara a déclaré, ce matin, qu’elle pourrait voter pour Dominique Strauss-Kahn en 2012.
Dans leur très grande majorité, les Français qui ont oublié depuis longtemps que la jeune femme en question faisait toujours partie du gouvernement se désintéressent totalement des choix politiques et des états d’âme de cette sous-ministre de la Ville.

Cela dit, on comprend parfaitement que l’ancienne présidente de « Ni putes, ni soumises » qui, avec quelques autres, symbolisait l’ouverture, la diversité, l’intégration et le monde associatif soit un peu déçue. Et sans doute même « désespérée », pour reprendre le terme de Chantal Jouanno, sa collègue au gouvernement, chargée, elle, de l’Ecologie.

La politique de la Ville est, aujourd’hui, totalement inexistante et la situation de nos banlieues continue à se dégrader à une vitesse affolante. Le chômage augmente dans des proportions considérables, l’insécurité devient un drame quotidien comme le prouvent chaque jour, ou presque, les pages des faits divers, le désespoir et souvent la haine ont envahi ces zones de non-droit où vivent environ trois millions de personnes. Le fameux « Plan Marshall pour les banlieues », promis par le candidat Sarkozy, est tombé aux oubliettes depuis longtemps, avec un bon nombre d’autres promesses du même genre.

Mardi, François Fillon réunissait, à Matignon, le Conseil national des Villes et tous ses participants, autour de Fadela Amara elle-même, n’ont pu que constater cette triste évidence. Le gouvernement ne se souvient des banlieues que quand des policiers s’y font assassiner ou des conducteurs de bus caillasser. Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux y font alors trois petits tours et puis s’en vont.

Plusieurs maires de villes particulièrement sensibles ont annoncé leur décision de démissionner de ce Conseil national des Villes qui ne sert strictement à rien. Fadela Amara, elle, a préféré avaler son chapeau. Il n’est sans doute pas désagréable d’être ministre, surtout quand on n’a rien à faire et qu’on manque un peu de dignité.

Fadela Amara a trouvé une solution pour ne pas avoir à abandonner les palais dorés de la République tout en marquant son désaccord avec la politique menée par le gouvernement. Elle a annoncé en effet… qu’elle voterait Strauss-Kahn !
Si le régime actuel était « normal », l’Elysée aurait publié, en fin de matinée, un bref communiqué faisant savoir qu’il était « mis fin aux fonctions de Mme Fadela Amara, secrétaire d’Etat chargée de la Ville ».

Mais Fadela Amara savait qu’elle ne courait aucun risque. L’Elysée est désormais une maison de tolérance où l’on tolère les incartades, les sautes d’humeur, les insolences de la piétaille ministérielle. On peut, en toute impunité, insulter son ministre de tutelle, baver sur l’ensemble du gouvernement, désapprouver tel ou tel projet de loi porté par le chef de l’Etat lui-même, refuser d’aller se présenter dans telle circonscription, rien n’y fait. On est tellement méprisé qu’on ne peut même pas être sanctionné.

A fortiori quand on est un ministre d’ouverture. A part Besson qui continue à aller au casse-pipe en claironnant joyeusement les pires absurdités que lui a susurrées à l’oreille le président, tous les autres –de Kouchner à Bockel et passant par Frédéric Mitterrand- ont totalement disparu des feux de la rampe ce qui leur assure la meilleure des longévités.
On ne reparlerait d’eux que s’ils se faisaient virer et Sarkozy ne veut plus qu’on parle d’eux.

Il a maintenant -et enfin- compris que tous ces fantoches de gauche qu’il s’était offert pour un demi-maroquin ne lui rapporteraient pas une seule voix. Pas même la leur. Et il ne souhaite surtout pas faire de ces demi traîtres des martyrs.
Fadela Amara pourra voter pour Strauss-Kahn, sans doute comme Kouchner, Bockel, Mitterrand et peut-être même Besson. Leurs voix ne comptent déjà pas autour de la table du Conseil des ministres, elles ne compteront guère plus dans les urnes.

Et que ce gouvernement devienne encore un peu plus ridicule n’a aucune importance. Sarkozy sait que, depuis longtemps, le ridicule ne tue plus en France.
Fadela Amara espère-t-elle se retrouver ministre dans un gouvernement de Strauss-Kahn ? Il n’est pas sûr que la gauche pratique à son tour la politique d’ouverture…

26 Mai 2010 Commentaires fermés sur Fadela Amara va voter… Strauss-Kahn!

Travailler plus longtemps? Oui, mais où?

Eric Woerth vient de nous « avouer » (mais on s’y attendait) que les Français allaient inévitablement devoir travailler plus longtemps pour tenter d’équilibrer le budget des retraites et que donc l’âge légal du départ à la retraite allait être retardé. 62 ans, 65 ans ? On ne sait pas encore. En tous les cas, cela sera progressif et modulé. On tiendra compte à la fois du nombre d’années de cotisation et de la pénibilité. Tout cela semble, à première vue, relever du simple bon sens.

Même si les syndicats sont bien décidés à décréter une mobilisation générale, en forme de baroud d’honneur, contre la mort du « tabou des 60 ans » et même si Martine Aubry annonce déjà que, quand la gauche l’aura emporté, elle remettra l’âge légal à 60 ans, tout le monde est d’accord avec Dominique Strauss-Kahn quand il déclare que « le jour où chacun vivra jusqu’à 100 ans on ne pourra pas s’arrêter de travailler à 60 ans ».

Après nous avoir dit qu’il fallait « travailler plus pour gagner plus », Sarkozy nous dit donc qu’il faut travailler plus longtemps pour avoir droit à une retraite décente. C’est d’une logique enfantine. Sauf que, et tout est là… Y a plus de travail, mon brave monsieur ! Non seulement on ne peut pas travailler plus mais, dans bien des cas, on ne peut pas travailler du tout.

Officiellement, nous avons 2,4 millions chômeurs en France, soit 10,1% de la population active. Mais, en fait, si on fait le compte de toutes les catégories de chômeurs répertoriées par le Pôle-emploi, c’est plus du double. 5 millions. Et encore ce chiffre épouvantable ne tient-il pas compte de certains salariés plus ou moins « précaires », avec des emplois à durée déterminée ou intérimaires. Et pour ce qui est des « vieux », c’est-à-dire maintenant les + de 55 ans, on sait qu’ils sont 62% à être sans emploi.

Le problème de la France aujourd’hui n’est pas d’inciter, voire d’obliger les Français à travailler plus de 35 heures par semaine ou/et au-delà de 60 ans, il est de fournir du travail à tous ceux qui n’en ont pas, aux jeunes, aux chômeurs, aux vieux.

On a totalement oublié que quand Léon Blum, en 1936, avait réduit la semaine de travail à 40 heures et quand Martine Aubry, en 2000, l’avait réduite à 35 heures ce n’était pas seulement par démagogie, c’était essentiellement, pour faire baisser le nombre des chômeurs et « partager le travail ». Cà n’avait pas marché. Pas plus d’ailleurs que quand, pour les mêmes raisons, on avait abaissé l’âge de la retraite.

La faillite programmée de notre système de retraites vient moins de l’évolution de notre démographie que de l’effondrement de notre économie. Il est dérisoire de proclamer à longueur de discours que, pour retrouver l’équilibre de tous nos budgets, il suffirait que les chômeurs et les « aînés » se remettent à travailler. La plupart d’entre eux ne demanderait sans doute pas mieux.

La ruine de toutes nos caisses de protection sociale (chômage, retraites, maladie, etc.) a été provoquée, avant tout, par la disparition de pans entiers de notre économie, avec la fermeture des mines, la délocalisation des usines, la crise de la pêche, celle de l’agriculture, etc. Nous n’avons attaché aucune importance au déficit croissant de notre balance commerciale. Il est pourtant diablement révélateur. Nous achetons beaucoup plus que nous n’exportons. Ce qui signifie que nous ne sommes plus « compétitifs » et que nous continuons à vivre avec un train de vie que nous ne pouvons plus nous offrir. A force de ne plus produire de richesses, nous nous sommes ruinés.

Fillon nous a dit que l’Etat était « en faillite ». Mais, en fait, c’est la France qui est au chômage. Parce qu’elle a été « virée » de la compétition internationale pour incompétence.

Si, demain, le gouvernement décidait de remettre la semaine de travail à 40 heures et l’âge de la retraite à 65 ans, que se passerait-il ? Rien d’autre qu’une explosion du nombre des chômeurs.

On ne pourra remettre les Français au travail que le jour où on aura reconstruit une économie créatrice d’emplois et de richesses, c’est-à-dire capable de faire face à la concurrence de la mondialisation grâce à l’innovation.

Dire aux Français qu’il faut qu’ils travaillent plus sans leur dire ni où, ni comment est absurde.
Il paraît que Sarkozy est un grand amateur de football. Il devrait comprendre que ce n’est pas en mettant davantage de joueurs sur le terrain qu’on a une chance de gagner, tant que les joueurs n’ont pas de ballon.

26 Mai 2010 Commentaires fermés sur Travailler plus longtemps? Oui, mais où?

Le lundi de Pentecôte: une idée « à la con »

Nous sommes aujourd’hui le lundi de Pentecôte. Ce n’est donc pas un jour férié. Du coup, toutes les administrations sont… fermées. Mais la plupart des magasins sont ouverts. Une fois de plus, le privé donne une leçon au public. Et sur le thème bien connu du « travailler plus pour gagner moins ».

Cette histoire du lundi de Pentecôte a commencé avec 15.000 morts. Les petits vieux qui avaient crevé de soif pendant la grande canicule parce qu’ils n’avaient pas suivi à la lettre les conseils judicieux de l’inénarrable Roselyne Bachelot qui leur avait déclaré que, quand on avait soif, il fallait boire et qu’il valait mieux se mettre à l’ombre qu’en plein soleil, par temps chaud.

Les petits vieux étaient morts mais nos ministres, eux, étaient en vacances. C’était la vacance du pouvoir, dans tous les sens du terme. Car on peut être ministre de la République et ne pas savoir qu’il y a aujourd’hui, dans notre pays, des millions de personnes âgées (on dit maintenant des « aînés » et ils ont même un ministre rien que pour eux dont tout le monde ignore et le nom et même l’existence –elle s’appelle Nora Berra, mais il faut le savoir !). Et ignorer que bien souvent ces « aînés » sont seuls au monde, abandonnés à leur triste sort et attendant simplement une mort qui ne veut pas venir. Avec la canicule, les choses se sont accélérées.

Depuis des années, nos politiciens de tous bords nous parlent de la retraite mais, pour eux, il s’agit simplement d’un problème de financement. Pas un seul d’entre eux ne s’est jamais demandé ce qu’on allait faire de ces dizaines de millions de Français mis hors du monde du travail et donc, par là même, en marge de la société. Or, c’est là, évidemment, l’un des plus grands problèmes de société que nos générations vont avoir à affronter.

Il faut être juste, cet été particulièrement chaud a fait 15.001 morts. Les vieux plus le ministre de la Santé de l’époque, un certain Jean-François Mattéi qui, un comble, était médecin de son état mais qui, visiblement, s’intéressait davantage à sa carrière politique qu’à la gérontologie.

Jean-Pierre Raffarin était alors premier ministre. Tout le monde sera d’accord pour reconnaître qu’il n’a pas été le plus époustouflant des hôtes de Matignon. Mais cette fois, il a voulu réagir. Les vieux ont le droit de vote et s’en servent plus que les autres. Lui qui, jusqu’alors, s’était surtout distingué par des formules dignes d’Ubu Roi, a eu une idée. Il a décidé que le lundi de Pentecôte ne serait plus jour férié et que la richesse produite ce jour-là par tous les Français serait consacrée à aider les personnes âgées (création de maisons de retraite, etc.)

C’était, bien sûr, de la démagogie à l’état pur mais aussi une idée « à la con ». En France, chaque fois qu’on créé un « truc » pour les vieux, l’argent est détourné. Soit par des associations qui n’ont pas grand-chose de caritatif soit par l’Etat lui-même. Personne n’a oublié la fameuse vignette automobile créée, elle aussi, elle déjà, pour les vieux, lesquels pendant des décennies n’en ont jamais vu la couleur. L’Etat a toujours des trous urgents à boucher.

Mais plus grave encore, en France on ne touche pas aux jours fériés. Ce sont des « droits acquis ». Quand Giscard avait voulu supprimer le 8 mai sous prétexte qu’il y avait déjà, au cours de ce seul mois de mai, la Fête du Travail, l’Ascension et la Pentecôte, le pays tout entier s’était mobilisé pour défendre la commémoration de la victoire de 1945.

Pour le lundi de la Pentecôte, tout a été beaucoup plus simple. Tout le monde a rigolé de cette idée idiote et on n’en a plus parlé.
On nous dit aujourd’hui que les 18% du privé et les 16% du public qui travaillent ce lundi rapportent tout de même à l’Etat 2 milliards. Ce n’est pas rien et merci pour les vieux.

Cela dit, Laurence Dumont, députée socialiste du Calvados et présidente d’une « mission » (sic !) chargée de voir ce que devient cet argent de la « journée de solidarité avec les personnes âgées » vient de faire savoir que l’Etat a détourné 150 millions de cette somme pour colmater (un peu) le trou de la Sécurité sociale.

Mieux encore, l’Inspection générale des affaires sociales a publié un rapport dans lequel elle affirme que l’ensemble des fonds destinés aux personnes âgées « s’accumulent et ne sont pas utilisés ». Et l’IGAS a fait le calcul : depuis 2005, 1,855 milliard d’euros destinés à nos « aînés » traînent toujours dans les caisses de l’Etat.

Cà ne donne pas envie de travailler le lundi de Pentecôte.

24 Mai 2010 Commentaires fermés sur Le lundi de Pentecôte: une idée « à la con »

2012: Faites vos jeux, les paris sont ouverts

Dans deux ans, un (ou une) président (e) de la République française aura déjà entamé son quinquennat.

Deux ans, ce n’est rien. En principe, tous les compétiteurs devraient déjà être connus car on ne voit pas comment un inconnu pourrait entrer dans l’arène en quelques mois. Si ce n’est qu’en 2005 personne n’avait imaginé que Ségolène Royal puisse être « la » candidate de la gauche en 2007. On peut donc toujours s’attendre à une surprise et voir un homme (ou une femme) plus ou moins « providentielle » sortir soudain de l’anonymat.

Deux ans, ce n’est rien, mais c’est interminable. Tous les coureurs de marathon vous le diront, c’est dans les derniers kilomètres que tout se joue. A vingt-quatre mois de la ligne d’arrivée, les experts se sont d’ailleurs toujours trompés dans leurs pronostics. En 1979, Giscard était donné gagnant haut la main et presque au premier tour. En 1986, Mitterrand qui venait de perdre les législatives était donné battu à plates coutures pour sa réélection. Même chose pour Chirac en 2000. Or, Giscard a été battu, Mitterrand et Chirac ont été réélus. Nos experts avaient eu tout faux.

Aujourd’hui, ces mêmes experts donnent Sarkozy battu d’avance. Mais les amis du président rappellent non seulement que ces experts (et les sondages) se sont toujours trompés –ce en quoi ils ont raison-, mais aussi que les Français sont « légitimistes » -ce qui est assez vrai- et que (sans parler de de Gaulle qui est, évidemment, un cas très part) deux présidents sur trois s’étant représentés ont été réélus. Là, ils oublient une donnée essentielle.

Mitterrand a été réélu en 1988 et Chirac en 2002 alors qu’ils étaient présidents « de cohabitation », ce qui change tout. En cas de cohabitation, pour les Français, le responsable de la situation (forcément mauvaise) n’est pas le président sortant mais bien son premier ministre qui a eu le pouvoir. En 88, les électeurs ont moins réélu Mitterrand qu’éliminé Chirac qui était à Matignon. En 2002, ils ont moins réélu Chirac qu’éliminé Jospin qui était premier ministre.

Le meilleur moyen de battre son futur adversaire est de l’installer à Matignon. Cohabitation ou pas, d’ailleurs. En 1974, Giscard a tenté de tuer le mouvement gaulliste en nommant Chirac premier ministre et Mitterrand a bel et bien tué Rocard avec la même promotion, en 1988. On peut même ajouter que Chirac a tué Balladur en l’envoyant, à sa place, à Matignon en 1993.

Si Sarkozy voulait être sûr d’être réélu en 2012, il n’aurait qu’à dissoudre l’Assemblée et, après une très probable victoire de la gauche, nommer Martine Aubry premier ministre ce qui ferait perdre à la première secrétaire du PS toutes ses chances pour les présidentielles.
Mais on n’imagine pas le président doué d’un tel machiavélisme.

De fausses confidences en fuites organisées, Sarkozy a maintenant pratiquement confirmé qu’il sera candidat à sa réélection en 2012. On s’en doutait. Il n’est pas homme à être victime de « la tentation de Venise » et, même si Carla en a déjà visiblement assez des dorures élyséennes, il veut évidemment prendre sa revanche sur un sort qui ne l’a pas épargné depuis son élection de 2007.

Pour se préparer à la compétition, Sarkozy a trois difficultés à affronter : son image, la situation du pays et, bien sûr, ses adversaires potentiels.

L’image. Comme tout le monde, il sait que désormais, pour des élections présidentielles, seule compte l’image du candidat. Certains disent que c’est parce que nous sommes désormais dans la « civilisation du tout image », du multimédia, de la presse people. Ce n’est pas vrai. En fait, les électeurs ne s’attachent qu’à l’image des prétendants parce qu’ils ne lisent plus les programmes des candidats, qu’ils n’y croient plus, depuis longtemps. Et l’expérience leur donne raison. On leur a promis successivement « un chantier de réformes », « un monde nouveau », « la fin de la fracture sociale » et même « la rupture ». On comprend qu’après trente-cinq ans de désillusions plus cuisantes les unes que les autres, ils ne soient plus dupes des belles promesses.

Maintenant, ils veulent un homme d’Etat c’est-à-dire un chef qui sera capable à la fois de tenir la barre au milieu de toutes les tempêtes qui s’annoncent et de se préoccuper avec compassion (et efficacité) de tous les malheurs de chacun. A la fois sur le trône ou du moins la passerelle et aux cotés de tous. Pas facile à trouver. Et là, effectivement, seule l’image compte.

Mitterrand avait compris qu’il ne fallait pas être le patron d’une gauche plus ou moins révolutionnaire et « nationalisante » à tours de bras mais bien le « tonton » à « la force tranquille ». Chirac avait su faire oublier le « bulldozer » et le « hussard du néo-gaullisme » pour devenir « le type sympa ».

L’image de Sarkozy est, évidemment, catastrophique. C’est toujours le « bling-bling » dans toute sa vulgarité même s’il ne porte plus ni Ray Ban ni Rolex et, contrairement à ce qu’on nous a dit, le mariage avec sa top-modèle milliardaire n’a rien fait pour arranger les choses.

Son agitation dans tous les sens exaspère de plus en plus les Français. Au début, on lui reprochait de lancer en même temps trop de réformes, souvent mal préparées, généralement mal expliquées, parfois bien inutiles. Aujourd’hui, les Français font le bilan et s’aperçoivent que, pour la plupart, ces réformes se sont perdues dans les sables mouvants. Réforme de la Constitution, de la Justice, de l’hôpital, du lycée, de la fiscalité, des collectivités, etc. Et rien n’a changé. La France continue à dégringoler et la vie quotidienne des Français à se dégrader et ce avant même les fameuses crises, celle des banques en 2008 et celle de l’Europe cette année.

Pour l’instant, Sarkozy est, aux yeux des uns, ceux de gauche, celui qui s’entête avec son bouclier fiscal et, pour les autres, ceux de droite, celui qui ne veut toujours pas toucher à l’ISF. Autant dire qu’il perd sur tous les tableaux. Et les uns comme les autres ont bien l’intention de le lui faire payer au prix fort.
Pour ce qui est de la politique étrangère qui redonne parfois un petit vernis à une présidence, même si les Français s’en désintéressent totalement, le bilan n’est guère meilleur. Qu’est donc devenue la fameuse Union pour la Méditerranée qu’il avait lancée à grands frais et en grandes pompes ? Noyée dans les flots bleus. Et la Géorgie qu’il prétendait avoir sauvée de l’impérialisme russe ? Deux de ses provinces sont désormais totalement annexées par Moscou. Et l’Europe qu’il avait sauvée, elle aussi, avec son mini-traité ? Elle est au bord de l’explosion. Et la crise a prouvé qu’elle n’existait toujours pas politiquement et que c’était, plus que jamais, l’Allemagne qui imposait sa volonté.

On nous dit qu’il se calme, depuis quelques semaines, qu’il ménage sa parole, qu’il ne se croit plus obligé d’affirmer qu’il est en train de sauver la planète avec ses G5, G8, G20, ni de se précipiter aux obsèques de toutes les victimes de tous les faits divers. Les Français n’ont pas encore constater ce « nouveau Sarkozy » qu’on leur annonce, de mois en mois, depuis trois, ans. Il faut des années pour changer d’image. Surtout quand celle qu’on trimballe est fidèle trait pour trait à la réalité du personnage.

La situation du pays. Il est évident que la situation dans laquelle se trouvera la France à la veille du scrutin de 2012 jouera un rôle capital dans le choix des électeurs. Là, il faut bien reconnaître que Sarkozy n’a pas de chance. Jamais, sans doute, des élections présidentielles ne se seront déroulées dans d’aussi mauvaises circonstances. On sait déjà que, quelles que soient les décisions prises, les plans lancés, la rigueur n’aura encore donné comme seuls résultats tangibles qu’une baisse des investissements et du pouvoir d’achat et donc une augmentation du chômage, de la précarité, de la misère. La rigueur, aussi indispensable qu’elle soit, tétanise la croissance, dégrade les services publics et provoque un mécontentement général, a fortiori dans un pays qui s’était habitué au confort de l’assistanat généralisé.

En 2012, Sarkozy ne pourra toujours pas dire qu’il a su « redresser la situation » et les électeurs lui reprocheront les premières conséquences de cette rigueur qui lui aura été imposée.

Les concurrents potentiels. Reste peut-être l’essentiel dans ce genre d’élection, c’est-à-dire la crédibilité, l’image des autres concurrents. Sarkozy peut-il être réélu… par défaut ?

Qui va sortir vainqueur du combat Martine Aubry-Dominique Strauss-Kahn ? Martine Aubry a réussi un joli parcours depuis le congrès de Reims. Les régionales l’ont encore confortée. Si la gauche remporte le Sénat, on lui en attribuera aussi le mérite. Son image s’adoucit, se « consensualise ». Elle redevient « la fille de Jacques Delors » et n’est plus guère « la dame des 35 heures ». Ses amis pourront, d’ailleurs, toujours rappeler que « le vrai père » des dites 35 heures n’est autre que Dominique Strauss-Kahn en personne.

Strauss-Kahn, lui, « le candidat de gauche préféré par la droite » et que tous les sondages placent déjà en grand vainqueur, va avoir à affronter deux terribles handicaps. On va l’accuser, d’être en tant que patron du FMI, le grand responsable de tous les maux provoqués par la rigueur. Il va devenir « Monsieur Austérité », sobriquet catastrophique en campagne électorale. En tant que membre du PS, il va être obligé de se soumettre, une nouvelle fois, à l’épreuve des primaires. Des primaires cette fois ouvertes à toute la gauche qui lui seront, sans doute, encore plus difficiles que celles qui se limitaient aux militants socialistes.

Et puis, cet intellectuel hédoniste en veut-il vraiment ? Les sondages le donnent déjà entrant à l’Elysée. Mais, avant de franchir le portail, il faut faire campagne, tuer ses rivaux les uns après les autres, convaincre la gauche qu’on est de gauche, le centre qu’on n’est pas de gauche. Strauss-Kahn n’est ni un tueur ni un contorsionniste. Curieusement, par moments, il ressemble à Delors. Comme lui, il aime être désiré mais çà n’en fait pas un combatif. Une chance pour Sarkozy.

Ségolène Royal se lancera-t-elle dans la bataille ? Personne n’y croit. Mais personne ne croit non plus qu’elle restera tranquillement et silencieuse dans son Poitou-Charentes. Elle se considère, aujourd’hui encore, comme « légitime ». A-t-elle une chance dans des primaires ? Oui, si Martine Aubry s’est effondrée (mais on ne voit pas pourquoi, à l’heure actuelle) et si Dominique Strauss-Kahn s’est « dégonflé ». Un « remake » des élections de 2007 serait, évidemment, inespéré pour Sarkozy. Mais c’est peu probable.

Quoi qu’il en soit, la gauche arrivera en ordre dispersé car il y aura aussi les écologistes (un petit 10%), la gauche de la gauche (4 ou 5%), la gauche de la gauche de la gauche (2%) et, vers le centre gauche, l’inévitable Bayrou qui, en bon candidat qu’il est malgré toutes ses incohérences, finira bien par grignoter un petit 5 ou 7%.

Et à droite ? A l’Elysée, on se demande encore s’il vaut mieux « ratisser large » au premier tour avec des candidatures « bidons » ou s’il est préférable de jouer l’union sacrée dès le début. Mais les présidentielles n’ont rien à voir avec les régionales et il est évident que les Français ne seraient pas dupes devant des candidatures de Jean-Louis Borloo ou même d’Hervé Morin qui auront été des ministres respectueux, pour ne pas dire obséquieux, de Sarkozy pendant cinq ans.

On a alors deux inconnues. D’abord, Marine Le Pen. Pourra-t-elle atteindre les scores de son père ? Dépasser les 15% ? Il ne semble pas qu’elle en ait pour l’instant l’envergure. Mais il faut bien constater que les circonstances lui sont diablement favorables. Montée du chômage, angoisse des classes moyennes, remise à l’ordre du jour (par Sarkozy lui-même) des thèmes de prédilection du Font National, l’immigration, l’identité nationale, l’insécurité. En voulant récupérer les voix du FN sur lesquelles il avait réussi un hold-up en 2007 et qu’il a perdues depuis, Sarkozy a ouvert un boulevard à l’extrême-droite.

Et puis, il y a Villepin. Mis à part, sans doute, Chirac et quelques vieux gaullistes nostalgiques, personne n’y croit. Mais c’est lui qui pourrait, peut-être, jouer « l’inconnu trublion », voire « l’home providentiel ». Il n’a personne derrière lui, il a une mauvaise image dans laquelle se mélangent sa morgue d’aristocrate prétentieux, la dissolution de 97, le CPE et l’affaire Clearstream, ce qui fait beaucoup, mais il a un avantage considérable : il est l’anti-Sarkozy par excellence, physiquement, intellectuellement, politiquement.

S’il sait y faire, s’il parvient à constituer une machine électorale (il lance son parti le 19 juin prochain) et si ces présidentielles de 2012 sont, d’abord et avant tout, comme on peut l’imaginer aujourd’hui, un rejet de Sarkozy, il a ses chances.

Faites vos jeux, les paris sont ouverts.

24 Mai 2010 Commentaires fermés sur 2012: Faites vos jeux, les paris sont ouverts

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