Les experts ès élections de l’UMP pensent avoir trouvé « la martingale », « la solution miracle », « l’idée de génie » pour sauver le soldat Sarkozy lors des prochaines présidentielles. Faut-il qu’ils soient vraiment au bord du désespoir et à bout d’arguments. Et faut-il qu’ils soient toujours frappés de cécité.

Voilà : pour ratisser plus large, pour permettre aux électeurs de droite et du centre de calmer, dans un premier temps, leur déception, leur colère, leur fureur contre ce Sarkozy pour lequel ils avaient voté en 2007, Borloo va se lancer dans la bataille. Bien sûr, pour le premier tour seulement. Un premier tour de passe-passe, un unique tour de piste. Avec pour mission de ramasser tous les centristes et quelques écologistes « de droite ». Et puis, au soir de ce premier tour, il offrira, respectueusement et sur un plateau, à Sarkozy les quelques suffrages qu’il aura réussi à glaner. Et le tour (le second) sera joué.
Les experts qui ont toujours pris les électeurs pour des imbéciles en s’imaginant que « plus c’est gros mieux çà marche » n’avaient jamais été si loin jusqu’à présent.

Ce serait la première fois qu’un membre du gouvernement en exercice se présenterait contre le président sortant dont il est le ministre. Enorme ficelle !
On imagine mal ce que Borloo, tout avocat d’affaires qu’il soit, pourrait bien inventer, au cours de sa campagne, pour expliquer sa candidature. « J’ai été pendant cinq ans le ministre d’Etat de Sarkozy mais comme son bilan est désastreux, votez pour moi à ce premier tour et au second vous pourrez voter pour lui ». Ca ne tient guère. Ou alors : « Ce quinquennat a été excellent, je suis fier d’avoir fait partie de cette équipe et donc je me présente contre Sarkozy pour tenter de récupérer les voix de ceux qui auraient des hésitations. Bien sûr, promis, juré, je les lui donnerai au second tour ». Pas très convaincant non plus.
Les régionales désastreuses et les sondages, pires encore, ont démontré que Sarkozy avait perdu –notamment- les voix centristes, les voix gaullistes et celles du Front Nationale qu’il avait réussi à récupérer en 2007.

Les experts élyséens pensent que Borloo pourrait moissonner au centre pendant que Sarkozy se présenterait en candidat de droite, voire d’une droite un tantinet musclée, pour faire face à Martine Le Pen qui fera ses débuts en présidentielles.
Ils s’imaginent aussi que ses fonctions de ministre de l’Ecologie pourraient permettre à Borloo de mordiller sur l’électorat « vert » en évoquant le Grenelle de l’Environnement.

Ils n’ont toujours pas compris que, pour les électeurs obsédés par l’avenir de la planète, les postures écologiques prises par Sarkozy et son ministre n’ont été que de la poudre aux yeux à la limite de l’imposture. Comme l’a démontré le « L’écologie, çà commence à suffire » de Sarkozy, au Salon de l’Agriculture, et, plus encore, l’abandon en rase campagne de la Taxe carbone et le « désespoir » de Chantal Jouanno elle-même.

D’ailleurs, il a toujours été d’une naïveté affligeante de croire qu’il y avait des écologistes « de droite ». Corinne Lepage qui incarne ce mythe avait obtenu… 1,9% des voix au premier tour de la présidentielle de 2002. Les écologistes sont par nature « de gauche ». Et ceux, rares, qui auraient eu des scrupules à voter à gauche considèrent maintenant que Sarkozy a essayé de les rouler dans la farine (ce qui est un peu vrai, il faut le reconnaître) et ne le pardonneront jamais, ni à Sarkozy ni à Borloo.

Mais, à la réflexion, Borloo, c’est combien de division ? Il n’est devenu populaire que du jour où les Guignols de l’Info se sont mis à le présenter, tous les soirs, sur Canal+, avec une marionnette de pochard titubant et clochardisé. Cà ne fait pas un candidat présentable. Ni les chiraco-gaullistes ni les démocrates-chrétiens, ni les centristes ne voteront jamais pour lui, même s’il est, plus ou moins, président d’un parti radical mort et enterré depuis des lustres.

On commencera, d’ailleurs, à se bousculer dans ce « petit marigot du centre » qui va connaître sans doute son trop plein de crocodiles affamés. Bayrou, inévitable. Morin, « l’inconnu du bataillon », qui sait qu’un parti qui n’a pas de candidat aux présidentielles n’existe plus. Villepin qui va jouer la carte centre-droit. Et pourquoi pas un (ou plutôt une) socialiste qui partirait en solitaire n’ayant pas réussi à se faire désigner par les primaires de la gauche.
Ca fera beaucoup de monde pour se partager les 12 ou 15% de voix centristes. Mais il est vrai que ce sont elles qui font les présidents.

Mais quel est le farfelu qui a eu l’idée d’une candidature de Borloo pour sauver Sarkozy ?

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