Finalement, Sarkozy a été plus attentif qu’on ne l’a cru à la déroute de ses troupes lors des dernières élections régionales. Cela dit, il semble bien n’avoir strictement rien compris au message que lui ont adressé les électeurs. Et, en tous les cas, pour tenter de remonter la pente, il se trompe cruellement d’interlocuteurs.

C’est, évidemment, au centre et au centre-droit qu’il y a eu le plus de « désertions » et c’est ce qui risque bien d’être catastrophique pour lui en 2012. Chacun sait que c’est avec cet électorat-là que tout se joue. Comme le disait Georges Pompidou, « Les présidentielles se gagnent toujours au centre ».
Il est, bien sûr, facile de deviner ce que ces « centristes » (au sens très large du terme) reprochent aujourd’hui à Sarkozy.

Outre ses goûts et ses allures de nouveau riche ainsi que ses démêlés amoureux qu’ils supportent de plus en plus mal, cette masse d’électeurs l’accuse, évidemment, de n’avoir tenu aucune de ses promesses électorales, d’avoir ouvert, avec l’espoir de plaire aux « bobos parisiens », le gouvernement à des personnages peu reluisants de la vielle gauche (Kouchner, Besson, Frédéric Mitterrand, Jean-Marie Bockel, Fadela Amara), d’avoir instaurer une sorte de pouvoir monarchique qui ne tient compte que de l’avis d’une poignée de courtisans et, surtout, de pratiquer une « gouvernance » qui se limite à des effets d’annonce, à des jeux de jambe et à des coups de menton, dans tous les sens, avec un nombre inconsidéré de projets de réformes, jetés à la volée et à la cantonade, réformes généralement mal préparées, n’ayant aucune chance d’aboutir et étant souvent sans aucun intérêt.

Ces millions d’électeurs trouvent qu’au trois cinquièmes du mandat, le bilan du sarkozysme est désastreux. Les chiffres leur donnent raison. Le chômage augmente, la misère et les inégalités augmentent, les prélèvements obligatoires augmentent, les déficits et la dette augmentent, la délinquance augmente.
En lui lançant un avertissement sans guère de frais, les 14 et 21 mars dernier, ces électeurs (qui avaient souvent voté pour lui en 2007) exigeaient, en fait, un profond remaniement gouvernemental avec le départ immédiat des « inutilités de gauche » et, plus encore, l’annonce d’une nouvelle politique, ambitieuse mais cohérente et claire, se limitant à quelques grands thèmes essentiels : l’emploi, la formation, la fiscalité et la dette.

Sarkozy n’a pas remanié son gouvernement et a fait savoir qu’il poursuivrait, contre vents et marées (et contre la volonté de l’écrasante majorité du pays), sa politique de réformes tous azimuts.
Il semble n’avoir vu, dans les chiffres du scrutin des régionales, que les résultats du Front National. On lui a sans doute trop répété qu’il devait sa victoire de 2007 à son succès dans l’électorat traditionnel de Jean-Marie Le Pen.
Alors, au lieu de tenter de récupérer les innombrables voix centristes qui risquent fort d’être attirées par des Villepin, des Bayrou, des Juppé, voire des Morin ou même un Strauss Kahn, il ressort son déguisement de héraut, si ce n’est que héros, de la droite pure et dure, autant dire de l’extrême droite.

D’abord, pour tenter de charmer de nouveau les voix lepénistes, il a brutalement renié toutes les promesses qu’il avait faites jadis, à la légère, aux écologistes qu’il espérait encore, bien naïvement, récupérer. Renvois aux calendes grecques de la Taxe carbone et de la Taxe sur les poids lourds.
Mais, bien sûr, il lui fallait aller plus loin. Il a donc repris son gros bâton de CRS et est parti faire une « opération coup de poing » en Seine-Saint-Denis. Sans prononcer, cette fois, le mot « racaille » ni annoncer qu’il allait utiliser un « Karcher » pour nettoyer ces zones difficiles, il a prévenu qu’il allait lancer des « actions en profondeur » jusque « dans les halls des immeubles ». Rodomontades qui ont, bien sûr, comme nous le notions hier, dû faire rigoler les « caïds des cités » qui entendent le même Sarkozy dire exactement la même chose depuis huit ans, sans que cela ne les ait jamais empêchés de mener leurs trafics et de terroriser leurs cités.

Est-ce que ceux qui ont voté FN lors des régionales seront sensibles à ces nouvelles fanfaronnades ? Rien n’est moins sûr. Ils ont déjà « donné » et ont juré qu’on ne les y reprendrait plus.
Mais Sarkozy est prêt à tout, à croire que Marine Le Pen lui fait peur et qu’il redoute vraiment un « 21 avril 2002 à l’envers » en 2012.
Aujourd’hui, au Conseil des Ministres, il a donc ressorti la burqa. Promis juré, il y aura, dans quelques semaines, une loi l’interdisant totalement dans tout l’espace public. Le Conseil d’Etat, le Conseil Constitutionnel, la Cour européenne, la plupart des juristes et tous les défenseurs de la Liberté émettent des réserves. Il s’en fiche. Il a tous les pouvoirs, ou presque !

Certes, il ne peut rien contre le chômage, contre les déficits, contre l’insécurité, mais il peut faire passer une loi contre la burqa.
Bien sûr, cette loi qui ne va concerner que 2 à 3.000 femmes qui rasent les murs sous ce voile sinistre dans nos cités pourries, sera totalement inapplicable. Que feront, en effet, les policiers en face d’une femme portant la burqa ? Chacun sait que si jamais ils la verbalisaient ou allaient jusqu’à l’arrêter, le quartier serait à feu et à sang le soir même.
Avec sa propension à dire n’importe quoi, le président de la République est allé jusqu’à déclarer à ses ministres, sans doute au garde-à-vous, qu’en même temps qu’il fallait faire passer cette loi au plus tôt… « tout devait être fait pour que nul ne se sente stigmatisé du fait de sa foi et de ses pratiques religieuses » (sic !)

Cà ne va pas être facile pour les CRS, envoyés dans les cités « nettoyer les halls des immeubles » de pourchasser, en même temps, les femmes des salafistes et de bien faire comprendre aux dits salafistes qu’ils n’ont surtout pas à « se sentir stigmatisés du fait de leurs pratiques religieuses ».
Il y a bien peu de chance qu’en maniant le bâton dans les ghettos de l’immigration et qu’en stigmatisant ainsi les extrémistes islamistes, Sarkozy regagne les voix du FN. Mais il est certain qu’il va continuer à perdre les voix du centre qui a toujours été attaché à ce qu’on n’ose plus appeler « les valeurs de la République »

Mais ce qui est plus grave que tout c’est qu’en « lepénisant » ainsi sa politique pour gagner quelques poignées de voix, Sarkozy risque de pourrir les deux dernières années de son quinquennat, de donner une image détestable de la France et de réveiller chez certains ce qu’ils ont de pire en eux.
On ne joue pas, pour de simples calculs électoraux, avec la peur et la haine des autres.

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