François Hollande qui s’y connaît en échecs politiques puisque, pendant son règne rue de Solferino, le PS a perdu deux présidentielles et deux législatives, vient de comparer Sarkozy avec Giscard pour annoncer la fin de Sarkozy et aller jusqu’à émettre l’hypothèse (de plus en plus plausible) qu’il ne se représentera pas en 2012, ne serait-ce que pour éviter l’échec qu’avait subi Giscard en 1981.

La comparaison est intéressante, même à plus de trente ans de distance. Les deux hommes avaient été élus dans l’enthousiasme. Ils étaient jeunes, dynamiques et voulaient tout changer. Le premier succédait à un Pompidou malade et qu’on accusait de conservatisme. Le second à un Chirac fatigué qu’on comparait à un roi fainéant. L’un et l’autre nous avaient juré qu’avec eux on allait voir ce qu’on allait voir. Le premier voulait transformer la France en « un chantier de réformes », le second allait encore plus loin en promettant « la rupture », rien de moins, avec le passé.

Et puis, très vite, l’un et l’autre se sont enlisés dans les sables mouvants des réalités. Giscard a abaissé l’âge de la majorité de 21 à 18 ans, a voulu changer le rythme de la Marseillaise mais le premier choc pétrolier lui a soudain coupé les jarrets. Sarkozy a donné leur autonomie aux universités, modifié la carte judiciaire et celle de nos implantations militaires, supprimé la publicité sur la télévision publique après 20 heures mais, brusquement, la crise mondiale l’a tétanisé.

Cela dit, là n’est pas l’important. En fait, l’un et l’autre ont été rejetés très rapidement par les Français moins pour leurs échecs politiques, leurs belles promesses non tenues que pour des raisons… « personnelles ». Les Français, les découvrant à l’œuvre et sous leur vrai visage, n’ont plus pu les supporter.
Giscard et ses prétentions de faux aristocrate, son allure hautaine et méprisante, même s’il jouait de l’accordéon, recevait les éboueurs au petit déjeuner et allait dîner chez les Français moyens, leur est devenu odieux parce que ridicule.

Pour Sarkozy le désamour a été encore plus rapide. Dès le soir même de son élection. Avec la trop fameuse soirée du Fouquet’s. Ils ont immédiatement découvert que le petit jeune homme plein de promesses n’était qu’un parvenu avec des rêves de nouveau riche.

Là-dessus, l’un et l’autre ont accumulé les fautes politiques. Giscard a tout fait pour « tuer » son propre premier ministre, Chirac, et le mouvement gaulliste, avec ses hommes de main, Poniatowski, Lecanuet, Dominati, etc. Sarkozy a piétiné Fillon, persécuté Villepin, vomi sur son prédécesseur Chirac et remplacé les ministres de son gouvernement par le gang de son entourage élyséen, Guéant, Guaino et consorts.

L’un et l’autre, le grand échalas dédaigneux et le petit teigneux agité, se croyant tout permis et plus malins que tout le monde, ont instauré un pouvoir absolu. On dit que les Français aiment les rois. C’est faux. Ils les décapitent. Il fallait être de Gaulle pour pouvoir être un souverain.

On va nous dire que les Français n’aiment pas les réformes et encore moins les ruptures. C’est sûrement vrai. Les Français sont frileux, mécontents de leur sort mais ne veulent pas risquer de perdre les petits avantages qu’ils ont réussi à grappiller. Ils savent d’expérience qu’on ne rasera jamais gratis demain et que « les réformes » se résument généralement à « des efforts supplémentaires » qu’on va leur demander au nom de la célèbre « solidarité ». Quant à « la rupture », c’est pour eux une aventure utopique qui ne peut que déboucher brutalement sur un chaos qui leur ferait renoncer à un système de protection auquel ils sont viscéralement attachés et plus encore en période de crise.

Mais ce qu’ils ne supportent pas par dessus de tout c’est que ces réformes ou cette rupture leur soient imposées en vertu du seul « bon plaisir » du monarque.
Aujourd’hui, même si Sarkozy annonçait une baisse générale des impôts, un abaissement de l’âge de la retraite à 50 ans et l’embauche de 100.000 fonctionnaires de plus, sa côte de popularité continuerait à baisser.

A deux ans des prochaines élections présidentielles, ce n’est pas seulement sa politique (qui n’est, il faut bien le dire, qu’une suite d’échecs aussi bien dans la lutte contre le chômage, que dans celle contre l’insécurité ou celle contre les déficits publics)) que les Français rejettent. C’est lui-même. « Epidermiquement ». Comme pour Giscard. Et là, il n’y a rien à faire. Inutile que Sarkozy demande à ses conseillers en communication ou à ses experts en sondages et en marketing de changer son image. Elle lui colle à la peau.

Jamais une Rolex n’a coûté aussi cher à quelqu’un.

Mots-clefs : , , ,