Contrairement à ses prédécesseurs, Sarkozy n’a jamais fait rire personne. Chirac savait, avec talent, raconter des histoires, parfois un peu vulgaires. Mitterrand maniait tantôt l’humour, tantôt l’ironie, avec virtuosité, aux dépens de certains, mais au plus grand plaisir des autres. Mais Sarkozy, non. Ce n’est pas son truc.

Sauf que maintenant Sarkozy fait… rigoler. Du moins les loubards de nos banlieues pourries, ceux qu’il appelait « la racaille » et qu’Hortefeux a qualifiés, le mois dernier, de « crapules ».

Cela fait plus de huit ans que Sarkozy se présente en cow-boy, en Zorro, en ange exterminateur et nous jure ses grands dieux qu’il va rapidement mettre un terme à l’insécurité qui ravage nos quartiers difficiles et pourchasser, sans pitié et jusqu’au dernier, tous les délinquants et trafiquants qui font la loi dans toutes ces zones dites de « non-droit ».

Il en a fait son fonds de commerce, quasiment son gagne pain et, en tous les cas, son argument de prédilection en période électorale. C’était évidemment un peu son rôle quand il était ministre de l’Intérieur, « premier flic de France », cela l’est beaucoup moins maintenant qu’il est président de la République.
L’insécurité est un vrai problème, de plus en plus grave, et qui devient totalement insupportable dans d’innombrables communes, aussi bien autour de Paris qu’autour de bien des villes de province.

On dira que c’est la même chose dans la plupart des métropoles à travers la planète et que les causes de cette délinquance sont nombreuses. C’est vrai.
Le chômage, la précarité, la misère, le manque de formation des jeunes et donc leur manque d’avenir, la dilution des familles, la ghettoïsation des immigrés dans des cités délabrées, la violence la plus extrême banalisée à la télévision, le précipice qui s’élargit entre riches et pauvres et l’exposition ostentatoire de fortunes indécentes, les affaires de corruption et, bien sûr, le trafic de la drogue qui s’est généralisé dans des proportions considérables et qui permet aux uns d’oublier leur malheur et aux autres de gagner des sommes énormes sont évidemment à l’origine de cette folle progression de la délinquance.

Et tout le monde est responsable, l’école incapable d’assimiler les jeunes immigrés et de faire comprendre à tous qu’elle est leur seule chance de sortir de cet enfer, les urbanistes qui s’imaginent qu’il suffit de faire sauter les tours construites par leurs prédécesseurs pour que tout rentre dans l’ordre et que les cités deviennent joyeuses, la police qui n’ose plus entrer dans ces zones parce qu’elle a ordre de ne pas faire de provocation, la justice qui relâche immédiatement ces voyous délinquants sous prétexte qu’ils sont, eux-mêmes, victimes de la société, les élus locaux qui sont prêts à pactiser avec des « grands frères » et des caïds pour obtenir un minimum de tranquillité et faire baisser le nombre de voitures brûlées chaque week-end, et, plus que tout, l’Etat en personne qui a dépensé des milliards pour encadrer ces jeunes, leur donner de nouvelles formations ou pour « réhabiliter » (le grand mot à la mode depuis trente ans) ces quartiers, avec des plans, des projets, des programmes, des politiques de la ville.

Sarkozy, on l’a oublié, avait parlé d’un « Plan Marshall » pour les banlieues en nommant Fadela Amara secrétaire d’Etat « chargée de la Politique de la Ville » et Martin Hirsch haut commissaire « aux Solidarités Actives contre la pauvreté ». Hirsch, écoeuré, a démissionné et Fadela Amara a totalement disparu, avec le « Plan Marshall »
Faute de trouver les bonnes carottes, Sarkozy reprend donc le bâton.

Un mois jour pour jour après la déroute des régionales, il est remonté sur son cheval de cow-boy et est allé caracoler en Seine-Saint-Denis.
Même ton de matamore, mêmes coups de menton, mêmes menaces, mêmes promesses, mêmes fanfaronnades qu’aux meilleurs moments de sa campagne présidentielle de 2007. On lui avait pourtant dit que sa fameuse phrase d’Argenteuil « Nous allons vous débarrasser de la racaille » n’avait pas produit le meilleur effet. Mais, maintenant, il n’a plus rien à perdre. Juste à essayer de regagner la droite de son électorat qui est retournée vers le Front National lors de ces régionales.

Alors tout est bon. Il jure de mener « une lutte sans merci », « une action en profondeur contre les trafics et les trafiquants », il affirme que « la République ne reculera pas d’un centimètre », mieux qu’« aucune commune, aucun quartier, aucun hall d’immeuble n’échappera à l’autorité de la loi » et qu’il donnera à la police « les moyens d’agir ».

Le président de la République dresse donc un abominable bilan de l’action de son ami Brice Hortefeux (qui n’en menait pas large à coté de lui), de Michèle Alliot-Marie mais surtout de celui qui fut le plus longtemps ministre de l’Intérieur (de 2002 à 2004 puis de 2005 à 2007), un certain… Nicolas Sarkozy qui n’a pas su mener une action en profondeur contre les trafiquants, qui a laissé échapper à l’autorité de la loi des communes entières et qui a été incapable de donner à la police les moyens d’agir.

Sarkozy n’a donc toujours pas compris qu’il fallait qu’il arrête de dire n’importe quoi et de jouer les gros bras. Certes, il ne promet plus aux Français de « gagner plus en travaillant plus », il ne s’engage plus à « donner du travail aux chômeurs », il n’annonce plus qu’il va « supprimer les déficits et combler la dette », il ne jure plus qu’il ne va jamais augmenter les impôts, mais pourquoi diable ose-t-il encore nous dire que « plus un hall d’immeuble n’échappera à la loi » ? Juste pour faire rigoler les dealers, les braqueurs de vieilles dames, les incendiaires de voitures, les « caillasseurs » d’autobus ?

Aujourd’hui, il nous a annoncé, sur le ton qu’on lui connaît, que pour lutter contre l’absentéisme massif dans les collèges de ces zones difficiles, les allocations familiales seront désormais suspendues pour les familles dont les enfants ne vont pas en classe. Il a même annoncé qu’un projet de loi dans ce sens serait très rapidement déposé à l’Assemblée.

Il ignore donc que cette mesure est déjà prévue par les textes et qu’elle a été plus ou moins appliquée par le Conseil général des Alpes-Maritimes quand son président n’était autre que Christian Estrosi, l’un de ses meilleurs amis et son actuel ministre de l’Industrie. Il ignore aussi que jamais les enseignants pour lesquels « une telle mesure ne ferait qu’ajouter de la misère à la misère » ne « dénonceront » les élèves pratiquant cet absentéisme régulier.

On nous dit que, pour sortir de son trou, du fin fond de l’abîme des sondages, il faut bien que le président fasse quelque chose. C’est justement ce que les Français lui demandent. Qu’il fasse enfin quelque chose. Mais autre chose que de rabâcher ses rodomontades éculées. L’insécurité est un sujet sérieux.

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