Il paraît que Nicolas Sarkozy ne sait toujours pas s’il se représentera ou non en 2012. Il prendra sa décision en 2011. On comprend d’ailleurs, au vu des sondages et de l’ambiance générale, qu’il hésite un peu. Et puis cela lui permet d’observer le petit manège des ambitions. Son silence a incité les Juppé, Borloo et autres Morin, sans parler de Villepin, à montrer le bout de leur nez. Il va suffire maintenant de les marginaliser ou de les racheter avec un plat de lentilles pour dégager l’espace à droite.

Selon un récent sondage de BVA, 65% des Français souhaitent qu’il ne se représente pas. Quand on sait que 70% de ces mêmes Français ne lui font plus confiance, on peut en conclure qu’il y a aujourd’hui 5% de nos compatriotes qui désirent qu’il soit de nouveau candidat simplement pour pouvoir lui crier leur colère dans l’isoloir. Cela dit, 82% de ces mêmes « sondés » sont convaincus qu’il se représentera.
Et il faut bien dire qu’il y a certains détails qui ne trompent pas.

Le coup de barre à droite qu’il vient de donner en remettant la lutte contre l’insécurité au premier rang de ses priorités et le projet de loi contre la burqa sont, évidemment, des débuts de pré-campagne mais il y a, sans doute, plus révélateur encore.
Sarkozy a toujours été convaincu que la presse jouait un rôle essentiel dans les élections et persuadé que cette même presse le détestait. Il a doublement tort.

L’histoire de la Vème République prouve que la presse n’a jamais joué le moindre rôle dans les présidentielles. Giscard a été élu, en 74, alors que la presse soutenait plutôt Chaban ; Mitterrand a été élu, en 81, alors qu’elle soutenait nettement Giscard, et réélu en 88 alors qu’elle était devenue chiraquienne ; Chirac a été élu en 2005 alors qu’elle était entièrement derrière Balladur, et réélu en 2002 alors qu’elle pariait sur Jospin. Non seulement la presse n’a pas l’influence qu’on lui prête mais, en plus, elle parie généralement sur le mauvais cheval. Elle est sûrement trop « parisienne ».
Quant à dire qu’aujourd’hui la presse lui est carrément hostile, cela fait encore partie des balivernes qu’il affectionne tant pour se présenter en pauvre victime.

Jamais, sans doute, la presse n’a été aussi docile, respectueuse et complaisante. Le Figaro de Serge Dassault et d’Etienne Mougeotte, l’Express de Christophe Barbier (un ami intime du couple présidentiel), Europe n°1 de Jean-Pierre Elkabbach, TF1 de Francis Bouygues, Direct 8 de Bolloré et les journaux de Lagardère, par exemple, ne peuvent tout de même pas être présentés comme des « machines de guerre » tirant en permanence sur le régime à boulets rouges. Même s’ils se croient parfois obligés de publier les chiffres du chômage, de la dette ou de la délinquance. Ce sont les journaux étrangers (et Internet) qui, depuis trois ans, ironisent, sans pitié, sur la curieuse conception que Sarkozy se fait de sa fonction et sur les piètres résultats de sa politique.

Il n’empêche que Sarkozy veut aujourd’hui, à deux ans des présidentielles, reprendre en main cette presse qu’il déteste. Il vient de nommer (de faire nommer) un nouveau patron de l’Agence France Presse et il s’apprête à nommer (à faire nommer) un nouveau patron de France Télévision. Deux postes clés pour l’information puisque l’AFP est la source essentielle de la presse écrite et qu’avec sa ribambelle de chaînes France Télévision envahit tous les écrans.
Sarkozy aurait déjà décidé de se représenter en 2012 qu’il n’aurait pas fait autre chose.

L’AFP est un « monument historique » et fut longtemps la fierté nationale de tous les journalistes français. Mais l’Agence, souvent mal dirigée, a raté tous les virages successifs qu’il aurait fallu amorcer pour suivre les révolutions de l’information (le triomphe de l’audiovisuel, le passage au numérique, etc.) et n’a toujours pas voulu s’attaquer à son problème fondamental : un statut hybride qui fait que ce sont ses propres clients (les journaux) qui constituent la majorité de son conseil d’administration.

Il est évident que le nouveau patron de la Place de la Bourse devrait s’attaquer en priorité à ces deux sujets. Il n’est pas sûr que le président de la République ait choisi Emmanuel Hoog pour cela.
France Télévision est une autre gigantesque boutique, un capharnaüm où le pire côtoie souvent le meilleur et l’emporte généralement. La soudaine lubie de

Sarkozy de supprimer la publicité sur les chaînes publiques à partir de 20 heures (et bientôt toute la journée) a déséquilibré le fragile édifice qui a besoin d’une totale réorganisation. Il n’est pas sûr non plus que le choix annoncé de Alexandre Bompart ait été dicté pour cette seule raison.
Personne ne conteste les compétences de ces deux hommes, Hoog et Bompart. Ce qui semble beaucoup plus contestable, c’est la manière dont ils ont été désignés. Une fois encore, le « bon plaisir » du souverain. Personne n’a été consulté, ni le pauvre Frédéric Mitterrand qui est tout de même ministre de l’Information (même si tout le monde l’a déjà oublié) ni même les conseillers élyséens chargés de ces problèmes. L’affaire a été bouclée, un dimanche soir, entre Sarkozy et Alain Minc.

Ceux qui ont de la mémoire se souviennent encore des innombrables promesses de Sarkozy nous jurant, sur tous les tons, qu’il n’y aurait désormais plus aucune nomination arbitraire, tombant de l’Elysée, au nom du copinage et des affinités politiques et que, désormais, chaque nomination serait étudiée par des commissions « ad hoc » indiscutables. Encore des promesses à ranger dans le magasin poussiéreux des balivernes oubliées.

Certes, le prédécesseur de Bompart, Patrick de Carolis, avait été nommé président de France Télévision parce qu’il avait co-écrit un livre avec Mme Chirac. Mais, justement, où est … la rupture ?

Cela dit, que Sarkozy prenne, lui-même, un tel soin de la presse et de l’audiovisuel pourrait tout de même laisser entendre qu’il pense à –éventuellement- à se représenter…

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