Le pouvoir s’affole et ne sait plus où donner de la tête pour faire face à ce qui ressemble de plus en plus à un naufrage programmé. Il est vrai qu’après la tempête des régionales, il y a eu un nouveau « coup de chien » avec des sondages encore plus mauvais que les précédents. La dégringolade continue. 70% des Français ne font désormais plus confiance à Nicolas Sarkozy. C’est ce qu’on appelle « la cote d’alerte ». Elle est franchie. Et ce n’est pas dans un tel climat qu’on peut poursuivre sereinement une croisière promise vers des sites enchanteurs mais inconnus.

Sur la passerelle, pour tenter de galvaniser ses matelots (et les passagers) le commandant répète qu’il « maintient le cap », contre vents et marées. Et, pour faire taire les grognements dans la troupe, il ajoute qu’il ne tolérera pas le moindre début de mutinerie. « Moi, je ne cèderai rien, dit-il, et, vous, soyez tenaces ».

Oui, mais… il a déjà balancé par-dessus bord la Taxe carbone qui pesait un peu trop lourd, à tribord. Il a donc « cédé » sur un premier point.
Aux cris de « Sauve qui peut », certains membres de l’équipage sont montés à bord des bateaux de sauvetage. Ils demandent maintenant qu’on se déleste aussi du bouclier fiscal qui, lui, fait gîter le rafiot, à bâbord.

Treize députés UMP, ayant sans doute lu que 67% des Français souhaitaient la suspension de ce fameux bouclier, ont osé déposer une proposition de loi dans ce sens. Juppé, Fourcade, Longuet et… Villepin les soutiennent implicitement en réclamant la même chose. Et Copé, lui, se tâte. Il trouve qu’on pourrait réfléchir à la question.

Ce n’est pas encore une mutinerie mais çà commence à être de l’indiscipline caractérisée et, avec encore un ou deux sondages à la baisse, çà pourrait tourner à la jacquerie. Il faut dire que, pour ces moussaillons, 2012 c’est moins les présidentielles que les législatives.
Dans la soute, les officiers mécaniciens essayent, eux, de colmater à la va-vite quelques brèches.

Oubliant le dogme de la réduction du nombre des fonctionnaires, Hortefeux embauche 1.500 policiers (dans le pays de l’Union européenne qui compte déjà le plus grand nombre de policiers et de gendarmes par tête d’habitant).
Oubliant les bonnes décisions de restrictions budgétaires, Chatel augmente le salaire des jeunes professeurs.
D’autres saupoudrent à la volée, par-ci, par-là, les mécontents, à coups d’allocations, de subventions et d’aides diverses, Et tant pis pour les déficits. On n’est plus à çà près.

On dit aussi que Sarkozy a demandé à Roselyne Bachelot de « lever le pied » à propos de la réforme du système de santé et à Michèle Alliot-Marie de « ne plus en rajouter » à propos de la réforme du système judiciaire. Et pour ce qui est de la réforme régionale, on va freiner des quatre fers.
Quant à Woerth, il aurait été prié de se montrer « très compréhensif » en face des syndicats, dès l’ouverture des négociations sur la réforme des retraites.
Autant dire qu’on « maintient le cap », bien sûr, mais qu’évidemment on fait « machine arrière », voire même qu’on stoppe les machines. Pas facile de naviguer ainsi, surtout en pleine tempête !

Reste l’interdiction de la burqa. Là au moins, on pourra satisfaire les démagogues de tout poil et de tous bords désireux de donner un coup de menton, quitte à provoquer la colère (sans grands risques) des constitutionnalistes et celle (plus dangereuse) des cités « difficiles ». Les Belges ne viennent-ils pas –« une fois, sais-tu »- de nous donner l’exemple ?

Mais l’interdiction de la burqa comme grande réforme de ce quinquennat qui devait être « de rupture » çà ne fait tout de même pas beaucoup.
Certains avaient demandé à Sarkozy d’en revenir aux « fondamentaux » définis lors de l’appareillage en 2007. Il préfère visiblement tenter de récupérer quelques bataillons d’électeurs qui ont pris le large. Les milieux modestes avec l’abandon de la Taxe carbone, la droite dure en embauchant des policiers, bientôt le monde judiciaire, le monde médical et les élus de province en se montrant soudain attentif à leur furie respective en face des projets qu’il voulait leur imposer. Et l’interdiction de la burqa fera plaisir à tout le monde, ou presque.

Cela dit, peut-on reprocher au président d’avoir entendu les électeurs du 21 mars ? Non. Mais il a tort d’affirmer, du ton péremptoire qu’on lui connaît, qu’il va continuer à foncer droit devant, comme avant, comme si de rien n’avait été. Il ferait beaucoup mieux de reconnaître, humblement, que vu la crise, vu les circonstances, il a, peut-être, voulu aller trop vite et qu’il va désormais mieux tenir compte des inquiétudes des Français.

Hélas, on imagine mal Sarkozy faisant ainsi acte de contrition. Monsieur a sa petite vanité.
En fait, il est toujours persuadé qu’il a raison contre la France entière et qu’à terme les Français finiront bien par trouver que son déluge de réformes est bénéfique pour le pays. Ce qu’il ne semble pas voir c’est qu’il est à deux ans de la fin de son mandat et qu’en vingt-quatre petits mois aucune de ses réformes, bonne ou mauvaise, ne pourra avoir apporté de résultas tangibles.

Un quinquennat passe terriblement vite. Si on perd les premiers mois, ce qu’il a fait avec sa période « bling-bling », on ne peut plus effectuer le moindre rétablissement puisqu’à mi-mandat on se retrouve déjà en période préélectorale.
Mais d’ailleurs, est-ce que les électeurs du 21 mars ou les « sondés » hebdomadaires ont vraiment voulu protester contre la Taxe carbone, le bouclier fiscal, la réduction du nombre des fonctionnaires ou toutes les réformes plus ou moins engagées ?
N’ont-ils pas plutôt voulu, purement et simplement, récuser Sarkozy lui-même, le personnage en tant que tel, auquel, à l’usage, ils n’accordent aucune des aptitudes qu’ils considèrent indispensables à un chef d’Etat ?

Si c’était le cas, il n’y aurait plus grand-chose à faire. Et le capitaine serait débarqué à la prochaine escale, dans deux ans.

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