Un certain nombre de personnalités européennes et juives viennent de publier un texte important. Parmi les Français, on relève les noms de Pierre Nora, Alain Finkielkraut, Georges Kiejman, Bernard-Henry Lévy. Les éternels signataires de pétition ? Peut-être. Mais, pour une fois, le texte sort de la banalité. Son titre suffit à tout faire comprendre : « Appel à la raison ». La phrase importante est explicite : « L’avenir d’Israël passe nécessairement par l’établissement d’une paix avec le peuple palestinien selon le principe : deux peuples, deux Etats »

Ces Juifs ne peuvent pas être accusés d’antisémitisme ni même d’antisionisme. Ils rappellent très clairement que « le lien à l’Etat d’Israël fait partie de (leur) identité ». Et c’est parce que « l’avenir et la sécurité de cet Etat auquel (ils sont) indéfectiblement attachés (les) préoccupent » qu’ils ont décidé de lancer cet appel.

Les négociations au Proche-Orient sont dans l’impasse la plus totale depuis des mois. Les affrontements violents s’étant calmés pour un temps, aussi bien à Gaza qu’à Jérusalem ou qu’en CisJordanie, le monde a oublié ce baril de poudre-là.
Du coup, le gouvernement de Benyamin Netanyahou en profite pour intensifier la colonisation à Jérusalem et dans les territoires occupés, en violant ouvertement toutes les promesses et tous les accords plus ou moins signés. Coté palestinien, c’est, évidemment, la capitulation de ceux qui prônaient les discussions et, de déceptions en désespoirs, le triomphe des extrémistes.

Il ne faut jamais oublier que ce sont des années d’échecs dans les négociations qui ont amené (à l’issue d’élections parfaitement démocratiques) les fanatiques du Hamas au pouvoir à Gaza. Netanyahou pense grignoter du terrain en perdant du temps. Mais ce sont les extrémistes palestiniens qui gagnent du terrain, plus le temps passe.

Cela fait maintenant un demi-siècle que tous les observateurs savent que la région ne connaîtra pas la paix tant qu’on n’aura pas trouvé une terre, une nation, un Etat pour les Palestiniens. Le sionisme s’était créé sur une idée fausse : « donner une terre sans peuple à un peuple sans terre ». Hélas, il y avait déjà un peuple sur cette terre : les Palestiniens. Tant que ces millions de réfugiés seront exilés dans des camps ou aux quatre coins du monde arabe –et on en est maintenant à la troisième, voire la quatrième génération- Israël ne pourra pas vivre « dans des frontières sûres et reconnues ».

Depuis le voyage historique de Sadate à Jérusalem en novembre 1977, il y a plus de trente ans, il est clair que le monde arabe accepte (ou finira par accepter) l’existence d’Israël. Il faut simplement trouver une solution pour les Palestiniens.
D’innombrables discussions ont eu lieu et des pas importants ont été déjà franchis. Les Palestiniens n’exigent plus –depuis longtemps- la destruction de l’Etat d’Israël. Les Israéliens ont accepté, même à contrecœur, la création d’une « autorité palestinienne ». Ne reste plus à faire qu’un pas supplémentaire, considérable, il est vrai : la création, en bonne et due forme, d’un Etat palestinien, avec son gouvernement et son territoire, ce qui supposerait, bien sûr, d’avoir réglé deux problèmes « insurmontables » : le statut de Jérusalem et le retour des réfugiés ou, du moins, d’une partie d’entre eux.

Certains Israéliens, et notamment ceux qui sont actuellement au pouvoir, ne veulent à aucun prix de cet « Etat » palestinien, même s’ils affirment parfois le contraire en face de la communauté internationale et surtout en face des Américains. Ils sont convaincus que cet Etat « terroriste » serait une menace permanente pour la survie d’Israël.

D’autres pensent, au contraire, que cet Etat palestinien avec lequel d’innombrables liens économiques seraient immédiatement tissés (ils existent déjà entre Israël et les territoires occupés) serait la meilleure garantie pour la survie d’Israël entouré de pays arabes. Ils ont, évidemment, raison.
Pendant longtemps, tout était simple. L’URSS soutenait à bout de bras les pays arabes et les Etats-Unis en faisaient autant avec l’Etat juif. Le Proche-Orient était l’un des points les plus chauds de la guerre froide. Mais tout a changé. L’URSS a disparu, l’Egypte est passée du coté de l’Occident, l’Irak n’existe plus.

La Syrie voudrait bien revenir au sein des pays fréquentables. Israël n’est plus « le porte-avions de l’Occident » au cœur d’un monde colonisé par l’URSS.
Le gouvernement israélien devrait comprendre que c’est le moment de faire vraiment la paix en accordant aux Palestiniens -avant que tous ne basculent dans l’extrémisme du Hamas- un petit bout de pays.

Et d’autant plus qu’à Washington aussi les choses ont changé. Obama n’a visiblement pas pour Israël la sympathie qu’avaient ses prédécesseurs. Il sait que l’affaire palestinienne fait partie du « fonds de commerce » des islamistes, d’al Qaïda, des Talibans et des Iraniens et que, malgré tous ses discours au Caire ou ailleurs, les Etats-Unis ne pourront jamais trouver la place qu’il souhaite dans le monde arabo-islamique tant qu’ils apparaîtront comme le soutien inconditionnel des Israéliens contre les Palestiniens.

« L’appel à la raison » de nos intellectuels a-t-il une chance d’être entendu par le gouvernement israélien ? Aucune.
Les gouvernements israéliens n’ont jamais attaché la moindre attention à l’Europe. Pour eux, seuls les Etats-Unis comptent et Benyamin Netanyahou est aujourd’hui encore convaincu que le lobby sioniste américain incarné par la superpuissante Aipac (la fédération des organisations juives américaines) est assez puissant (notamment au Sénat américain) pour contraindre Obama à changer d’attitude.

Mais cet appel pourra, peut-être, encourager les Israéliens favorables à la création d’un Etat palestiniens et -qui sait ?- leur permettre de gagner les prochaines élections en reprenant leurs fameux slogans « La paix maintenant » ou « La paix contre les territoires ».

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