Le procureur de la Cour de Justice de la République a requis quatre ans de prison (dont deux fermes) contre Charles Pasqua. Il accuse le vieux sénateur des Hauts-de-Seine de corruption dans trois affaires qu’il a eu à traiter alors qu’il était ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur du gouvernement Balladur, entre 1993 et 1995.

Une histoire de casino et deux histoires de ventes d’armes et de matériel. Pots de vin qui auraient permis à Pasqua de financer la campagne pour les élections européennes de 1999 qu’il menait avec Philippe de Villiers (liste « Rassemblement pour la France et l’indépendance de l’Europe »). On l’a oublié mais le curieux tandem Pasqua-Villiers avait obtenu 13,05% des voix, nettement devant la liste RPR menée par Sarkozy en personne et qui n’avait recueilli que 12,82% des suffrages.

Pour sa défense, Pasqua affirme qu’il n’était au courant de rien, que ce sont certains de ses collaborateurs qui se sont occupés de ces dossiers, qu’ils se sont, sans doute, servis de son nom et qu’ils l’ont, sûrement, trahi.

C’est un peu léger comme défense. Les casinos et les ventes d’armes sont, évidemment, des dossiers sensibles et Pasqua n’a jamais eu la réputation d’abandonner à d’autres les affaires délicates.

Le casino d’Annemasse ne porte, d’ailleurs, pas chance à ceux qui s’en sont occupés. Bien avant que Pasqua n’entre place Beauvau, la maffia italienne avait déjà voulu ouvrir un casino à Annemasse. Le grand homme de la région, Joseph Fontanet, démocrate-chrétien parfaitement intègre, s’y était farouchement opposé. Dans la nuit du 1er au 2 février 1980, Fontanet –dont la maison avait déjà été incendiée et dont la voiture avait déjà été sabotée- était assassiné dans la rue, en pleine XVIème arrondissement. Après une longue enquête, la police a conclu qu’il s’agissait d’un crime gratuit commis par des petits voyous qui, du fond de leur prison, avaient fini par s’accuser eux-mêmes du crime (sans convaincre personne).

Pasqua a finalement autorisé l’ouverture de ce casino maudit et si on ne retrouve aucun membre de la maffia italienne parmi les bénéficiaires de cette autorisation, on voit apparaître des personnages (souvent corses) tout aussi douteux de « l’empire du jeu africain », un continent que Pasqua avait l’habitude de parcourir.

Quant aux affaires de ventes d’armes, tout le monde sait –à commencer par Edouard Balladur qui semble l’apprendre aujourd’hui à ses dépens- qu’elles se traitent avec des individus louches, des commissions et des rétro-commissions en billets de grosses coupures.

Personne ne croit en l’innocence de Pasqua. Il est trop sulfureux et il a trop aimé se présenter ainsi pendant des décennies. Son accent corse qu’il force dès qu’il est devant un micro, son élégance un peu méditerranéenne, son passé de vendeur de pastis, ses activités à la tête du SAC, ses magouilles pour donner à Chirac la présidence du mouvement gaulliste, son goût pour les services plus ou moins secrets, voire parallèles (qui ont permis la libération de nos otages du Liban) ne font pas de lui un personnage au dessus de tout soupçon.

Et il est évident que, pas plus que la plupart des autres candidats à toutes nos élections présidentielles, il ne pourra jamais expliquer en détail l’origine des fonds qui lui ont permis de mener sa campagne.

Il est curieux de remarquer que la plupart des témoins qui l’avaient accablé lors de l’enquête menée (visiblement à charge) par le juge Courroye se sont rétractés au cours des audiences. Eux aussi ont maintenant des trous de mémoire. Pasqua avait, voici quelques mois, menacé de « tout dire ». Jusqu’à présent, il n’a rien dit. Mais la menace a sans doute fait réfléchir certains de ses accusateurs qui affirment désormais que Courroye leur a fait subir des pressions et a même déformé leurs témoignages.

L’ennui avec cette Cour de justice de la République c’est que toutes les affaires qu’elle traite deviennent ipso facto des procès politiques. Charles Pasqua va être jugé par douze parlementaires et lui qui s’est fait beaucoup d’ennemis tout au cours de sa longue carrière de militant de choc ne compte aucun « ami » parmi ceux qui vont le juger.

On peut donc se demander si ce « jury », tout de même bien particulier, s’en tiendra aux faits, s’il jugera « en son âme et conscience » des affaires bien précises ou s’il règlera de vieux comptes avec un personnage qui les a souvent, jadis, fait trembler.

Si le verdict est clément, on dira que « la solidarité entre politicards » a joué à plein et qu’« ils se tiennent tous par la barbichette », si la condamnation est lourde on dira qu’on fait payer au « vieux lion » un demi siècle d’incartades.

De quoi Pasqua est-il coupable ? D’avoir détourné des fonds publics ou d’avoir souvent joué « les gros bras » dans un monde feutré ?

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