Tous les observateurs nous avaient annoncé un vaste remaniement ministériel après la déroute des régionales et tous ont donc été étonnés de voir que seul le pauvre Darcos avait fait les frais de la déculottée.

Il semble que les observateurs en question n’aient toujours pas compris que, sous le règne de Sarkozy, le gouvernement n’a strictement aucune importance. Les ministres de la République sont des figurants, des inutilités, des pots de fleurs.
Ce qui compte, ce qui a le pouvoir, c’est la Cour du souverain, le cabinet élyséen, les amis, les confidents, les courtisans que le président s’est lui-même choisis. On ne comprend d’ailleurs pas toujours les raisons de ces choix. Leurs belles gueules, leur fidélité, leur servilité, leur flagornerie ? On sait qu’untel avait sauté parce qu’il ne plaisait pas à la deuxième épouse mais qu’il est revenu en grâce parce qu’il a su séduire la troisième, qu’unetelle, portée jadis aux nues, a disparu corps et biens parce qu’elle avait fait une gaffe et était apparue soudain trop sectaire, qu’un autre qui faisait figure de « grand chouchou » s’est retrouvé exilé dans un consulat américain parce qu’il était trop nul et surtout qu’il gênait à Neuilly…

On disait que Mitterrand était « un florentin », cette fois c’est la cour des Borgia ! On imagine l’ambiance, les regards inquiets, les sourires hypocrites, les angoisses des uns, les saloperies que balancent les autres, les fioles d’arsenic, les dagues prêtes à sortir. Joie, le président m’a souri ! Désespoir, le président de m’a pas dit bonjour…

Il est parfaitement normal qu’un chef d’Etat, inévitablement coupé du monde, soit entouré de conseillers, de collaborateurs qui l’informent des rumeurs de la ville, de l’ambiance du pays ou qui, éventuellement, lui suggèrent des idées.
Mais il est aberrant que ce petit sérail de l’Elysée, avec ses mamamouchis, ses spadassins, ses eunuques et ses favorites du moment, soit le cœur du pays et que les pantins qui s’y désarticulent détiennent, à eux seuls, les rênes du pays. Car tous ces « petits messieurs » donnent des ordres à tous nos ministres, à commencer par le premier d’entre eux, font et défont les carrières de nos plus hauts fonctionnaires, décident de l’avenir de nos plus grandes entreprises.

C’est aberrant mais… c’est ainsi depuis maintenant trois ans.
Or, voici qu’on nous affirme qu’il y a, au château, du « chambardement dans l’air ». Le remaniement (qui s’impose) ne sera pas ministériel, il aura lieu dans la « courette » royale.
A cause des régionales, des sondages en chute libre, des résultats de la politique menée depuis trois ans ? Non, pas du tout. A cause de l’humeur changeante du monarque volage. Il y en a qui l’énervent, qu’il a assez vus, qui n’ont plus l’heur de plaire. Carla ose maintenant dire aussi son mot. Elle veut quelques têtes. Jean, le fiston, a sûrement, lui aussi, la rancune tenace. Qui sait si Pal, le papa « artiste », ne met pas son grain de sel.

Il y en a plusieurs qui claquent des dents sur leur strapontin doré mais éjectable. Ils sentent qu’ils pourraient bien, du jour au lendemain, perdre leur beau bureau, leur voiture avec chauffeur et surtout leur « importance » et se retrouver dans une sous-préfecture cantalienne. C’est toujours le sort des courtisans quand ils en font trop ou pas assez.

Charon, par exemple. Il faisait partie du tout premier cercle. On disait qu’il amusait le président en lui racontant les derniers potins du petit monde du show-business. Lui qui avait été chassé comme un domestique par Cécilia se vantait d’être désormais le cornac de Carla. Eh bien il en a fait trop. Se croyant plus malin que tout le monde, sachant que Rachida Dati n’était plus dans les petits papiers du prince et voulant être le grand maître de toutes les rumeurs parisiennes, il a gaffé en affirmant que l’ancienne garde des Seaux était à l’origine des rumeurs sur les difficultés du couple présidentielle. Du coup, il a relancé les dites rumeurs, en les officialisant puisque tout ce qui vient de la garde rapprochée est paroles d’Evangile. Exit Charon du premier cercle avec, en plus, l’infamie suprême de ne plus avoir le droit d’assister à la « messe » du 8 heures 30. Mais il y a plus grave.

Guaino a disparu. On ne sait pas encore si c’est sa fierté qui l’a poussé à se réfugier sur son Aventin pour y bouder tout à son aise ou si c’est le monarque qui ne supportait plus son haleine quand il lui soufflait ses discours à l’oreille. C’est un peu dommage. Ce gaullo-tout ce qu’on veut a évidemment de fréquentes crises de délires épiques mais, chose rare dans l’entourage du président, il possède une réelle culture politique et même littéraire qui lui permettait de donner à certains discours officiels de Sarkozy un semblant d’allure et d’envolée lyrique.

Catherine Pégard, l’ancienne journaliste, serait sur le point de recevoir ses huit jours. Elle a déjà du changer de bureau à plusieurs reprises, chaque fois pour s’éloigner davantage de la salle du trône. Cà ne trompe pas. Certains affirment qu’elle va payer son amitié jadis trop affichée avec Cécilia. D’autres font remarquer qu’elle était chargée des affaires politiques. Là, on comprendrait mieux.

Mais c’est, bien sûr, le sort de Claude Guéant qui fait le plus jaser. Depuis l’entrée de Sarkozy à l’Elysée, Guéant est à la fois l’homme orchestre qui joue lui-même de tous les instruments et celui qui fait marcher (à la baguette) la musique. Tous les dossiers passent par son bureau et tout s’y décide. C’est lui qui tient, d’une main de fer, la boutique alors que Sarkozy file tantôt le parfait amour, tantôt aux quatre coins de la planète.

On l’appelle, au choix, « le vice-président », « Richelieu », « Raspoutine » ou « le petit chose ». Et, avec une morgue stupéfiante, il a fini par s’y croire. La grenouille s’est prise pour le bœuf. Au début le bœuf en souriait un peu. Maintenant –depuis, dit-on qu’il est tombé sur un numéro de Paris-Match et sur une couverture du Monde magazine, cf. le blog du 4 avril) çà l’horripile.

Sarkozy sait bien que s’il virait Guéant il ferait un énorme plaisir à tous les ministres et sous ministres du gouvernement et aux 317 membres du groupe UMP de l’Assemblée nationale. Mais c’est justement çà qui le fait hésiter. Il n’aime pas faire plaisir. Et puis Guéant n’est pas seulement indispensable parce qu’il connaît tous les dossiers il est aussi redoutable précisément parce qu’il connaît tous les dossiers.

Le président pourrait lui faire miroiter une place de ministre. Beaucoup de secrétaires généraux de l’Elysée sont entrés au gouvernement (Jobert, Bérégovoy, Bianco, Villepin, Bas). Mais Guéant sait mieux que tout le monde que ce ne serait pas une promotion. Il n’a pas envie de devenir un pot de fleurs.

Quoiqu’il en soit ce qui est insupportable c’est de s’apercevoir, chaque jour davantage, que les pouvoirs de la République sont entre les mains d’une camarilla bien souvent médiocre et sans aucune autre légitimité que le bon plaisir d’un souverain fantasque.

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