C’est la grande mode du sarkozisme. Il y a un problème urgent qu’on ne veut pas traiter, une question d’éthique qu’on souhaite éluder, un dossier difficile auquel on ne peut pas s’attaquer, on organise aussitôt des « états généraux », un « colloque » (de préférence international), voire, c’est le fin du fin, un « Grenelle ».

Cà consiste à réunir, dans un lieu un tantinet prestigieux, des « experts », souvent autoproclamés mais complaisants, des syndicalistes, par définition mécontents, des associations, largement subventionnées mais qui ont fait un peu de vacarme ces derniers temps, des fonctionnaires que çà va occuper pendant un bon moment, et, bien sûr, une brochette des ministres plus ou moins concernés par le sujet et qui vont pouvoir enfin se faire un peu mousser pour sortir de l’anonymat. Le tout, naturellement, en convoquant la presse à laquelle on affirme qu’on va, enfin, « traiter le fond du sujet », « sans tabou, ni langue de bois » et que ces « travaux » (car on ose utiliser le mot pour ces quelques heures de parlottes) vont déboucher sur « des mesures concrètes » qu’on attend depuis si longtemps.

Tout est bon. C’est comme pour les « journées de… », ou les « semaines de… » : le Sida, les femmes battues, l’environnement, les handicapés, les familles recomposées, l’euthanasie, le traitement des déchets, le logement, l’immigration, la santé, l’eau, le reboisement, etc.

Il y a quatre règles essentielles à respecter.

  • Il faut que tout le monde soit d’accord sur l’importance du problème et sur l’urgence qu’il y a à le régler.
  • Il faut qu’au cours des vingt dernières années tous les spécialistes, et même les plus sérieux, y aient déjà consacré des dizaines et des dizaines de rapports qui pourrissent dans les caves des ministères.
  • Il faut que tout le monde connaisse –et depuis longtemps- la solution du problème mais n’ose pas en parler publiquement.
  • Il faut que chacun sache parfaitement que pour des raisons évidentes, politiques, idéologiques mais le plus souvent purement financières, cette solution qui découle le plus souvent du simple bon sens ne pourra jamais être mise en oeuvre.

Il est important aussi de s’adresser à un bon traiteur qui saura organiser le « gorgeon » de clôture.

Après, il n’y a plus qu’à trouver un « haut patronage » un peu chic, qu’à dresser la liste des invités, orateurs et spectateurs, et qu’à faire imprimer un programme sur papier classé en utilisant des termes pompeux et incompréhensibles.
Il va sans dire qu’on répétera tout au long des préparatifs que, grâce à la « transparence », on espère parvenir à un « consensus ». Deux mots clés indispensables pour ce genre de spectacle.

Luc Chatel, le ministre de l’Education national qui, paraît-il se verrait déjà, dans un premier temps, premier ministre, a organisé cette semaine, à la Sorbonne, les « Etats généraux de la sécurité à l’école ».
Le sujet n’est pas nouveau mais il est d’actualité car il ne fait que s’aggraver, et maintenant, dans des proportions insupportables.

Tout le monde sait, depuis des années, que la violence se développe dans certains quartiers dits « difficiles » en raison du chômage, de la précarité, d’une politique d’immigration incohérente et de la drogue.
Et tout le monde a constaté que cette violence est entrée, depuis longtemps, à l’école parce que les familles (de plus en plus souvent monoparentales) sont désormais totalement incapables d’inculquer à leurs enfants un minimum de « savoir vivre en société », parce que les enseignants qu’on envoie dans ces établissements difficiles sont des débutants mal formés et parce que les enseignements qui sont offerts à ces jeunes sont totalement déconnectés des réalités qui sont les leurs et ne leur permettent pas d’envisager le moindre avenir.

Il aurait suffi à Luc Chatel d’entrouvrir certains rapports commandés par ses prédécesseurs ou de convoquer trois fonctionnaires de son ministère pour apprendre qu’il faudrait, d’abord, « sanctuariser » l’école, éventuellement avec l’aide de la police, quand l’environnement y est trop dangereux, ensuite, former les enseignants au « maintien de l’ordre » pour qu’ils puissent faire régner un minimum de discipline dans leurs classes et, enfin et surtout, totalement revaloriser l’enseignement professionnel, le mal aimé de notre administration, pour que les « sauvageons » s’aperçoivent que, s’ils veulent sortir de leur monde pourri, l’école, seule, leur offre une chance d’avoir un jour un emploi, un avenir autre que la délinquance ou s’assistanat à perpétuité.

C’est en 1936 que Léon Blum et son ministre Jean Zay s’aperçurent que l’école avait désormais à suppléer les parents dans leur rôle éducatif. Ils changèrent donc le nom du « Ministère de l’Enseignement » en « Ministère de l’Education ». Le problème n’est pas d’aujourd’hui.
Toujours est-il qu’au lieu de prendre les décisions énergiques qui s’imposent et de donner son nom à une énième réforme de l’école, Chatel a préféré se réfugier derrière l’alibi facile des… états généraux. En jouant les démagogues ouverts à la discussion, il se « déresponsabilisait » totalement. Au cirque, il vaut mieux être le Monsieur Loyal qui présente les attractions plutôt que le dompteur qui entre dans la cage aux fauves.

Avec ces états généraux, au moins, il n’allait pas y avoir de surprises. Le scénario était écrit d’avance. Les experts nous diraient que la violence se développe et que c’est très ennuyeux, les syndicats s’égosilleraient en nous répétant que les établissements manquent de personnel et que le personnel manque de formation et le ministre conclurait en jurant ses grands dieux qu’il allait mettre en place « un nouveau programme de formation du personnel » et « renforcer les équipes de sécurité ».

C’est exactement ce qui s’est passé et ce qui a donc permis à tout le monde –sauf au ministre, évidemment, content de lui- de déclarer que ces états généraux avaient été un « rendez-vous raté ». Mais qu’attendaient donc tous ces braves gens qui s’étaient prêtés à une telle opération ?
Le drame pour Chatel c’est que « l’affaire des rumeurs » sur le couple Sarkozy et les fausses confidences de Rachida Dati lui ont totalement volé la vedette pendant toute la semaine. Personne n’a parlé de ses états généraux.
Mais c’est sans doute une chance pour Chatel car si son « barnum » avait eu la publicité qu’il en attendait, les Français auraient fini par faire savoir qu’ils commençaient à en avoir assez de ces pitreries à grand spectacle.

Un gouvernement n’a pas pour vocation d’organiser des mondanités et d’interroger naïvement les uns et les autres pour savoir ce qu’on pourrait, éventuellement, bien faire. Un gouvernement est fait pour connaître les dossiers, avoir une politique précise et prendre des décisions concrètes. « Le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation ». C’est l’article 20 de la Constitution. On ne lui demande pas d’organiser des radiotrottoirs.

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