En voici un qui a du culot ! On ne sait pas s’il faut parler de lucidité ou d’inconscience mais on est tout de même étonné par son courage. Une chose est sûre, ce type n’a pas d’ambitions personnelles pour l’immédiat. Il n’a désormais plus aucune chance d’être appelé par Sarkozy pour faire partie du prochain gouvernement.

Alain Lambert, l’ancien ministre du Budget de Raffarin qui n’est plus aujourd’hui que sénateur de l’Orne mais qui reste une personnalité importante parce qu’influente aussi bien au Sénat qu’à l’UMP, écrit froidement sur le site de Public-Sénat : « Sarkozy n’est pas en mesure de faire gagner nos idées en 2012 ».
Il explique : « Si le président de la République n’est pas seul en cause dans l’échec des régionales, il l’est pour une partie non négligeable. Et il a eu grand tort de ne pas le reconnaître avec humilité devant les Français ». Bel éreintage !

Puis, s’adressant, sans doute, à ses collègues parlementaires de la majorité présidentielle, il écrit : « Quel ne fut pas mon émoi quand a commencé le concert des hypocrites dès le lendemain du scrutin pour dire qu’il restait notre sauveur à tous et qu’il fallait surtout nous rassembler derrière lui, l’irremplaçable candidat pour 2012 »

Et Lambert d’ajouter pour le cas où l’on ne l’aurait pas bien compris : « Il est nécessaire que ceux qui sont capables d’assumer cette fonction se préparent à prendre la relève s’il vient à dévisser complètement »

Il suggère alors une rencontre Juppé-Raffarin-Villepin-Fillon « pour envisager toutes les éventualités ».
Sa suggestion -une sorte de putsch en quelque sorte- ne tient évidemment pas debout. On imagine mal nos quatre premiers ministres UMP (qui n’ont guère de sympathie les uns pour les autres) se réunir, un petit matin, autour d’une table de bridge, et tirer au sort celui d’entre eux qui partirait à la bataille pour sauver les meubles.

Mais pour le reste, il faut bien dire que le sénateur de l’Orne est plein de bon sens et surtout qu’il dit tout haut ce que beaucoup de gens de droite, ayant voté pour Sarkozy en 2007 mais s’étant souvent abstenus aux régionales, commencent à murmurer… à mi-voix. On voit en tout cas qu’il est en contact avec la France « profonde » de nos provinces reculées.

Il est indiscutable que Sarkozy a une responsabilité « non négligeable » dans la déculottée des régionales, tout comme il est bien regrettable qu’il ne l’ait pas reconnu « avec humilité » devant les Français. Mais l’humilité est-elle son fort ?
Et on comprend parfaitement « l’émoi » de Lambert devant ce qu’il appelle « le concert des hypocrites ».

Que ce notaire pointilleux qui sait ce que chaque mot veut dire ait employé le mot « hypocrites » est d’ailleurs très intéressant. Il aurait pu écrire « courtisans », « flatteurs », voire « affidés ». Mais non, il a préféré « hypocrites ». Il a donc parfaitement compris que tous ceux qui affirment que Sarkozy reste « le sauveur » derrière lequel « il faut se rassembler » n’en pensent pas un traître mot et seraient prêts à rejoindre, avec armes et bagages, le premier candidat venu qui aurait des chances plus sérieuses.

On va, sûrement, accuser Lambert de haute trahison et de désertion devant l’ennemi. En faire l’un des premiers « rats » à avoir officiellement quitté le navire en perdition même si Juppé, Raffarin et quelques autres –sans parler de Villepin- ont déjà émis, ces derniers temps, de sérieuses « réserves » sur l’action de Sarkozy et sa conception de la fonction présidentielle.

Mais peut-on, honnêtement, reprocher à un homme politique de ne pas souhaiter que son camp aille droit dans le mur et perde la partie dès lors qu’il est convaincu que cette partie est très mal engagée ? En politique, les joueurs ont parfaitement le droit de contester leur capitaine même si c’est lui qui les a jadis sélectionnés.

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