Une fois de plus –du moins sur ce sujet- Chevènement avait raison. « Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne ». En tous les cas, çà ne pleurniche pas. Ou alors il faut le virer.

Chantal Jouanno s’est dite « désespérée » après l’annonce du renvoi aux calendes grecques de la Taxe carbone.
Sur le fond, on peut la comprendre. Elle s’est soudain sentie non seulement désavouée et même trahie, mais totalement ridiculisée par celui-là même qu’elle pensait servir de son mieux (et qui avait fait sa carrière).

Depuis des mois, cette secrétaire d’Etat à l’Ecologie, championne de karaté, se démenait pour essayer de démontrer que la droite pouvait être au moins aussi « verte » que la gauche et même que les écologistes patentés.
Elle rappelait sans cesse toutes les promesses du candidat Sarkozy sur le développement durable et ses embrassades d’alors avec Nicolas Hulot, toutes les déclarations du président à peine élu sur la « révolution écologique » qui était notre seul avenir et qui allait nous sauver de tous nos malheurs ; elle brandissait le souvenir du Grenelle de l’Environnement que le même Sarkozy avait clôturé en s’écriant textuellement et sans craindre le ridicule : « Je veux que ce Grenelle soit l’acte fondateur d’un New deal écologique en France, en Europe, dans le monde » (sic !). Elle évoquait même le courage avec lequel son président s’était battu (en vain) lors du Sommet de Copenhague sur le climat pour défendre la croissance verte.
Bref, Chantal Jouanno y croyait et… elle n’avait rien compris.

Pourtant, elle aurait du commencer à connaître le bonhomme. Elle le suit aveuglément depuis 2003 et elle l’a servi fidèlement aussi bien au ministère de l’Intérieur, qu’au Conseil général des Hauts-de-Seine ou qu’à l’Elysée, avant de recevoir, en récompense pour ses bons et loyaux services, ce demi maroquin de l’Ecologie.
Mais non. Elle n’avait pas vu que la conversion inattendue aux fruits et légumes de ce carnivore de Sarkozy n’était évidemment rien d’autre que de électoralisme. Elle ne l’avait même pas compris quand le président en avait brusquement rajouté encore une louche, comme par hasard, au lendemain de la belle performance des écologistes aux Européennes. Cà crevait pourtant les yeux.
La pauvre Chantal continuait sur son petit nuage, se prenant, avec une naïveté confondante, pour Cyrano de Bergerac (du nom de sa promotion de l’ENA) tout en jouant les Don Quichotte avec ses éoliennes en guise de moulins à vent.

Mais Sarkozy, lui, avait fini par s’apercevoir qu’il faisait complètement fausse route et qu’il ne récupérerait jamais une seule voix des écologistes, malgré ses balivernes et tous les efforts de sa brave secrétaire d’Etat. Les sondages étaient formels.
Pire encore, en jouant cette carte contre-nature, il horripilait des pans entiers de son électorat de base, des agriculteurs au patronat, en passant par les ménages modestes. Tous en avaient assez, en pleine crise et devant la remontée du chômage, de ces élucubrations de « bobos » qui remettaient en cause le principe même du progrès et de la croissance. Et la Taxe carbone –encore un impôt de plus, même s’il ne voulait pas dire son nom !- que condamnaient aussi bien le Conseil constitutionnel que Ségolène Royal du fin fond de son Poitou. symbolisait cette dérive

Chantal Jouanno n’a sans doute pas entendu Sarkozy déclarer froidement au Salon de l’Agriculture (qui ne lui porte décidemment pas chance) « Les questions d’environnement, çà commence à bien faire ». Elle aurait deviné qu’il fallait désormais lever le pied et que la Taxe carbone était condamnée. Quand on est ministre, il faut savoir avaler les couleuvres et ne pas s’étonner que les promesses ne soient pas tenues.
Prise complètement à contre-pied par la volte-face présidentielle, Chantal Jouanno aurait dû, évidemment, démissionner immédiatement. Elle a préféré se contenter d’étaler publiquement ses états d’âme. « Je suis désespérée ».

Cela dit, Sarkozy n’a pas été meilleur dans l’affaire. Un président de la République ne garde pas dans son équipe un ministre qui se dit « désespéré » par la politique menée par le gouvernement. Il le vire dans la demi-heure. Il s’est contenté de dire qu’il n’avait pas « apprécié » les propos de Chantal Jouanno. Indulgence incroyable qui ne peut que relancer toutes les rumeurs qui avaient couru ces derniers temps à propos du président et de sa secrétaire d’Etat.
Le même jour, le même président de la République faisait virer de l’armée un capitaine de gendarmerie qui s’était permis, lui, de contester la fusion de la gendarmerie de la police. Le capitaine n’avait pas respecté son « devoir de réserve ».
Les membres du gouvernement ne sont donc, eux, pas tenus à ce devoir de réserve…

Chantal Jouanno a, d’une certaine manière, raison. C’est désespérant.

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