Un premier ministre qui annonce, au cours d’un grand meeting politique, la mort d’un gendarme en confondant les noms, des services de police qui diffusent une vidéo en affirmant que les cinq hommes qu’on aperçoit faisant leurs courses dans un supermarché sont les membre d’un commando de tueurs de l’ETA alors qu’en fait il s’agit de pompiers de Barcelone en stage dans la région parisienne, cela fait beaucoup en 48 heures, même en fin de campagne électorale.

On ne se sert pas de la mort d’un homme (a fortiori en se trompant de nom) pour rameuter quelques électeurs. On ne joue pas avec les problèmes du terrorisme (à fortiori en désignant des innocents) pour mobiliser d’éventuels abstentionnistes, à la veille d’un scrutin.
Puisqu’il s’agissait soi disant de l’ETA, Sarkozy, Fillon et Hortefeux auraient dû se souvenir que José-Maria Aznar avait perdu les élections législatives espagnoles (qu’il devait remporter haut la main) pour avoir, la veille du scrutin, affirmé que les attentats de Madrid étaient l’œuvre de l’ETA alors qu’il s’agissait d’attentats commis par les terroristes islamiques.

Depuis son passage au ministère de l’Intérieur, Sarkozy a toujours voulu faire de la lutte contre l’insécurité l’une de ses spécialités. C’est sur ce thème-là, d’ailleurs, qu’il a grappillé un certain nombre de voix au Front National en 2007.

Il est évident que « la protection des personnes et des biens » est l’un des tout premiers devoirs régaliens de tout Etat de droit et que les Français sont en droit d’exiger cette protection.
Mais il faut bien constater que depuis l’élection de Sarkozy à l’Elysée, les chiffres de la criminalité et de la délinquance n’ont fait qu’augmenter. Soyons justes, ils augmentent depuis des décennies dans notre pays, comme ailleurs.

Se croyant plus malin que tout le monde et critiquant, comme à son habitude, la politique de ses prédécesseurs, Sarkozy a voulu tout changer dans la lutte contre l’insécurité. Il a multiplié les coups de menton, les moulinets, les rodomontades, les innovations. Il a notamment supprimé la police « de proximité », affirmant que les policiers n’étaient « pas faits pour jouer au football ». C’était absurde. Si les policiers ne connaissent pas le terrain, ils ne pourront rien faire et l’immense fracture entre les habitants et les forces de police ne fera que s’aggraver, notamment dans les cités difficiles. On a d’ailleurs, depuis, été obligé de recréer une police de proximité… sous un autre nom.

Prévoyant la déculottée qui s’annonçait, l’UMP -qui jusqu’alors ne voulait parler que des régions en face d’une gauche qui attaquait sur le bilan de Sarkozy- a décidé, au tout dernier moment et dans l’affolement, de ressortir ce vieux thème éculé de l’insécurité. C’était à la fois irresponsable et stupéfiant.
Irresponsable car on ne réveille pas impunément les peurs des Français. Désormais parler de l’insécurité c’est, évidemment, pointer du doigt les immigrés et les cités de non-droit. En jouant ainsi avec le feu, l’UMP n’a pas gagné une seule voix mais le Front National a, à la surprise générale, largement dépassé les 11% ce qui lui a permis de se maintenir, pour le second tour, dans douze régions.

Stupéfiant car si, éventuellement, l’insécurité peut être un thème pour une opposition en droit de reprocher au pouvoir en place l’augmentation de la criminalité et de la délinquance, un gouvernement responsable ne peut, bien sûr, pas reprocher à son opposition les échecs de sa propre politique sécuritaire.
La droite est au pouvoir depuis 2002, Sarkozy a été ministre de l’Intérieur de 2002 à 2004, puis de 2005 à 2007. Et c’est cette droite qui, pour défendre les couleurs de Sarkozy, brandit le thème de l’insécurité en France !

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