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Rugby, grand chelem et identité nationale

Quel dommage que Nicolas Sarkozy et l’ineffable Eric Besson ne soient pas des adeptes du rugby ! Cela leur aurait sans doute permis, ce week-end, de comprendre enfin quelque chose à l’identité nationale.

Ils auraient pu voir, samedi soir, les trois quarts du Stade de France (le dernier quart étant occupé par les Anglais) vibrer, hurler, applaudir en chœur (on pourrait presque écrire « en cœur »), toutes couleurs confondues, Blacks, Blancs, Beurs, Jaunes, Cuivrés, Olivâtres, etc. chaque fois que les Bleus prenaient l’avantage.

Ils auraient pu apprendre qu’à travers toute la France, plus de 8 millions et demi de téléspectateurs français (qui n’étaient sûrement pas tous blancs bleus) avaient, pendant ces mêmes deux heures, espéré, rêvé, tremblé, frémi, redouté le pire puis explosé de joie, à l’unisson, en suivant ce match. Sans parler de ceux qui ont suivi le match à la radio.
Au total, près de 10 millions de Français, évidemment de toutes les races et de toutes les couleurs, se sont sentis, l’espace d’une soirée, plus français que jamais, grâce au ballon ovale.

Ce week-end, le « grand chelem » qu’attendaient les Français n’était pas celui dont rêvait Martine Aubry mais bien celui que devait gagner l’équipe de France de rugby.
Et il suffisait de regarder les tribunes du stade de France pour s’apercevoir que, mis à part les gens du Sud-Ouest, les plus farouches supporters de l’équipe de France étaient des Arabes et des Noirs, de la première, de la deuxième ou de la troisième génération, et des immigrés, ou des fils d’immigrés, ou des petits-fils d’immigrés, venus d’un peu partout, des quatre coins de la planète. Il fallait les voir, les Blacks, hurler « Allez, les Bleus » ! Blacks, Blancs, Beurs et… Bleus, tous ensemble.

Tous les fameux critères de l’identité nationale avaient, soudain et enfin, disparu. Tous n’étaient pas nés en France, de parents français, tous n’étaient pas de culture française, tous ne maniaient pas parfaitement notre langue et pourtant tous se levaient comme un seul homme quand un Bleu perçait la ligne de défense anglaise. Et tous entonnèrent d’une même voix « La Marseillaise » à l’issue du match.

Cà veut dire quoi ? Ca veut dire tout simplement qu’être français c’est espérer la victoire de la France et avoir des larmes de joie quand la France gagne. Tout le reste n’est que balivernes et paperasseries. Si Renan avait connu le rugby, il se serait sûrement réjoui de ce France-Angleterre. Personne n’a sifflé les Anglais, les Français se contentant d’applaudir les Bleus, preuve qu’on peut aimer son pays sans haïr les autres.
Une parenthèse : pour ces matchs des Six Nations, les Britanniques ont une équipe d’Angleterre, une équipe du Pays de Galles, une équipe d’Ecosse et une équipe d’Irlande. Nous n’avons, nous, qu’une équipe de France. C’était intéressant à rappeler à la veille de ce deuxième tour des régionales. Les joueurs de rugby sont plus proches du « terrain » que nos hommes politiques et nos technocrates. Ils savent que la France est « une et indivisible » et que les Français se « contrefoutent » de leurs régions.

Depuis quelques années, on a l’impression qu’il nous faut des victoires sportives pour que notre communauté nationale retrouve sa cohésion. La dernière fois, c’était pour la Coupe de football, en 1998. Les Champs Elysées avaient été « Blacks, Blancs, Beurs » pendant une bonne partie de la nuit et le champagne et la joie avaient coulé à flots. C’était il y a douze ans. Depuis, plus rien.

On s’est contenté de parler des dangers de l’Islam, des minarets, de la burqa, de la funeste « discrimination positive », des quotas, de l’identité nationale avec ministère et questionnaire. Autant de prétextes pour faire peur aux uns, stigmatiser les autres, les enfermer dans leurs ghettos et préparer des affrontements.
Avec notre principe absurde du « droit à la différence » (qui conduit inévitablement à la différence du droit et à l’abominable communautarisme), nous avons brisé tout espoir d’« assimilation » (encore un mot banni par la pensée unique) de nos immigrés au sein de notre communauté.

Désormais, au nom du respect des communautés, nous faisons de nos immigrés des « Français à part » et non plus des « Français à part entière ». Il faut un match de football ou de rugby pour que ces barrières que nous avons nous-mêmes édifiées, par idéologie, disparaissent le temps d’une soirée.
La leçon de tout cela ? Elle est simple : il suffit que la France gagne pour que les Français retrouvent aussitôt la fierté d’être Français et une sorte de fraternité, bien au delà de leur couleur de peau, de leurs origines, de leurs croyances.

Le problème est que, depuis des années, nos équipes politiques, de droite comme de gauche, ne gagnent plus jamais le moindre match.

21 Mar 2010 Commentaires fermés sur Rugby, grand chelem et identité nationale

Sécurité et démagogie.

Un premier ministre qui annonce, au cours d’un grand meeting politique, la mort d’un gendarme en confondant les noms, des services de police qui diffusent une vidéo en affirmant que les cinq hommes qu’on aperçoit faisant leurs courses dans un supermarché sont les membre d’un commando de tueurs de l’ETA alors qu’en fait il s’agit de pompiers de Barcelone en stage dans la région parisienne, cela fait beaucoup en 48 heures, même en fin de campagne électorale.

On ne se sert pas de la mort d’un homme (a fortiori en se trompant de nom) pour rameuter quelques électeurs. On ne joue pas avec les problèmes du terrorisme (à fortiori en désignant des innocents) pour mobiliser d’éventuels abstentionnistes, à la veille d’un scrutin.
Puisqu’il s’agissait soi disant de l’ETA, Sarkozy, Fillon et Hortefeux auraient dû se souvenir que José-Maria Aznar avait perdu les élections législatives espagnoles (qu’il devait remporter haut la main) pour avoir, la veille du scrutin, affirmé que les attentats de Madrid étaient l’œuvre de l’ETA alors qu’il s’agissait d’attentats commis par les terroristes islamiques.

Depuis son passage au ministère de l’Intérieur, Sarkozy a toujours voulu faire de la lutte contre l’insécurité l’une de ses spécialités. C’est sur ce thème-là, d’ailleurs, qu’il a grappillé un certain nombre de voix au Front National en 2007.

Il est évident que « la protection des personnes et des biens » est l’un des tout premiers devoirs régaliens de tout Etat de droit et que les Français sont en droit d’exiger cette protection.
Mais il faut bien constater que depuis l’élection de Sarkozy à l’Elysée, les chiffres de la criminalité et de la délinquance n’ont fait qu’augmenter. Soyons justes, ils augmentent depuis des décennies dans notre pays, comme ailleurs.

Se croyant plus malin que tout le monde et critiquant, comme à son habitude, la politique de ses prédécesseurs, Sarkozy a voulu tout changer dans la lutte contre l’insécurité. Il a multiplié les coups de menton, les moulinets, les rodomontades, les innovations. Il a notamment supprimé la police « de proximité », affirmant que les policiers n’étaient « pas faits pour jouer au football ». C’était absurde. Si les policiers ne connaissent pas le terrain, ils ne pourront rien faire et l’immense fracture entre les habitants et les forces de police ne fera que s’aggraver, notamment dans les cités difficiles. On a d’ailleurs, depuis, été obligé de recréer une police de proximité… sous un autre nom.

Prévoyant la déculottée qui s’annonçait, l’UMP -qui jusqu’alors ne voulait parler que des régions en face d’une gauche qui attaquait sur le bilan de Sarkozy- a décidé, au tout dernier moment et dans l’affolement, de ressortir ce vieux thème éculé de l’insécurité. C’était à la fois irresponsable et stupéfiant.
Irresponsable car on ne réveille pas impunément les peurs des Français. Désormais parler de l’insécurité c’est, évidemment, pointer du doigt les immigrés et les cités de non-droit. En jouant ainsi avec le feu, l’UMP n’a pas gagné une seule voix mais le Front National a, à la surprise générale, largement dépassé les 11% ce qui lui a permis de se maintenir, pour le second tour, dans douze régions.

Stupéfiant car si, éventuellement, l’insécurité peut être un thème pour une opposition en droit de reprocher au pouvoir en place l’augmentation de la criminalité et de la délinquance, un gouvernement responsable ne peut, bien sûr, pas reprocher à son opposition les échecs de sa propre politique sécuritaire.
La droite est au pouvoir depuis 2002, Sarkozy a été ministre de l’Intérieur de 2002 à 2004, puis de 2005 à 2007. Et c’est cette droite qui, pour défendre les couleurs de Sarkozy, brandit le thème de l’insécurité en France !

21 Mar 2010 Commentaires fermés sur Sécurité et démagogie.

Comment gérer la défaite ?

A la veille de ce deuxième tour des élections régionales, il semble bien que les jeux soient faits et refaits. Le PS a réussi mieux que prévu ses alliances avec Europe Ecologie (sauf en Bretagne ce qui n’y compromet en rien son succès) et avec le Front de gauche alors que l’UMP qui avait bêtement joué l’union dès le premier tour ne peut plus compter que sur d’éventuels abstentionnistes du premier tour que la déroute du 14 mars aurait apitoyés. Le parti du président n’espère plus qu’un seul « miracle » : sauver l’Alsace. Pour le reste, il ne pourra qu’ironiser sur le succès de Georges Frêche dans le Languedoc-Roussillon, une bien maigre et un peu pitoyable consolation.

Pour Martine Aubry, c’est « tout bon » et une porte joliment entrouverte sur la route des présidentielles de 2012. Pour Nicolas Sarkozy, « les carottes sont cuites » et il lui faut remonter sur son cheval au plus vite pour ne pas avoir à se traîner ce boulet de vaincu et de bien mauvais augure.
Aujourd’hui et avant même que les électeurs ne soient allés porter le coup de grâce dans les urnes, on spécule sur cet après-régionales et les bruits les plus divers circulent dans le microcosme parisien.

Certes, à l’Elysée on pourra toujours faire remarquer que, sur le terrain, strictement rien n’aura changé. La droite reste au pouvoir à Paris, la gauche conserve les régions. Dans l’entourage du président, on affirme que les Français se sont toujours désintéressés des régions et que d’ailleurs le taux record des abstentionnistes prouve que le mécontentement de l’opinion n’est pas tel que certains voudraient le faire croire. Bref, on voudrait continuer comme avant et surtout comme si de rien n’avait été.

Mais, en fait, tout a changé. Par la faute de Sarkozy lui-même. S’étant toujours mis seul en scène (et sur le devant de la scène), ayant toujours voulu faire de Fillon un simple « collaborateur » et non pas le fusible que devrait être, par définition, le premier ministre, ayant lui-même participé au-delà du convenable à la campagne de ce scrutin régional et ayant envoyé au casse-pipe vingt de ses ministres, Sarkozy savait parfaitement que ce vote local serait une sorte de plébiscite, « pour » ou « contre » lui. Les résultats sont éloquents. Sarkozy espérait-il se faire acclamer par les urnes ? On ne veut pas le croire.

On se demandera longtemps pourquoi, alors qu’il connaissait sa dégringolade dans tous les sondages d’opinion et la déception rageuse d’une grande partie de ceux qui l’avaient élu en 2007, il n’est pas resté cloîtré à l’Elysée en attendant sagement passer l’orage. Mais il est comme çà. C’est dans sa nature. Il faut toujours qu’il s’occupe de tout et il est toujours persuadé qu’il sera le meilleur et qu’il pourra toujours l’emporter dans les pires situations.
La question est maintenant de savoir comment il va gérer sa cuisante défaite.

Ses adversaires les plus redoutables, c’est-à-dire les « bougonneurs de l’UMP » (vieux grognards chiraquiens et/ou nouveaux adeptes de Villepin) multiplient ouvertement, depuis plusieurs jours, leurs conseils, mi-rigolards, mi-menaçants. Pour eux, les choses sont simples : si Sarkozy veut avoir la moindre chance de remonter la pente, il faut impérativement qu’il fasse désormais le contraire de ce qu’il a fait depuis son entrée à l’Elysée.
D’abord, qu’il se calme, qu’il arrête de s’agiter dans tous les sens, de lancer, chaque matin, un projet de réforme qui sera forcément mal fagoté et mal compris. En clair qu’il se concentre sur l’essentiel : l’emploi, la sécurité, la réforme des retraites. C’est là que les Français l’attendent.

Ensuite, qu’il abandonne immédiatement tous ses projets qui font sursauter son électorat : la taxe carbone, la réforme des collectivités locales, la réforme de la procédure pénale, etc.
Et, puisqu’il ne peut tenir aucune de ses promesses électorales –comme le « travailler plus pour gagner plus »- il faut aussi qu’il oublie ses bonnes idées dès lors que, vu la situation, elles risquent d’être explosives, comme, notamment, la réduction du nombre des fonctionnaires, en tous les cas en ce qui concerne l’Education Nationale et la Santé.

Enfin, ces chiraquiens-villepinistes que la défaite fait triompher aimeraient bien que Sarkozy se rende compte d’une évidence : la fameuse « ouverture » à gauche n’a servi à rien et a coûté très cher. Elle n’a pas déstabilisé la gauche et elle a indigné la droite, ses électeurs, ses militants et ses élus. Il ne leur est pas difficile, en plus, de démontrer que le bilan de l’activité de ces gens de gauche dans leur ministère respectif est calamiteux.

Kouchner, au quai d’Orsay, est inexistant et notre politique étrangère est désastreuse : nous sommes à moitié brouillés avec l’Allemagne, en froid avec les Etats-Unis, fâchés avec les Chinois, en délicatesse avec Moscou, ignorés au Proche-Orient, défiés en Afrique, l’Europe que Sarkozy prétendait avoir relancée avec son mini-traité est non seulement en panne mais au bord de l’explosion, la fameuse Union méditerranéenne, l’une des « grandes idées » de Sarkozy, est complètement tombée aux oubliettes dès le lendemain de sa création, etc.

Eric Besson est devenu « l’homme le plus détesté de France » depuis qu’il a réexpédié quelques Afghans à Kaboul et, surtout, le plus maladroit de tous les ministres depuis qu’il a tenté de mener l’opération absurde de l’identité nationale. Il y a encore quelques semaines, on promettait à « la plus belle recrue de gauche » le plus beau des avenirs à l’UMP, voire au gouvernement.

Les Bockel, Fadela Amara et autres Martin Hirsch sont, comme on dit à l’armée, « morts aux pluches », ce qui n’a rien à voir avec le Champ d’honneur. Et « l’opération Frédéric Mitterrand », abracadabrantesque, a fait pschitt depuis longtemps.

Si personne n’imagine que Nicolas Sarkozy puisse changer de nature, se calmer, renoncer à sa fébrilité et à son goût immodéré des initiatives intempestives, pourrait-il au moins procéder à un vaste remaniement gouvernemental pour repartir d’un bon pied en virant notamment tous ces poids morts de gauche ? Ce serait, évidemment, un signal très fort en direction de tout l’électorat qu’il a perdu. Mais ce serait surtout l’aveu de deux ans et demi d’erreurs et le renoncement à toutes ses théories fumeuses sur l’évolution de la vie politique française. Personne n’y croit.

Remplacer Fillon à Matignon ? Il y pense sûrement. Ce premier ministre est trop populaire. Et le pire est que les Français l’apprécient précisément parce qu’il est, à tous égards, l’antithèse du président. Son sérieux, sa retenue de bon aloi, sa modération, son pessimisme même soulignent, mettent en exergue quotidiennement tous les défauts qu’on reproche à Sarkozy.

L’histoire de la Vème République prouve que tous les présidents ont viré leurs premiers ministres quand ils étaient par trop populaires. De Gaulle a viré Pompidou, en 68, quand il venait de remporter triomphalement les législatives, Pompidou a viré Chaban, en 72, quand il venait de se faire plébisciter par l’Assemblée, Giscard a poussé Chirac à la démission, en 76, quand il l’emportait dans les sondages. Mais cette même histoire de la Vème République prouve aussi que tous ces premiers ministres virés sont aussitôt devenus des concurrents, candidats à l’Elysée.
Si Sarkozy virait aujourd’hui Fillon, son petit « collaborateur » deviendrait immédiatement le plus redoutable de ses adversaires pour 2012.

Sarkozy va donc, sans guère de doute, se contenter, dans quelque temps, d’un remaniement à minima, en pratiquant le célèbre « jeu des chaises musicales ». Il fera peut-être payer à Roselyne Bachelot sa calamiteuse (et ruineuse) gestion de la grippe A H1N1, à Darcos son effacement, à Kouchner, déjà nommé, son insignifiance au Quai d’Orsay.
Mais son grand problème va être de trouver des remplaçants, des « nouveaux ». Le vivier semble terriblement à sec. D’une part, parce qu’il n’y a guère de volontaires crédibles pour embarquer dans cette galère. Juppé, Raffarin,

Baroin, Copé sont déjà passés ostensiblement dans le camp des critiqueurs. D’autre part, parce que Sarkozy cherche souvent des nominations « gadgets ». Il lui faut des paillettes. Une présidente de Ni putes ni soumises, un président d’Emmaüs, un ancien champion de rugby, un animateur de télévision neveu d’un ancien président, etc. Or, à moins de taper, cette fois, carrément dans le show-business, on ne voit guère de gadgets à embaucher.

La veille du premier tour des régionales, Sarkozy avait déclaré au Figaro-magazine qu’il se livrerait sans doute à « quelques adaptations » au sein de son gouvernement. Il est évident que l’ampleur de sa défaite exigerait davantage.

20 Mar 2010 | Comments (2)

Les Noirs, les Arabes et liberté d’expression

A première vue, ce n’est qu’une petite anecdote « très parisienne ». Mais à la réflexion, l’affaire pose bien des questions et pourrait même soulever quelques inquiétudes.

Un certain nombre d’organisations, affirmant défendre les Droits de l’Homme (avec D et H majuscules, bien sûr), menacent de poursuivre en justice un journaliste, Eric Zemmour en l’occurrence, qui, en déclarant au cours d’une interview que « la plupart des trafiquants sont des Noirs et des Arabes », se serait rendu « coupable de propos racistes et discriminatoires ».

Première question : a-t-on le droit dans le pays de toutes les libertés, de Voltaire et compagnie, de dire ce qu’on pense, voire même de penser ce qu’on veut ? La réponse est évidemment « non ». Cela fait très longtemps qu’en vertu d’une pensée unique et de lois liberticides qu’elles ont réussi à nous imposer, ces organisations nous bâillonnent en nous interdisant d’utiliser certains mots désormais totalement proscrits et d’évoquer certains sujets qu’elles ont su rendre tabous.

Ces organisations disent défendre les Droits de l’Homme mais elles ont oublié que le premier de ces Droits de l’Homme était la liberté. Liberté de penser, liberté de parler, liberté de publier, libertés sans lesquelles il n’y a, évidemment, pas de démocratie.

La dictature des autoproclamés « bien pensants » est la pire de toutes. En faisant exclure du débat public ceux qui ne pensent pas comme eux et qui se seraient donc rendus coupables d’hérésie, ces Inquisiteurs à la sauce ayatollah en font des victimes, voire des héros. Ils font le jeu de tous les extrémismes.

Les Français commencent à en avoir assez de ces donneurs de leçons qui brandissent, d’une main, le sabre de l’excommunication et, de l’autre, de nouvelles tables de la Loi qu’ils ont eux-mêmes rédigées.

Deuxième question : Nos Grands Inquisiteurs qui veulent poursuivre en justice le pauvre Zemmour savent-ils ce que parler veut dire. On peut en douter. « L’accusé » a déclaré : « La plupart des trafiquants sont des Noirs et des Arabes » et non pas : « La plupart des Noirs et des Arabes sont des trafiquants », ce qui aurait été aussi absurde que scandaleux.

Troisième question : la plupart des trafiquants sont-ils des Noirs et des Arabes ? Officiellement, on n’en sait rien puisqu’il est interdit en France de relever l’origine ethnique des individus. Interdiction qui partait sûrement d’une bonne intention mais qui, à l’usage, apparaît absurde. Elle permet, en effet, à tous les fantasmes -et notamment aux pires- de se développer et empêche toute réflexion sur un bon nombre de problèmes et notamment sur celui de « l’identité nationale », malencontreusement remis à l’ordre du jour par le président de la République et son complice dans cette mauvaise action Eric Besson. Il serait évidemment bien utile de savoir combien notre communauté nationale compte aujourd’hui de Noirs et d’Arabes pour mieux définir ce que c’est désormais que d’être français.

La police qui est davantage confrontée aux réalités qu’aux états d’âme de nos maîtres penseurs recherche désormais des délinquants qu’elle signale le plus officiellement du monde comme étant « de type nord africain » ou « de type africain » (ce qui devrait déjà être interdit mais facilite tout de même les recherche). La justice et l’administration pénitentiaire, elles, ne connaissent plus la couleur de la peau de ceux qu’elle condamne ou qu’elle maintient en détention.

Or, si nous ne possédons malheureusement aucun chiffre officiel sur l’origine ethnique des trafiquants, tous ceux qui fréquentent les palais de justice ou les prisons sont formels : les Noirs et les Arabes y sont bel et bien « surreprésentés » par rapport à ce qu’ils représentent vraisemblablement dans notre société.

Quatrième question : est-ce faire preuve de racisme que de constater que les Noirs et les Arabes sont surreprésentés dans nos prisons ? Evidemment non. En vérité, remarquer et même dénoncer cette surreprésentation des Noirs et des Arabes parmi les délinquants c’est tout simplement avoir le courage de faire le procès de notre politique d’immigration.

Tout le monde sait qu’il y a dans nos prisons infiniment moins de gros capitalistes et de grands bourgeois que de pauvres types « issus des milieux les plus défavorisés », comme on dit pudiquement. Si les Noirs et les Arabes de nos cités de non-droit sont –plus souvent que les habitants des quartiers résidentiels- des trafiquants, c’est tout simplement parce qu’on n’a pas su les accueillir, leur donner un logement, une formation, du travail, un avenir, une vie décente et qu’on en a fait des parias.

Zemmour a raison. Tous les parias ne deviennent pas des délinquants mais parmi les délinquants il y a beaucoup de parias. Certes, ils sont coupables d’avoir basculé dans la délinquance mais ne sommes-nous pas coupables d’en avoir fait des parias ?

Et que les Grands Inquisiteurs arrêtent de nous interdire de dire la vérité. Au lieu de s’attaquer à la liberté d’expression, ils feraient mieux de se préoccuper du sort de ces malheureux.

Faut-il toujours donner raison à Guy Béart : Zemmour a dit la vérité, il doit être exécuté.

19 Mar 2010 Commentaires fermés sur Les Noirs, les Arabes et liberté d’expression

La bataille des présidentielles a commencé

18 mars

Cà y est ! La bataille des présidentielles a commencé. A deux ans du scrutin et avant même ce second tour des élections régionales, chacun prend position et pèse le poids -si ce n’est les chances- de tous les prétendants, de tous les possibles, de tous les outsiders. Pour le personnel politique, c’est maintenant qu’il faut choisir la bonne carte, miser sur le bon cheval pour se placer bien en vue dans l’équipe qui l’emportera.

Deux ans, c’est long et il peut se passer bien des choses d’ici là. Tout le monde semble avoir oublié que personne n’aurait parié un sou sur Mitterrand dès 1979 (la droite venait de gagner les législatives de 78) ni sur sa réélection dès 1986 (la droite venait de gagner les législatives de 86), ni sur Chirac dès 93 (Balladur triomphait) ni sur sa réélection dès 2000 (Jospin était sûr de l’emporter). Et Sarkozy était loin d’être donné gagnant dès 2005.

Mais cette fois tout paraît plus clair, comme si les jeux étaient déjà faits (ce qui n’est jamais vrai) et que le premier tour des régionales avait figé les troupes sur le champ de bataille. L’engagement, bien maladroit, dans la campagne de Sarkozy et de Fillon et la candidature de vingt membres du gouvernement ont transformé ce scrutin régional et « intermédiaire » en un super sondage d’opinion comme nous les aimons tant, en une sorte de plébiscite « pour » ou « contre » Sarkozy.

Les résultats qui étaient pourtant prévisibles ont fait sonner le tocsin chez les uns et l’angélus chez les autres. D’un coté, les rats commencent à quitter le navire qu’ils pensent en perdition, de l’autre, on se met à vendre aux enchères la peau de l’ours.

A droite, certains pensent que ces régionales, après des mois de dégringolade dans les sondages,  ont définitivement démontré que Sarkozy était à tout jamais « plombé ». Eux qui trouvaient, hier encore, que Sarkozy était l’homme providentiel qui allait sauver la France avec son énergie et sa volonté de rupture lui trouvent maintenant tous les défauts, lui reprochent à la fois sa stratégie de l’union forcée de la majorité et de l’ouverture à tout va vers la gauche, sa frénésie de réformes mal préparées, mal présentées et souvent inutiles, son incapacité à tenir la moindre de ses promesses électorales et son manque d’envergure, en évoquant à la fois le fameux bling-bling et une accumulation de maladresses qui ont été dévastatrices comme l’affaire de Jean Sarkozy.

Pour eux –et ils sont de plus en plus nombreux maintenant à le murmurer- la droite a deux ans pour se remettre en ordre de bataille (en redonnant à chacune de ses sensibilités son autonomie afin de ratisser plus large) et surtout pour se trouver un autre candidat.

La chose est beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît. D’abord, il leur faudrait se débarrasser du « crack » d’hier qui les avait menés à la victoire et qui fait aujourd’hui figure de « tocard » qui porte malheur.

Quelques uns sont intimement convaincus qu’écoeuré par ses échecs et l’ingratitude des Français, Sarkozy sera le premier à vouloir jeter l’éponge et remiser ses gants pour aller couler des jours plus heureux dans un confortable cabinet d’avocats. Rien n’est moins sûr.

Tous nos présidents se sont toujours représentés pour un second mandat. De Gaulle, Giscard, Mitterrand, Chirac. Ce n’est pas une particularité française. Nixon, Carter, Reagan, Bush père, Clinton et Bush fils se sont tous représentés à la Maison-Blanche. On veut toujours se donner une seconde chance, avec l’espoir de finir en beauté.

Si Sarkozy se représente, il bénéficiera de la « machine » électorale de l’UMP. Mais en partie seulement. Les cadres et les militants n’aiment pas les causes perdues et préfèrent courir au devant de la victoire. En 1994, la majorité du RPR qui n’était rien d’autre qu’une machine électorale faite pour mener Chirac à l’Elysée, avait, à la lecture de sondages trompeurs, ralliée, sans pudeur et avec armes et bagages, le camp des Balladuriens.

D’ailleurs, les partis politiques traditionnels ont-ils encore un rôle essentiel dans une élection présidentielle ? En 1974, Giscard qui n’avait derrière lui que le tout petit parti des Républicains Indépendants (et une poignée d’UNR derrière Chirac) a été élu alors que Chaban qui bénéficiait de la machine gaulliste a été éliminé dès le premier tour.

Mais qui, à la place de Sarkozy ?

Fillon ? Certains en rêvent. Il caracole (relativement) dans les sondages en apparaissant, avec son calme et son sérieux de gendre parfait, comme le contraire même de Sarkozy. Si Sarkozy se représente, on imagine mal une candidature de son premier ministre contre lui. L’opposition aurait la partie trop belle en soulignant que les deux hommes ont mené la même politique pendant cinq ans. Chirac, lui, avait démissionné de Matignon en 76 avant de se présenter contre Giscard en 81. En gardant au froid Fillon à Matignon, Sarkozy sait qu’il lui interdit pratiquement d’être son concurrent en 2012. Si Sarkozy ne se représente pas, Fillon aura les mains libres mais il aura tout de même à assumer le poids d’un quinquennat raté. Pas facile. Lui aussi a perdu ces régionales.

Restent Juppé, Copé ou Villepin.

Juppé commence à sortir du bois en multipliant des commentaires critiques sur la politique menée et surtout sur la façon de la mener. Les militants qui lui avaient tourné le dos, quand ils ne lui avaient pas craché au visage, recommencent à le regarder avec des yeux doux. « Le meilleur d’entre nous », avait dit Chirac. Mais l’opinion publique le voit encore « droit dans ses bottes » et, en 2012, l’ancien premier ministre de 1995 apparaîtra comme un « vieux cheval de retour » des années Chirac même si désormais ces années-là sont évoquées avec nostalgie.

Un jeune alors ? Il y a bien Jean-François Copé. Il y pense. Même s’il dit, prudemment, que c’est pour 2017 on peut imaginer qu’il serait prêt à se sacrifier dès 2012, en cas de vacance de candidature. En 2012, Copé aura 48 ans, l’âge qu’avait Giscard quand il a été élu en 1974. Il s’est fait sa petite clientèle, il tient relativement bien le groupe UMP de l’Assemblée, il se démarque à chaque occasion de Sarkozy, mais qui, à part lui-même, pourrait y croire sérieusement.

Et « l’inconnue Villepin » ? On ne sait pas s’il en a vraiment envie, on ne sait pas si les Français lui en veulent toujours autant de la dissolution de 97 et du CPE. Ses premiers pas vers une candidature apparaissent encore trop liés à l’affaire Clearstream. Une chose est sûre : avec son allure, son gaullisme intransigeant, Villepin est l’antithèse de Sarkozy. C’est, évidemment, un atout considérable. Mais passe-t-il dans l’opinion ? Et serait-il capable d’aller chercher les voix « avec les dents » ?

Bref, pour l’instant, la droite manque de gros bras.

A gauche, ces régionales ont modifié la situation. Jusqu’à présent on parlait de Strauss-Kahn (le candidat de gauche préféré de la droite) et de Ségolène Royal. D’autres comme Hollande, voire Fabius se disaient prêts, éventuellement. Tant que la victoire était improbable, on ne se bousculait pas. Maintenant que tout devient possible, tout a changé. Les appétits se sont multipliés. Mais, en même temps, ces mêmes régionales ont coupé bien des appétits. Martine Aubry est devenue une présidentiable possible probable, plausible. C’est là l’un des résultats les plus importants de ces régionales.

Strauss-Kahn est à Washington, Ségolène en Poitou-Charentes, Martine Aubry, elle, est rue de Solferino, à la manœuvre sur la passerelle, aux commandes. Un avantage considérable. Elle a remporté triomphalement les régionales en s’offrant même le luxe de la morale avec l’affaire de Frêche, c’est elle qui gère les alliances, elle qui va préparer les primaires.

Son problème est de renforcer l’hégémonie du PS tout en ménageant les susceptibilités de ses alliés écologistes ou de la gauche et la gauche. Il est aussi de faire oublier qu’elle fut (et reste) « la dame des 35 heures ». Mais la majorité des Français va-t-elle le lui reprocher éternellement ? Pas sûr du tout par les temps qui courent.

La campagne a, déjà, commencé mais, bien sûr, rien n’est joué et l’on peut compter sur Sarkozy pour nous réserver quelques surprises. Les grands fauves blessés sont si ce n’est les plus redoutables du moins les plus imaginatifs.

18 Mar 2010 Commentaires fermés sur La bataille des présidentielles a commencé

Le phénomène du rejet

Les entre deux tours font souvent perdre la tête aux commentateurs patentés. A les en croire aujourd’hui, si dimanche prochain le PS ne réalisait pas les grand chelem annoncé -peut-être imprudemment- par Martine Aubry, il perdrait la bataille et, du coup, avec une, voire deux régions gagnées par l’UMP, Sarkozy s’en sortirait la tête haute. Curieux sport où la droite gagnerait le match en marquant deux buts contre une gauche qui n’en aurait marqué que vingt! Il est vrai qu’au match précédent, la gauche avait déjà gagné par vingt contre deux.

On entend même certains ténors de droite qui font remarquer, avec ce qui ressemble une une certaine mauvaise foi, qu’en tout état de cause Martine Aubry ne poura pas réaliser son grand chelem puisque la région Languedoc-Roussillon échappera au PS… en revenant  à Georges Frêche. On peut toujours dire n’importe quoi!

Ce qui est vraisemblable en tous les cas c’est que les vingt membres du gouvernement partis à la bataille seront tous battus. Sans même parler de la ministre ded l’Outre-mer qui a mordu la poussière dès le premier tour en Guadeloupe alors pourtant qu’elle s’était illustrée récemment en affirmant, au cours de cette campagne des régionales, que çà lui ferait mal au coeur d’attribuer des subventions de son ministère à d’autres départements d’outre-mer que la Guadeloupe. les Guadeloupéens ont donc été moins irresponsables que leur ministre guadeloupéenne.

Que tous les ministres partis au feu soient battus n’aura rien d’anecdotique. Certains sont, sans doute, au moins aussi compétents que les présidents socialistes sortants et ils ont souvent une beaucoup plus grande notoriété dans leur région. Pourquoi alors une telle hécatombe?

La réponse est simple. Visiblement, au delà des programmes, des bilans, des promesses que plus personne ne lit et auxquels plus personne ne croit, ces membres du gouvernement ont, tous, autant qu’ils sont, été victimes d’un phénomène de rejet, non seulement parce qu’ils se présentaient sous l’étiquette de l’UMP mais aussi et surtout parce qu’ils étaient marqués au fer rouge en tant que Sarkozystes.

Les Français n’ont pas voté « pour » les p’résidents de région sortants et donc socialistes (que Martine Aubry ne se fasse pas trop d’illusions) mais « contre » les candidats estampillés Sarkozy. C’est un grand classique de notre vie politique. Cela fait des années qu’en France on vote « contre » et non pas « pour ».

En 1981, Mitterrand a été élu « contre » Giscard que les Français ne supportaient plus « épidermiquement »; en 1988, il a été réélu « contre » Chirac qui n’avait pas su séduire à Matignon; en 1995, Chirac a été élu « contre » Jospin mais surtout « contre » Balladur qui, lui non plus, n’avait pas plu à Matignon; en 2002, il a été réélu « contre » Le Pen mais surtout « contre » Jospin qui payait ainsi, lui aussi, son séjour à Matignon alors pourtant que le chômage avait baissé d’un million sous son règne.

Il est évident que ce premier tour des régionales s’est fait « contre » Sarkozy. La remontée du Front National le prouve ainsi d’ailleurs que le nombre record des abstentionnistes parmi lesquels se trouvent, évidemment, beaucoup de déçus de Sarkozy qui n’ont pas osé franchir le pas en votant pour la gauche ou pour le Front National mais qui ne veulent plus apporter leur soutien à celui qui les a tant déçus.

L’analyse des présidentielles de 81, 88, 95 et 2002 prouve aussi une chose: les Français rejettent ceux qui sont au pouvoir. Giscard en 81, Chirac en 88, Balladur en 95, Jospin en 2002 (car en cas de cohabitation c’est le premier ministre  qui incarne le pouvoir et non pas le président). En 2007, Sarkozy a eu, avec son slogan sur la « rupture », la bonne idée de se présenter en adversaire des sortants (dont il faisait pourtant partie) et la chance d’avoir en face de lui Ségolène Royal.

Tout cela pour dire qu’un président omniprésent, omnipotant, omnitout n’a guère de chance d’être réélu dans une France qui ne sera sans doute pas sortie de la crise et que, d’ici là, il est évident que, monopolisant, focalisant tous les mécontentements, à la moindre occasion comme par exemple des élections régionales, on le lui fait payer au prix fort.

D’après ce qu’on a compris, Sarkozy va « entendre » le message des Français du 14 et du 21 mars mais ne va pas… l »‘écouter ». En clair, il ne va ni changer de premier ministre, ni procéder à un vaste remaniement gouvernemental, ni se séparer des âmes damnées de son entourage élyséen, ni changer de cap, ni de style.

Virer Fillon serait de la folie. Non pas parce que,le premier ministre est devenu l’homme le plus populaire de la droite mais parce qu’un Fillon au chômage deviendrait un adversaire atrement plus redoutable qu’n Juppé, qu’un Copé ou qu’un Villepin. D’ailleurs -et par la faute de Sarkozy lui même- Filloln n’a jamais fait figure de fusible.

Procéder à un vaste remaniement gouvernemental n’est guère envisageable non plus. On se souvient qu’Alain Juppé avait dû abandonner son poste de ministre d’Etat parce qu’ilavait été battu aux législatives à Bordeaux. Mas ce n’est pas pareil, nous dit-on. Il est vrai qu’il serait sans oute difficile de remplacer au pied levé vingt membrs du gouvernement sans donner une petite impression de déroute, voire de débandade et d’affolement. Ce serait reconnaître deux ans et demi d’erreurs.

Officiellement, personne ne pourra rien reprocher au président. Constitutionnellement, ce n’est pas parce que Sarkozy lui même a fait campagne, ni parce que son premier ministre s’est démené comme un beau diable, ni parce que vingt de ses ministres ont reçu des claques que le président a à tenir compte de ce scrutin.

Cela fait des mois que les sondages sont catastrophiques pour lui et il n’a rien changé, ni dans sa politique, ni dans son attitude. Ces régionales sont un sondage grandeur nature, on ne voit pas pourquoi il comprendrait soudain davantage qu’il y a un problème.

Nous sommes à deux ans des présidentielles de 2012. Il nous dit à la fois qu’il va continuer ses réformes comme si de rien n’était et… faire une « pause » au second semestre 2011, autant dire à la veille de la campagne des présidentielles. C’est un peu contradictoire.

Dans quel état va-t-il survivre pendant ces deux années? La crise a eu beaucoup plus de conséquences qu’on ne l’a dit. Elle a, bien sûr, fait remiser au magasin des illusions perdues toutes les promessesdu candidat Sarkozy. Notamment le fameux « travailler plus pour gagner plus » puisqu’iol n’y a plus de travail. Elle a aussi, bien sûr, obligé un président qui s’était engagé sur l’honneur à réduire la dette… à creuser d’une manière abyssale tous les déficits. Mais il y a plus grave encore.

La crise a donné tort au sarkozysme. Sarkozy avait fait toute sa campagne sur le thème de la « rupture » en affirmant qu’il allait s’attaquer au « système » français, en clair à l’assistanant généralisé qui depuis tant d’années ruinait nos finances publiques et notre économie en tétanisant nos entreprises et en décourageant nos créateurs de richesses. Tout le lmonde ou presque, à droite du moins, avait été d’accord pour reconnaître que ce système n’était plus viable dès lors que ses bénéficiaires devenaient plus nombreux que ceux qui devaient le financer.

Or, la crise a démontré que ce système typiquement frnaçais qui poussaitla protection sociale au delà du raisonnable était bien utile. Quand Sarkozy, Christine Lagarde Woerth et les autres nous serinent que la France s’en est plutôt mieux, en tous les cas moins mal sortie que les autres face à la crise, ils font implicitement l’éloge de ce système qu’ils voulaient détruire.

Il leur est aujourd’hui impossiblede prôner la « rupture ». ils ont perdu leur fonds de commerce. Les Français sont plus attachés que jamais à leur système. Une vraieréforme des retraites (et donc un allongement conséquent des années de travail), une réduction drastique du nombre des foncftionnaires (et donc une considérable augmentation du nombre des chômeurs), une recherche des équilibres budgétaires (et donc une nouvelle augmentation des prélèvementsobligatoires et/ou la suppression d’aides, d’allocations et de subventions en tous genres) sont inconcevables aujourd’hui.

On voit mal quel nouveau lapin Sarkozy pourrait sortir de son chapeau pour, en deux ans, transformer le rejet dont il est victime et que vient encore de soulignerce scrutin des régionales en adhésion.

17 Mar 2010 | Comment (1)

Les trois erreurs de Sarkozy

Ce premier tour des régionales est particulièrement intéressant à  observer.

D’abord, un détail mais qu’il faudrait garder en mémoire, une fois de plus les instituts de sondages nous ont tous trompés. Ils nous avaient affirmé que l’UMP arriverait en tête avec plus de 30% des voix devant un PS à 27/28% des voix. Or, c’est le PS qui arrive en tête avec 29,5%, nettement devant l’UMP, 26,3%. Excusez du peu. Ils nous avaient aussi annoncé la quasi disparition du Front National. Or, avec 11,6% des voix, le parti de Jean-Marie Le Pen va pouvoir se maintenir au second tour dans une douzaine de régions et y faire les dégâts qu’on connaît. Mais le procès des instituts de sondages n’est plus à faire. Le plus intéressant est, bien sûr, ailleurs.

Depuis dimanche soir, les « vaincus » du premier tour nous répètent que les élections dites « intermédiaires » sont toujours mauvaises pour le pouvoir en place. C’est souvent vrai. Ces « petites » élections sont une sorte de défouloir qui permet à tous les mécontents de lancer un avertissement sans grand frais à ceux qui nous gouvernent. Cela dit, il y a tout de même des limites. Si l’on additionne les voix du PS, celles des écologistes et celles de l’extrême gauche à celles du Front National, on a une « opposition » qui dépasse les 65%, çà fait beaucoup pour un avertissement sans frais.

Ces mêmes « vaincus » nous rappellent alors qu’il ne s’agissait « que » d’élections régionales. Le « que » est absurde.

Sauf, sans doute, les municipales et encore dans les petites communes, toutes les élections sont maintenant, qu’on le veuille ou non, un affrontement majorité-opposition, droite-gauche. La télévision, l’Internet, l’élection du président de la République au suffrage universel ont « délocalisé » tous les scrutins, même les plus « locaux », les ont « nationalisés ». Dans le plus petit des cantons, on vote maintenant pour ou contre Sarkozy, voire pour ou contre Martine Aubry, en oubliant le candidat local, voire les enjeux locaux.

Et pour les régionales, c’est encore plus net. Qu’on ne nous raconte pas de balivernes. En votant très largement pour les listes de gauche, les Français n’ont pas plébiscité les présidents des conseils régionaux sortants. Dans la plupart des cas, ils ne connaissaient même pas leur nom et n’avaient pas la moindre idée de ce qu’ils avaient pu faire tout au cours de leur mandat écoulé.

Il faut se rendre à une évidence. Les Français n’ont toujours pas compris ce qu’étaient les régions ni à quoi elles pouvaient bien servir. On ne peut pas le leur reprocher.

D’abord, même si personne n’ose le dire, le découpage de certaines régions est totalement absurde. Qu’y a-t-il de commun entre un habitant de Saint-Etienne et un habitant d’Annecy ? Rien. Ils sont pourtant l’un et l’autre en région Rhône-Alpes. Entre un habitant de Mende (Lozère) et un catalan de Perpignan ? Rien. Ils sont pourtant tous les deux en région Languedoc-Roussillon. On pourrait multiplier à l’infini ces exemples de découpages artificiels, parfois contre nature. Il faudra un jour, évidemment, revoir ces frontières régionales.

Ensuite, plus grave, les Français ne comprennent pas à quoi servent les régions. Là encore, comment le leur reprocher ? Prenons l’exemple de l’éducation. L’école dépend de la mairie, le collège du département, le lycée de la région et les enseignants, eux, de l’Etat, bien sûr. En gravissant les échelons de sa scolarité, la gentille tête blonde va escalader tous les étages de notre millefeuille administratif ! Qui est compétent ? Où est la cohérence ? Là encore, il faudrait tout changer au plus vite. Mais il est vrai que cette confusion, savamment entretenue, arrange tout le monde. Personne n’est jamais responsable !

Bref, les Français ignorant, voire méprisant les régions, l’UMP a évidemment faite une erreur monstrueuse en faisant mine de croire que ces élections régionales pouvaient n’être que des élections…régionales et en essayant de s’attaquer aux bilans des présidents sortants qui sont d’autant moins mauvais que personne ne les connaît. D’ailleurs la droite d’aujourd’hui était-elle vraiment la mieux placée pour reprocher à nos petits potentats locaux d’avoir creusé les déficits et augmenté les prélèvements obligatoires ?

Régionaliser ainsi ce scrutin des régionales, c’était évidemment ouvrir un boulevard (avec tapis rouge) au PS qui, depuis Reims, se requinque et qui a parfaitement compris que désormais dans notre pays, avec nos institutions telles qu’elles sont, il n’y a plus qu’une seule élection qui compte : la présidentielle. Le moindre scrutin qui se présente est une occasion de préparer 2012 et donc, pour la gauche, de « flinguer » à vue Sarkozy.

Cela dit, soyons justes –et c’est sans doute pour cela que l’UMP a tout fait pour régionaliser ces élections- ce scrutin « régional » -mais qu’on devrait plutôt qualifier de « scrutin de mi mandat »- ne pouvait qu’être mauvais pour le président vu la situation du pays (chômage en forte hausse, précarisation des classes modestes, innombrables fermetures d’entreprise, crise du monde agricole, baisse du pouvoir d’achat, multiplication de taxes nouvelles, etc.) et vu la dégradation de l’image même du président (plus de 60% des Français ne lui faisant plus confiance).

Mais, en plus, ce scrutin a condamné sans pitié trois des thèmes favoris de Nicolas Sarkozy.

D’abord, l’union de la majorité. En ayant créé une UMP qui a phagocyté tous les partis de droite et du centre, Sarkozy a détruit le centre lui-même, pourtant indispensable pour avoir une majorité. Le président pensait peut-être pouvoir ainsi ratisser plus large. Moralité, pour une élection à deux tours, il n’a plus la moindre « réserve » à récupérer pour le deuxième tour. Et il ne devrait pas se réjouir de voir le MoDem à 4,3%. La gauche, elle, qui a su ménager ses sensibilités arrive au second tour avec les 12,5% d’Europe Ecologie, les 6,1 du Front de gauche, sans parler des 3,4% du NPA ou des 1,1% de LO. Et l’UMP a tort d’ironiser sur les désaccords locaux entre le PS et les Ecologistes (à propos des autoroutes ou de nouveaux aéroports). Les électeurs d’Europe Ecologie, enfants des soixante-huitards du Larzac, sont fondamentalement de gauche.

Ensuite, l’ouverture. Depuis son élection en 2007, Sarkozy s’imagine qu’en récupérant quelques seconds couteaux de gauche, il déstabilise le PS et prouve son modernisme à ses électeurs. Ca a commencé avec Kouchner et Besson (qui, jusqu’à présent, n’ont pas fait d’étincelles, c’est le moins qu’on puisse dire), çà vient de continuer avec Charasse au Conseil constitutionnel.

Non seulement le ralliement –certains disent la « trahison »- de ces « Saxons » n’a pas apporté une seule voix de gauche à Sarkozy mais cette « ouverture » a scandalisé bon nombre d’électeurs de droite qui considèrent, très logiquement, qu’après avoir fait une campagne de droite « décomplexée » Sarkozy les a trahis. Peut-on d’ailleurs impunément attaquer à boulets rouges, pendant toute une campagne présidentielle, les « socialo-communistes qui ont détruit le pays » et « l’esprit soixante-huitard qui l’a pourri » et, dès le lendemain de son élection, appeler au gouvernement des hommes comme Kouchner ou Besson sans avoir l’air de prendre ses électeurs pour des « gogos » ?

Il est évident que parmi tous les abstentionnistes de dimanche dernier (qui sont largement majoritaires avec 53% d’abstention) il y a un grand nombre d’électeurs qui avaient voté Sarkozy en 2007 et qui considèrent l’ouverture comme une trahison.

Enfin, l’affaire incroyable de l’identité nationale. Elle avait pour but évident d’achever le Front National dont Sarkozy avait su, en 2007, récupérer un certain nombre d’électeurs. Mais c’était absurde.

C’était la première fois dans l’histoire contemporaine qu’un président de la République, un gouvernement et même une majorité demandaient à leurs citoyens ce que c’était que d’être… les citoyens de leur propre pays. A croire qu’ils n’en avaient eux-mêmes pas la moindre idée ! Stupéfiant !

Une telle « enquête » ne pouvait que provoquer des dérapages. Il était évident que bien des Français allaient, sans penser à mal ni même à ce qu’ils disaient vraiment, répondre qu’être français c’est être né en France, de parents français, être blanc de peau, catholique de confession et parler la français sans accent. Du coup, ils apparaissaient comme xénophobes, racistes, voire anti-sémites alors qu’ils ne l’étaient pas forcément.

Pourquoi diable avoir ouvert cette « boite de pandore » ? Et pourquoi maintenant cette « chasse aux origines », suite logique et épouvantable de cette funeste recherche de l’identité nationale ? Pour qu’un Français, né à l’étranger, de parents français, puisse faire renouveler ses pièces d’identité, il lui faut maintenant prouver que ses grands-parents étaient bien français ! Mais les grands-parents du président de la République étaient, eux, hongrois et espagnols et l’épouse du même président était encore italienne, il y a quelques mois.

Résultat : le Front National recueille 11,6% des voix. Besson a fait la propagande de Le Pen.

Ces trois erreurs, impardonnables, se sont ajoutées à un bilan de mi parcours désastreux. Les promesses mirobolantes n’ont pas été tenues –le « travailler plus pour gagner plus », la sécurité, la dette, etc.-, la fameuse crise a tout aggravé et les quelques timides réformes entreprises n’ont pas encore porté leurs fruits mais ont affolé une population traditionnellement frileuse et plus fragilisée que jamais. On ne peut pas avoir contre soi les fonctionnaires, les enseignants, les agriculteurs, les salariés de l’industrie, le corps médical, la magistrature, les retraités…

Au lendemain de ce premier tour des régionales, la gauche a l’embarras du choix entre plusieurs candidats pour 2012 (Martine Aubry a acquis sa crédibilité) et la droite se cherche un sauveur.

16 Mar 2010 Commentaires fermés sur Les trois erreurs de Sarkozy

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