Les entre deux tours font souvent perdre la tête aux commentateurs patentés. A les en croire aujourd’hui, si dimanche prochain le PS ne réalisait pas les grand chelem annoncé -peut-être imprudemment- par Martine Aubry, il perdrait la bataille et, du coup, avec une, voire deux régions gagnées par l’UMP, Sarkozy s’en sortirait la tête haute. Curieux sport où la droite gagnerait le match en marquant deux buts contre une gauche qui n’en aurait marqué que vingt! Il est vrai qu’au match précédent, la gauche avait déjà gagné par vingt contre deux.

On entend même certains ténors de droite qui font remarquer, avec ce qui ressemble une une certaine mauvaise foi, qu’en tout état de cause Martine Aubry ne poura pas réaliser son grand chelem puisque la région Languedoc-Roussillon échappera au PS… en revenant  à Georges Frêche. On peut toujours dire n’importe quoi!

Ce qui est vraisemblable en tous les cas c’est que les vingt membres du gouvernement partis à la bataille seront tous battus. Sans même parler de la ministre ded l’Outre-mer qui a mordu la poussière dès le premier tour en Guadeloupe alors pourtant qu’elle s’était illustrée récemment en affirmant, au cours de cette campagne des régionales, que çà lui ferait mal au coeur d’attribuer des subventions de son ministère à d’autres départements d’outre-mer que la Guadeloupe. les Guadeloupéens ont donc été moins irresponsables que leur ministre guadeloupéenne.

Que tous les ministres partis au feu soient battus n’aura rien d’anecdotique. Certains sont, sans doute, au moins aussi compétents que les présidents socialistes sortants et ils ont souvent une beaucoup plus grande notoriété dans leur région. Pourquoi alors une telle hécatombe?

La réponse est simple. Visiblement, au delà des programmes, des bilans, des promesses que plus personne ne lit et auxquels plus personne ne croit, ces membres du gouvernement ont, tous, autant qu’ils sont, été victimes d’un phénomène de rejet, non seulement parce qu’ils se présentaient sous l’étiquette de l’UMP mais aussi et surtout parce qu’ils étaient marqués au fer rouge en tant que Sarkozystes.

Les Français n’ont pas voté « pour » les p’résidents de région sortants et donc socialistes (que Martine Aubry ne se fasse pas trop d’illusions) mais « contre » les candidats estampillés Sarkozy. C’est un grand classique de notre vie politique. Cela fait des années qu’en France on vote « contre » et non pas « pour ».

En 1981, Mitterrand a été élu « contre » Giscard que les Français ne supportaient plus « épidermiquement »; en 1988, il a été réélu « contre » Chirac qui n’avait pas su séduire à Matignon; en 1995, Chirac a été élu « contre » Jospin mais surtout « contre » Balladur qui, lui non plus, n’avait pas plu à Matignon; en 2002, il a été réélu « contre » Le Pen mais surtout « contre » Jospin qui payait ainsi, lui aussi, son séjour à Matignon alors pourtant que le chômage avait baissé d’un million sous son règne.

Il est évident que ce premier tour des régionales s’est fait « contre » Sarkozy. La remontée du Front National le prouve ainsi d’ailleurs que le nombre record des abstentionnistes parmi lesquels se trouvent, évidemment, beaucoup de déçus de Sarkozy qui n’ont pas osé franchir le pas en votant pour la gauche ou pour le Front National mais qui ne veulent plus apporter leur soutien à celui qui les a tant déçus.

L’analyse des présidentielles de 81, 88, 95 et 2002 prouve aussi une chose: les Français rejettent ceux qui sont au pouvoir. Giscard en 81, Chirac en 88, Balladur en 95, Jospin en 2002 (car en cas de cohabitation c’est le premier ministre  qui incarne le pouvoir et non pas le président). En 2007, Sarkozy a eu, avec son slogan sur la « rupture », la bonne idée de se présenter en adversaire des sortants (dont il faisait pourtant partie) et la chance d’avoir en face de lui Ségolène Royal.

Tout cela pour dire qu’un président omniprésent, omnipotant, omnitout n’a guère de chance d’être réélu dans une France qui ne sera sans doute pas sortie de la crise et que, d’ici là, il est évident que, monopolisant, focalisant tous les mécontentements, à la moindre occasion comme par exemple des élections régionales, on le lui fait payer au prix fort.

D’après ce qu’on a compris, Sarkozy va « entendre » le message des Français du 14 et du 21 mars mais ne va pas… l »‘écouter ». En clair, il ne va ni changer de premier ministre, ni procéder à un vaste remaniement gouvernemental, ni se séparer des âmes damnées de son entourage élyséen, ni changer de cap, ni de style.

Virer Fillon serait de la folie. Non pas parce que,le premier ministre est devenu l’homme le plus populaire de la droite mais parce qu’un Fillon au chômage deviendrait un adversaire atrement plus redoutable qu’n Juppé, qu’un Copé ou qu’un Villepin. D’ailleurs -et par la faute de Sarkozy lui même- Filloln n’a jamais fait figure de fusible.

Procéder à un vaste remaniement gouvernemental n’est guère envisageable non plus. On se souvient qu’Alain Juppé avait dû abandonner son poste de ministre d’Etat parce qu’ilavait été battu aux législatives à Bordeaux. Mas ce n’est pas pareil, nous dit-on. Il est vrai qu’il serait sans oute difficile de remplacer au pied levé vingt membrs du gouvernement sans donner une petite impression de déroute, voire de débandade et d’affolement. Ce serait reconnaître deux ans et demi d’erreurs.

Officiellement, personne ne pourra rien reprocher au président. Constitutionnellement, ce n’est pas parce que Sarkozy lui même a fait campagne, ni parce que son premier ministre s’est démené comme un beau diable, ni parce que vingt de ses ministres ont reçu des claques que le président a à tenir compte de ce scrutin.

Cela fait des mois que les sondages sont catastrophiques pour lui et il n’a rien changé, ni dans sa politique, ni dans son attitude. Ces régionales sont un sondage grandeur nature, on ne voit pas pourquoi il comprendrait soudain davantage qu’il y a un problème.

Nous sommes à deux ans des présidentielles de 2012. Il nous dit à la fois qu’il va continuer ses réformes comme si de rien n’était et… faire une « pause » au second semestre 2011, autant dire à la veille de la campagne des présidentielles. C’est un peu contradictoire.

Dans quel état va-t-il survivre pendant ces deux années? La crise a eu beaucoup plus de conséquences qu’on ne l’a dit. Elle a, bien sûr, fait remiser au magasin des illusions perdues toutes les promessesdu candidat Sarkozy. Notamment le fameux « travailler plus pour gagner plus » puisqu’iol n’y a plus de travail. Elle a aussi, bien sûr, obligé un président qui s’était engagé sur l’honneur à réduire la dette… à creuser d’une manière abyssale tous les déficits. Mais il y a plus grave encore.

La crise a donné tort au sarkozysme. Sarkozy avait fait toute sa campagne sur le thème de la « rupture » en affirmant qu’il allait s’attaquer au « système » français, en clair à l’assistanant généralisé qui depuis tant d’années ruinait nos finances publiques et notre économie en tétanisant nos entreprises et en décourageant nos créateurs de richesses. Tout le lmonde ou presque, à droite du moins, avait été d’accord pour reconnaître que ce système n’était plus viable dès lors que ses bénéficiaires devenaient plus nombreux que ceux qui devaient le financer.

Or, la crise a démontré que ce système typiquement frnaçais qui poussaitla protection sociale au delà du raisonnable était bien utile. Quand Sarkozy, Christine Lagarde Woerth et les autres nous serinent que la France s’en est plutôt mieux, en tous les cas moins mal sortie que les autres face à la crise, ils font implicitement l’éloge de ce système qu’ils voulaient détruire.

Il leur est aujourd’hui impossiblede prôner la « rupture ». ils ont perdu leur fonds de commerce. Les Français sont plus attachés que jamais à leur système. Une vraieréforme des retraites (et donc un allongement conséquent des années de travail), une réduction drastique du nombre des foncftionnaires (et donc une considérable augmentation du nombre des chômeurs), une recherche des équilibres budgétaires (et donc une nouvelle augmentation des prélèvementsobligatoires et/ou la suppression d’aides, d’allocations et de subventions en tous genres) sont inconcevables aujourd’hui.

On voit mal quel nouveau lapin Sarkozy pourrait sortir de son chapeau pour, en deux ans, transformer le rejet dont il est victime et que vient encore de soulignerce scrutin des régionales en adhésion.

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