18 mars

Cà y est ! La bataille des présidentielles a commencé. A deux ans du scrutin et avant même ce second tour des élections régionales, chacun prend position et pèse le poids -si ce n’est les chances- de tous les prétendants, de tous les possibles, de tous les outsiders. Pour le personnel politique, c’est maintenant qu’il faut choisir la bonne carte, miser sur le bon cheval pour se placer bien en vue dans l’équipe qui l’emportera.

Deux ans, c’est long et il peut se passer bien des choses d’ici là. Tout le monde semble avoir oublié que personne n’aurait parié un sou sur Mitterrand dès 1979 (la droite venait de gagner les législatives de 78) ni sur sa réélection dès 1986 (la droite venait de gagner les législatives de 86), ni sur Chirac dès 93 (Balladur triomphait) ni sur sa réélection dès 2000 (Jospin était sûr de l’emporter). Et Sarkozy était loin d’être donné gagnant dès 2005.

Mais cette fois tout paraît plus clair, comme si les jeux étaient déjà faits (ce qui n’est jamais vrai) et que le premier tour des régionales avait figé les troupes sur le champ de bataille. L’engagement, bien maladroit, dans la campagne de Sarkozy et de Fillon et la candidature de vingt membres du gouvernement ont transformé ce scrutin régional et « intermédiaire » en un super sondage d’opinion comme nous les aimons tant, en une sorte de plébiscite « pour » ou « contre » Sarkozy.

Les résultats qui étaient pourtant prévisibles ont fait sonner le tocsin chez les uns et l’angélus chez les autres. D’un coté, les rats commencent à quitter le navire qu’ils pensent en perdition, de l’autre, on se met à vendre aux enchères la peau de l’ours.

A droite, certains pensent que ces régionales, après des mois de dégringolade dans les sondages,  ont définitivement démontré que Sarkozy était à tout jamais « plombé ». Eux qui trouvaient, hier encore, que Sarkozy était l’homme providentiel qui allait sauver la France avec son énergie et sa volonté de rupture lui trouvent maintenant tous les défauts, lui reprochent à la fois sa stratégie de l’union forcée de la majorité et de l’ouverture à tout va vers la gauche, sa frénésie de réformes mal préparées, mal présentées et souvent inutiles, son incapacité à tenir la moindre de ses promesses électorales et son manque d’envergure, en évoquant à la fois le fameux bling-bling et une accumulation de maladresses qui ont été dévastatrices comme l’affaire de Jean Sarkozy.

Pour eux –et ils sont de plus en plus nombreux maintenant à le murmurer- la droite a deux ans pour se remettre en ordre de bataille (en redonnant à chacune de ses sensibilités son autonomie afin de ratisser plus large) et surtout pour se trouver un autre candidat.

La chose est beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît. D’abord, il leur faudrait se débarrasser du « crack » d’hier qui les avait menés à la victoire et qui fait aujourd’hui figure de « tocard » qui porte malheur.

Quelques uns sont intimement convaincus qu’écoeuré par ses échecs et l’ingratitude des Français, Sarkozy sera le premier à vouloir jeter l’éponge et remiser ses gants pour aller couler des jours plus heureux dans un confortable cabinet d’avocats. Rien n’est moins sûr.

Tous nos présidents se sont toujours représentés pour un second mandat. De Gaulle, Giscard, Mitterrand, Chirac. Ce n’est pas une particularité française. Nixon, Carter, Reagan, Bush père, Clinton et Bush fils se sont tous représentés à la Maison-Blanche. On veut toujours se donner une seconde chance, avec l’espoir de finir en beauté.

Si Sarkozy se représente, il bénéficiera de la « machine » électorale de l’UMP. Mais en partie seulement. Les cadres et les militants n’aiment pas les causes perdues et préfèrent courir au devant de la victoire. En 1994, la majorité du RPR qui n’était rien d’autre qu’une machine électorale faite pour mener Chirac à l’Elysée, avait, à la lecture de sondages trompeurs, ralliée, sans pudeur et avec armes et bagages, le camp des Balladuriens.

D’ailleurs, les partis politiques traditionnels ont-ils encore un rôle essentiel dans une élection présidentielle ? En 1974, Giscard qui n’avait derrière lui que le tout petit parti des Républicains Indépendants (et une poignée d’UNR derrière Chirac) a été élu alors que Chaban qui bénéficiait de la machine gaulliste a été éliminé dès le premier tour.

Mais qui, à la place de Sarkozy ?

Fillon ? Certains en rêvent. Il caracole (relativement) dans les sondages en apparaissant, avec son calme et son sérieux de gendre parfait, comme le contraire même de Sarkozy. Si Sarkozy se représente, on imagine mal une candidature de son premier ministre contre lui. L’opposition aurait la partie trop belle en soulignant que les deux hommes ont mené la même politique pendant cinq ans. Chirac, lui, avait démissionné de Matignon en 76 avant de se présenter contre Giscard en 81. En gardant au froid Fillon à Matignon, Sarkozy sait qu’il lui interdit pratiquement d’être son concurrent en 2012. Si Sarkozy ne se représente pas, Fillon aura les mains libres mais il aura tout de même à assumer le poids d’un quinquennat raté. Pas facile. Lui aussi a perdu ces régionales.

Restent Juppé, Copé ou Villepin.

Juppé commence à sortir du bois en multipliant des commentaires critiques sur la politique menée et surtout sur la façon de la mener. Les militants qui lui avaient tourné le dos, quand ils ne lui avaient pas craché au visage, recommencent à le regarder avec des yeux doux. « Le meilleur d’entre nous », avait dit Chirac. Mais l’opinion publique le voit encore « droit dans ses bottes » et, en 2012, l’ancien premier ministre de 1995 apparaîtra comme un « vieux cheval de retour » des années Chirac même si désormais ces années-là sont évoquées avec nostalgie.

Un jeune alors ? Il y a bien Jean-François Copé. Il y pense. Même s’il dit, prudemment, que c’est pour 2017 on peut imaginer qu’il serait prêt à se sacrifier dès 2012, en cas de vacance de candidature. En 2012, Copé aura 48 ans, l’âge qu’avait Giscard quand il a été élu en 1974. Il s’est fait sa petite clientèle, il tient relativement bien le groupe UMP de l’Assemblée, il se démarque à chaque occasion de Sarkozy, mais qui, à part lui-même, pourrait y croire sérieusement.

Et « l’inconnue Villepin » ? On ne sait pas s’il en a vraiment envie, on ne sait pas si les Français lui en veulent toujours autant de la dissolution de 97 et du CPE. Ses premiers pas vers une candidature apparaissent encore trop liés à l’affaire Clearstream. Une chose est sûre : avec son allure, son gaullisme intransigeant, Villepin est l’antithèse de Sarkozy. C’est, évidemment, un atout considérable. Mais passe-t-il dans l’opinion ? Et serait-il capable d’aller chercher les voix « avec les dents » ?

Bref, pour l’instant, la droite manque de gros bras.

A gauche, ces régionales ont modifié la situation. Jusqu’à présent on parlait de Strauss-Kahn (le candidat de gauche préféré de la droite) et de Ségolène Royal. D’autres comme Hollande, voire Fabius se disaient prêts, éventuellement. Tant que la victoire était improbable, on ne se bousculait pas. Maintenant que tout devient possible, tout a changé. Les appétits se sont multipliés. Mais, en même temps, ces mêmes régionales ont coupé bien des appétits. Martine Aubry est devenue une présidentiable possible probable, plausible. C’est là l’un des résultats les plus importants de ces régionales.

Strauss-Kahn est à Washington, Ségolène en Poitou-Charentes, Martine Aubry, elle, est rue de Solferino, à la manœuvre sur la passerelle, aux commandes. Un avantage considérable. Elle a remporté triomphalement les régionales en s’offrant même le luxe de la morale avec l’affaire de Frêche, c’est elle qui gère les alliances, elle qui va préparer les primaires.

Son problème est de renforcer l’hégémonie du PS tout en ménageant les susceptibilités de ses alliés écologistes ou de la gauche et la gauche. Il est aussi de faire oublier qu’elle fut (et reste) « la dame des 35 heures ». Mais la majorité des Français va-t-elle le lui reprocher éternellement ? Pas sûr du tout par les temps qui courent.

La campagne a, déjà, commencé mais, bien sûr, rien n’est joué et l’on peut compter sur Sarkozy pour nous réserver quelques surprises. Les grands fauves blessés sont si ce n’est les plus redoutables du moins les plus imaginatifs.

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