Moins d’une semaine après la déroute des régionales, deux des ténors de la droite se sont déjà pratiquement inscrits pour les prochaines présidentielles. Dominique de Villepin a annoncé qu’il allait créer un parti politique et Alain Juppé a fait savoir qu’il serait tout à fait prêt, au cas où Sarkozy ne se représenterait pas en 2012, à être candidat à des primaires à droite.

Les circonstances suscitent, bien sûr, des vocations. Tout le monde a compris que la défaite de l’UMP, les 14 et 21 mars, n’était pas due uniquement au désintérêt des Français pour les régionales, aux difficultés inhérentes à tout scrutin « intermédiaire » ni même à la crise que traverse actuellement le pays.
Pour tout le microcosme politique, et notamment pour les gens de droite, cette claque retentissante donnée au pouvoir n’est rien d’autre qu’un rejet massif et global de Sarkozy lui-même par l’opinion.

Les sondages le confirment. 65% des Français sont « mécontents » de Sarkozy alors qu’il n’y en a que 45% à être « mécontents » de Fillon. Ces vingt points d’écart entre le président et son premier ministre démontrent très clairement que c’est moins la politique menée par le gouvernement que la personnalité même de Sarkozy qui est rejetée par les Français.

On peut imaginer sans peine que les Français reprochent à Sarkozy à la fois son coté « bling-bling », son agitation permanente en tous sens, ses initiatives intempestives à propos de tout et de n’importe quoi, ses déclarations à l’emporte-pièce, ses volte-face, son omniprésence, son autosuffisance et son autosatisfaction, ses rodomontades et ses déclarations de victoire au lendemain d’opérations qui ont déjà tourné en eau de boudin. Ce que je m’étais permis d’appeler, dans un premier livre, « ses galipettes et ses cabrioles » et, dans un second, « ses balivernes et ses fanfaronnades ». En un mot comme en cent, les Français reprochent à Sarkozy son manque de tenue pour un chef d’Etat, son incapacité viscérale à remplir et le rôle et la mission.

Au fond, les Français se sont aperçus qu’ils s’étaient trompés sur le bonhomme, le soir même de sa victoire avec la fameuse, mémorable et épouvantable soirée du Fouquet’s qui mit au grand jour les goûts de parvenu du nouveau chef d’Etat.
Depuis, rien n’a changé. Tout s’est même aggravé avec un divorce, un remariage avec un top model, des rumeurs sur ce nouveau couple invraisemblable, l’affaire de l’Epad, une pseudo ouverture à gauche à la recherche de paillettes parisiennes (Kouchner et Frédéric Mitterrand) et, bien sûr, une cascade d’erreurs politiques et de gadgets médiatiques que seule l’inconsistance du personnage pouvait expliquer : la réception de Khadafy, la création de l’Union pour la Méditerranée, la pub à la télévision, la suppression sur un coup de tête de la TVA, l’affaire de l’identité nationale, les zigzags sur l’écologie, etc.

La majorité des Français est convaincue désormais que « ce type n’est pas fait pour le job ».
Ses derniers amis affirment que Sarkozy a encore deux ans pour changer, pour recentrer sa politique sur l’essentiel (l’emploi, les retraites, les déficits), pour en revenir aux « fondamentaux » de 2007, pour se calmer avec sa politique d’ouverture. Mais là n’est pas le problème. C’est lui dont les Français ne veulent plus aujourd’hui.

Villepin hésitait jusqu’à présent, redoutant d’avoir l’air de régler des comptes personnels avec celui qui voulait le pendre à un croc de boucher. Maintenant, il n’a plus aucune raison de se priver. Les Français semblent lui donner raison sur toutes les critiques qu’il pouvait formuler.
Juppé, lui, était encore plus prudent. Il se contentait de lâcher, de temps en temps, quelques petites phrases un peu assassines mais qui pouvaient passer pour des conseils amicaux. Il a compris maintenant qu’il pouvait prendre le large.
Il nous dit qu’il sera candidat (à la candidature) si Sarkozy, pour des raisons personnelles, ne se représente pas en 2012.
C’est un peu hypocrite. Car cela veut dire qu’il souhaite évidemment être candidat et donc, ipso facto, qu’il souhaite que Sarkozy ne le soit pas. Il se présente en « recours éventuel ». Cela rappelle le discours de Rome de Pompidou. Ce n’est rien d’autre qu’un coup de poignard dans le dos. En clair, il déclare aux parlementaires de l’UMP : Ne vous inquiétez pas, je suis là, vous n’êtes plus obligés de jouer un cheval qui est devenu un tocard et qui nous mène droit à la défaite.

Très curieusement, quelques heures après ce brusque retour dans l’arène de Juppé, Xavier Bertrand a tenu à rappeler que « même le président de la République » devrait passer par les primaires pour être désigné comme candidat officiel. Stupéfiant de la part de ce courtisan chevronné ! Sentirait-il le vent ?

Fillon, lui, la veille, avait déclaré : « Nicolas Sarkozy est le candidat naturel en 2012 ». En quelques heures, le candidat « naturel » est devenu un candidat « comme les autres », soumis à l’examen des primaires.

Peut-on, alors imaginer des primaires à droite avec comme candidats Sarkozy, Fillon, Juppé, Villepin et même quelques autres du genre Copé ? Sarkozy ne partirait évidemment pas favori dans une telle compétition inédite.
Il y a peu de chance qu’on en arrive jusque là. Mais ce qui est sûr c’est qu’ils vont être nombreux maintenant à conseiller amicalement à Sarkozy de ne pas se représenter. Ambiance, ambiance.

Pendant les deux ans à venir, on va avoir, d’un coté, une Martine Aubry, triomphante, aux prises avec les appétits de tous ses nouveaux « amis », et, de l’autre coté, un Sarkozy, vaincu, harcelé par tous ses anciens « amis ». Dans quel état seront-ils tous à l’arrivée ?

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